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Casablanca, 5 août 1907 : Quand les canons coloniaux faisaient pleuvoir la mort au nom de la « protection »

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Casablanca, 5 août 1907 : Quand les canons coloniaux faisaient pleuvoir la mort au nom de la « protection »

Le 5 août 1907, l’aube se lève sur Casablanca, mais ce n’est pas le soleil qui éclaire la ville. Ce sont les flammes et la fumée des bombardements du croiseur français Galilée qui déchirent le ciel. Cinq ans avant l’instauration officielle du Protectorat par le traité de Fès, la France coloniale déchaîne sa puissance de feu sur la capitale économique naissante du Maroc, sous le prétexte fallacieux de «protéger les ressortissants étrangers». Un massacre, qui fera des centaines de victimes, transformant les rues en un champ de ruines et de cadavres, et marquant un tournant sanglant dans l’histoire du royaume chérifien.

L’Étau Colonial se Resserre : D’Oujda à l’Entente Cordiale

L’expansion coloniale française au Maroc n’est pas un événement isolé de 1907 ; elle s’inscrit dans une stratégie de longue haleine. Dès 1901, Paris avait obtenu l’accord des autorités marocaines pour une «aide» à l’administration des régions orientales du royaume, alors peu contrôlées. Cette ingérence progressive se formalise en 1904 avec la signature de l’«Entente cordiale», une série d’accords bilatéraux où les grandes puissances européennes, dont la France, se partagent tacitement des zones d’influence.

L’Allemagne, écartée de ces tractations, tente de réaffirmer sa présence. Le 31 mars 1905, l’empereur Guillaume II, dans un geste de défi, traverse Tanger à cheval et rencontre le sultan chérifien. Cette démonstration de force conduit à la conférence d’Algésiras, tenue de janvier à avril 1906 sous l’égide des États-Unis. Si elle aboutit à un compromis, elle octroie néanmoins à l’Allemagne, à la France et à l’Espagne des droits provisoires sur les affaires marocaines, une transgression flagrante de la souveraineté du royaume.

La colère populaire ne tarde pas à gronder. Le 19 mars 1907, l’assassinat du médecin français Pierre Benoit Émile Mauchamp à Marrakech devient le catalyseur d’une réaction française démesurée. Le 25 mars, le gouvernement français ordonne l’occupation d’Oujda, capitale de l’Oriental, afin de contraindre les autorités chérifiennes à une répression plus sévère des coupables. Malgré les efforts du sultan Moulay Abdelaziz et de ses vizirs pour trouver une issue pacifique, l’insurrection locale éclate, offrant à la France le prétexte tant attendu pour une intervention militaire à grande échelle.

Casablanca, Cible Stratégique et Étincelle de la Révolte

En 1907, Casablanca n’est pas encore la métropole trépidante que nous connaissons. Ville ordinaire d’un Maroc en quête de modernité, elle entame ses premières transformations, attirant déjà l’attention des puissances coloniales par son potentiel économique. Avec une population d’environ 30 000 habitants, dont une forte présence européenne, la «capitale blanche» est un enjeu stratégique.

Parallèlement à l’occupation d’Oujda, la Compagnie marocaine décroche, durant l’été 1907, le contrat pour l’aménagement du port de Casablanca. Mais le 30 juillet, la tension monte d’un cran. Des Marocains, exaspérés par l’ingérence étrangère et la violation de leur souveraineté, prennent d’assaut le chantier. Neuf employés, dont trois Français et d’autres de nationalités italienne et espagnole, sont tués, et plusieurs infrastructures sabotées. L’historien Allal El Khadimi, dans les «Mémoires du patrimoine marocain», souligne que «cet événement aurait pu passer inaperçu, sans être le déclencheur d’un bain de sang par la suite. Surtout qu’il n’y avait que trois Français parmi les 9 employés tués. Les autres étaient de nationalités italienne et espagnole. Mais les Français mobiliseront leur force en Algérie et leur arsenal en Méditerranée pour donner aux Marocains une leçon peu charitable et pacifier les tribus de Chaouia.»

L’Aube Sanglante du 5 Août : Le Galilée ouvre le feu

Alors que les autorités coloniales à Paris et en Algérie préparent le déploiement d’une armée, le croiseur Galilée est mobilisé dès le 31 juillet 1907 depuis Tanger, arrivant à Casablanca le 1er août. Le commandant du navire, le capitaine Charles Victor Clément Marie Ollivier, brûle d’impatience de débarquer ses hommes. Une ardeur confirmée par l’historien André Adam dans son article «Sur l’action du Galilée à Casablanca en août 1907».

«Quand le Galilée arrive, le 1er août au matin, les responsables du consulat français, le consul Malpertuy et le vice-consul Maigret, qui étaient en congés depuis plusieurs semaines, ne sont pas encore rentrés et l’intérim est toujours assuré (comme au moment des massacres) par un jeune élève vice-consul, Neuville. Le commandant du Galilée, le capitaine de frégate Ollivier, en accord avec Neuville, songe aussitôt à envoyer sur terre sa compagnie de débarquement pour défendre le consulat de France et y recueillir la colonie européenne.»

Cependant, le corps consulaire local s’oppose à cette intervention, jugeant les forces insuffisantes et craignant un massacre généralisé des Européens. Le capitaine Ollivier se résout alors à des mesures plus discrètes, avec l’accord du Khalifa du sultan, Moulay El-Amin, en envoyant quelques hommes et des armes dissimulées dans des caisses pour sécuriser le consulat. Ces précautions ne provoquent aucune réaction immédiate, et les journées des 2, 3 et 4 août se déroulent sans incidents majeurs.

Mais la décision fatidique est déjà prise. Auguste de Saint-Aulaire, diplomate au consulat de France à Tanger, révèle dans un courrier que «en raison de l’attitude hostile de la population et des tribus, il avait été convenu le 4 août à la suite d’une réunion (…) qu’une compagnie de débarquement descendrait au consulat pour le garder ; la porte de la Marine serait ouverte le 5 (août, ndlr) à 5 heures et demi pour laisser passer [les] matelots». À l’aube du 5 août, les 66 marins du Galilée débarquent, déclenchant une riposte féroce des tribus Chaouia. Le croiseur, positionné en mer, ouvre alors le feu, transformant la ville en un brasier et laissant derrière lui un millier de victimes dans un bain de sang inoubliable.


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