La zaouia de Sidi Bel Abbes à Marrakech, un lieu de pèlerinage et de solidarité.
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Abou Al Abbes Sebti : Le Saint Gardien de Marrakech et l’Éternelle Flamme de la Solidarité

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Abou Al Abbes Sebti : Le Saint Gardien de Marrakech et l’Éternelle Flamme de la Solidarité

«Quand tombe le soir, l’âme de Sidi Belabbes monte au sommet de la Koutoubia et ne redescend que lorsque tous les pauvres aveugles de cette ville, où abondent les mendiants, les infirmes et les lépreux, sont nourris et couchés», murmure la légende. Cette évocation poétique témoigne de l’immense dévotion d’Abou Al Abbes Sebti, le plus illustre des Sept Saints de Marrakech, envers les plus démunis. Son engagement indéfectible pour les âmes en souffrance a traversé les siècles, faisant de lui un symbole éternel de compassion et de générosité.

De l’Orphelin à l’Érudit Lumière

Bien avant d’être vénéré comme l’un des piliers spirituels de Marrakech, Abou Al Abbes Sebti connut une enfance modeste. Orphelin, il quitta l’atelier de tissus où il œuvrait en tant qu’apprenti pour embrasser une quête de savoir. Il intégra alors le cercle érudit du maître Mohammed Abou Abdellah Al Fakhar, lui-même disciple et ami du renommé Cadi Ayyad. C’est là qu’il se plongea avec ferveur dans l’étude des sciences islamiques, des hadiths et du Coran, forgeant ainsi les fondations d’une sagesse qui le mènerait à devenir l’un des soufis les plus respectés de son temps.

La Justice par le Partage : Une Anecdote Révélatrice

Dès son plus jeune âge, l’érudit fut profondément marqué par la méditation sur le verset coranique «Certes, Dieu vous ordonne la justice et les bonnes actions». Cette réflexion le conduisit à une conclusion radicale : la justice véritable commandait de «partager en deux tout ce qui lui écherrait». Cette philosophie de vie fut illustrée par une anecdote célèbre, rapportée par Henry de La Croix, comte de Castries, dans son ouvrage «Les Sept patrons de Marrakech» (1924).

«Le maître, selon un récit bien connu, remit un jour une volaille à chacun de ses élèves en leur disant de l’égorger dans un endroit où personne ne pourrait les voir. Tous revinrent avec la poule morte sauf Abou Al Abbes, qui n’avait pu trouver un endroit où Dieu ne le vît point.» Cette histoire, bien que simple, révèle la profondeur de sa foi et son sens inné de la responsabilité divine.

L’Arrivée à Marrakech : Quarante Ans de Solitude et de Contemplation

Après avoir achevé ses études à Ceuta, ville marocaine alors carrefour des oulémas et des étudiants, Abou Al Abbes Sebti obtint la permission de son cheikh de se rendre à Marrakech. Il entreprit ce voyage à pied, accompagné d’un fidèle compagnon, «voyageant le jour, priant le soir, couchant dans les mosquées de villages, nourris par les habitants et manifestant déjà des dons de clairvoyance», comme le décrit Henry de La Croix. Arrivé en 1146, il passa quatre décennies en retrait sur la petite montagne de Guiliz, loin des tumultes de la ville alors assiégée par les Almohades, se consacrant à la méditation et à la spiritualité.

Le Prêcheur de la Solidarité et l’Avocat des Démunis

Plusieurs récits expliquent la décision d’Abou Al Abbes de quitter sa retraite pour s’établir au cœur de Marrakech. La version la plus répandue raconte qu’Abou Youssef Yaacoub Al Mansour, le sultan almohade, lui rendit visite pour l’inviter personnellement à s’installer en ville. Le souverain lui offrit alors un traitement pour enseigner le calcul et la grammaire, ainsi qu’une maison et une école en habous, au fondouk Moqbil, dans le quartier d’Agadir.

Dès lors, Abou Al Abbes Sebti devint une figure emblématique des rues de Marrakech. «C’est depuis ce jour que les habitants de Marrakech s’habituèrent à voir circuler dans leurs rues un curieux personnage à la fois goguenard et bon enfant, éloquent, bienveillant, serviable et bourru, vêtu en général convenablement, ou d’un simple pantalon de laine, parfois un bâton ou un fouet à la main, pour frapper ceux qui ne faisaient pas la prière, psalmodiant le Coran, s’essayant pour bavarder avec les passants et les boutiquiers, plaisantant, engageant à faire l’aumône (…)» (Extrait de «Les Sept patrons de Marrakech»).

Pour l’érudit, «l’avarice était au cœur des malheurs». Il parcourait inlassablement la ville, exhortant les riches à la bienfaisance et partageant sans compter tout ce qu’il possédait avec les nécessiteux. Ibn Ziyat Ettadli, dans son ouvrage «Attachaouf», souligne comment Abou Al Abbes liait toutes les actions à l’importance de la bienfaisance, définissant même trois étapes : le partage des biens, la bienfaisance et le remerciement du Tout-Puissant pour ses bénédictions. C’est à lui que l’on attribue le concept d’«Abbassia», consistant à offrir les premières marchandises vendues de la journée aux plus démunis, une tradition qui perdure encore aujourd’hui.

Un Héritage Immortel de Solidarité

La réputation d’Abou Al Abbes Sebti ne fit que grandir après sa mort en 1204. Son petit mausolée, érigé par les Almohades, fut transformé au fil des siècles en un sanctuaire majestueux. Le sultan saadien Abou Faris y fit construire une mosquée adjacente en 1603, et le sultan alaouite Moulay Ismail ajouta une coupole imposante en 1720. Plus récemment, en 1998, le roi Hassan II entreprit des travaux de réfection, témoignant de l’importance continue de ce lieu sacré.

Aujourd’hui, le sanctuaire de Sidi Belabbes demeure un vibrant symbole de la solidarité marrakchie et marocaine. Il est particulièrement fréquenté les mercredis, où nécessiteux et généreux se rencontrent, perpétuant ainsi l’esprit de compassion et d’entraide que le saint homme a incarné de son vivant. Abou Al Abbes Sebti n’est pas seulement une figure historique ; il est l’âme bienveillante qui continue de veiller sur les plus vulnérables de la ville ocre.


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