Panneaux solaires et éoliennes symbolisant l'énergie renouvelable au Maroc, avec un paysage marocain en arrière-plan.
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Énergie renouvelable: les installations, pas encore la souveraineté

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Le Maroc, champion des énergies renouvelables… en capacité installée

Le Royaume chérifien affiche fièrement une capacité électrique installée issue de sources renouvelables atteignant 46,1%. Un chiffre qui, à première vue, témoigne d’une décennie d’efforts stratégiques et de milliards d’investissements. Pourtant, derrière cette performance, se cache une réalité plus complexe : la dépendance énergétique globale du pays stagne à un niveau élevé de 87,9 %. Comment concilier ces deux extrêmes ? La nouvelle loi 82-21 pourrait bien être la clé d’une transformation en profondeur.

Un paradoxe énergétique sous la loupe

Fin 2025, le Maroc comptabilisait 12 314 MW de capacité électrique totale. Sur ce total, 5 630 MW provenaient des énergies vertes, soit près de la moitié du parc installé. Ce pourcentage, souvent mis en avant, valide seize années d’une ambitieuse stratégie lancée en 2009. Cependant, l’analyse de la production effective révèle une autre facette : les énergies renouvelables n’ont couvert que 24,3 % de la demande nationale d’électricité. Cet écart significatif n’est pas le fruit d’une simple défaillance technique. Il illustre la nature même de la transition marocaine, axée sur de grands projets centralisés (solaire et éolien), dont la production est intrinsèquement liée à l’intermittence des sources et aux limites du réseau de transport.

L’indicateur le plus révélateur demeure la dépendance énergétique globale du pays, qui s’élevait à 87,9 % en 2025. Ce pourcentage, qui mesure la part de l’énergie consommée non issue de ressources nationales, inclut massivement les combustibles fossiles importés. Pour réellement réduire cette dépendance, il ne suffit pas de verdir le mix électrique ; il est impératif d’électrifier progressivement des secteurs clés comme l’industrie et la mobilité, où la consommation de fossiles reste profondément enracinée. La capacité renouvelable est bien là, mais son impact sur la souveraineté énergétique reste, pour l’heure, modeste.

Une stratégie nationale en quête d’accélération

La stratégie énergétique nationale, initiée en 2009, a indéniablement porté ses fruits. En quinze ans, la capacité électrique installée a presque doublé, passant de 6 127 MW en 2009 à 12 314 MW fin 2025. L’impulsion donnée depuis octobre 2021 a été particulièrement notable : la capacité autorisée via la loi 13-09 a été multipliée par 4,2 sur la période 2021-2025 par rapport à la décennie précédente, avec des investissements atteignant 52,2 milliards de dirhams.

Le futur s’annonce encore plus ambitieux avec le plan national d’équipement 2025-2030, qui prévoit 120 milliards de DH d’investissements supplémentaires. L’objectif est d’atteindre 27 646 MW à l’horizon 2030, avec une part des énergies renouvelables et du stockage représentant environ 80 % de la capacité additionnelle. L’ambition est claire : porter la part des renouvelables à plus de 52 % du parc installé.

Cependant, cette course à la capacité est confrontée à une demande nationale en électricité en pleine accélération. Avec une croissance annuelle moyenne de 4,3 % depuis 2009, ce taux devrait bondir à 7,2 % entre 2025 et 2030, tiré par une industrialisation rapide, le dessalement de l’eau de mer, la mobilité électrique et l’arrivée de gigafactories. Dans ce contexte, même un doublement de la capacité installée peine à maintenir un équilibre offre-demande constamment sous tension. Les mégaprojets, s’ils améliorent l’image du pays, ne garantissent pas toujours la résilience du tissu productif ni une réduction significative de la facture énergétique des PME. La transition marocaine avance, mais la demande semble toujours avoir un coup d’avance.

La loi 82-21 : Vers une démocratisation de la production énergétique ?

L’ancienne réglementation en matière d’autoproduction laissait un vide juridique préjudiciable, notamment pour les acteurs économiques de taille intermédiaire. Le seuil d’accès au réseau électrique national, fixé à 300 MW, rendait la production décentralisée pratiquement inaccessible pour les PME, les agriculteurs ou les opérateurs du secteur tertiaire. La souveraineté énergétique ne pouvait alors se jouer que dans les sphères des grands projets étatiques.

La loi 82-21, relative à l’autoproduction d’énergie électrique, publiée au Bulletin officiel le 27 février 2023, vient corriger cette lacune. Elle marque un véritable changement de paradigme. En abaissant le seuil d’accès au réseau national à 5 MW, elle ouvre la voie à l’autoproduction pour toute personne physique ou morale, publique ou privée, quelle que soit la puissance et la source d’énergie. Une avancée majeure est l’autorisation de vendre l’excédent de production au gestionnaire du réseau, dans la limite de 20 % de la production annuelle de référence. De plus, elle établit un cadre juridique pour les installations de stockage et les certificats d’origine de l’électricité renouvelable, des outils essentiels pour la traçabilité et la conformité aux exigences environnementales des marchés, notamment européens.

Il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais d’une libéralisation structurelle du segment de la production décentralisée. La prochaine phase de la transition énergétique marocaine se dessinera ainsi non seulement dans les grandes centrales, mais aussi et surtout au cœur des zones industrielles, des exploitations agricoles et sur les toitures des entreprises. Le succès de cette initiative dépendra désormais entièrement de son exécution.

Le décret 2.25.100 : La concrétisation des ambitions

Une loi, aussi visionnaire soit-elle, ne prend vie qu’à travers ses textes d’application. Le décret n° 2.25.100, publié le 9 mars 2026, est la pierre angulaire de l’architecture opérationnelle de la loi 82-21. Il définit les conditions et modalités de réalisation et d’exploitation des installations d’autoproduction, en les structurant autour de trois régimes distincts, adaptés à la puissance et au mode de raccordement.

  • Le régime de déclaration : Concerne les installations isolées (off-grid), quelle que soit leur puissance, ainsi que les installations raccordées au réseau basse tension d’une puissance inférieure à 11 kW. Ce segment vise principalement les ménages et les petites structures.
  • Le régime d’accord de raccordement : S’applique aux installations raccordées au réseau basse ou moyenne tension, avec une puissance comprise entre 11 kW et 5 MW. C’est le cœur du segment des entreprises, des exploitations agricoles et des bâtiments tertiaires de taille moyenne.
  • Le régime d’autorisation : Est requis pour les installations d’une puissance égale ou supérieure à 5 MW, raccordées aux réseaux de moyenne, haute ou très haute tension.

Sur le plan procédural, le décret détaille les démarches administratives, les exigences techniques et les responsabilités de chaque acteur. C’est dans la fluidité de ces processus et l’accompagnement des porteurs de projets que se jouera la véritable portée de cette réforme. Le Maroc a posé les jalons d’une transition énergétique plus inclusive et résiliente. Reste à transformer l’essai en une souveraineté énergétique concrète et partagée.


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