Mont Gourougou : Un Géant Volcanique entre Splendeur Naturelle et Réalités Humaines
Dans l’Oriental marocain, une dizaine de sites bénéficient d’une protection particulière. Parmi eux, le majestueux mont Gourougou, souvent évoqué dans l’actualité pour être un refuge précaire pour les migrants en quête d’Europe. Pourtant, au-delà de cette triste réalité, se cache un trésor de beauté naturelle et d’histoire millénaire, largement méconnu du grand public. Partons à la découverte de ce géant endormi.
Un Cœur de Volcan au Nord du Maroc
À quelques kilomètres de Nador, le mont Gourougou s’élève fièrement à près de 900 mètres d’altitude. Son nom singulier évoque un passé volcanique, relativement récent à l’échelle géologique, sa dernière activité remontant à moins de deux millions d’années. Pour percer les mystères de cette merveille du Rif, nous avons sollicité El Hassan Talbi, enseignant-chercheur en pétrographie et géochimie à la faculté des sciences d’Oujda, et président de l’association Nature et Patrimoine, qui organise des randonnées sur ce site.
L’ascension débute idéalement depuis Zeghanghane, à 7 km à l’ouest de Nador. Il suffit de prendre la rocade méditerranéenne vers le nord-ouest, puis de suivre l’indication «Parc de Gourougou» après un kilomètre. Une alternative plus audacieuse s’offre depuis Beni Ensar, près de l’enclave de Melilla, en empruntant la route de Farkhana jusqu’au panneau «Gourougou» qui mène au marabout Sidi Mohand ou Omar. Cependant, cette dernière voie est réputée plus périlleuse.
Une Richesse Géologique et Biologique Exceptionnelle
El Hassan Talbi nous éclaire sur la genèse du mont : «Le Gourougou était autrefois une zone volcanique, abritant un stratovolcan né d’émissions relativement récentes, à la fin du Tertiaire et au début du Quaternaire.» Cette activité a façonné un paysage unique, marqué par la prédominance de basaltes, roches volcaniques qui ont donné naissance à ce relief culminant à près de mille mètres, s’étendant sur une vingtaine de kilomètres de diamètre.
Au printemps, particulièrement en mars et avril, le mont Gourougou se pare d’une végétation luxuriante. Le climat méditerranéen et les précipitations généreuses favorisent une flore d’une grande diversité : caroubiers, oliviers sauvages, chênes, et une profusion de plantes aromatiques typiques de la région, telles que le romarin, la lavande, la menthe, le thym et les œillets. La faune n’est pas en reste, avec des espèces rares, notamment sur le plan ornithologique, dont la présence est renforcée par la proximité de la lagune de Mar Chica (115 km²). Cet environnement privilégié confère au Gourougou le statut de Site d’Intérêt Biologique et Écologique (SIBE), abritant également des mammifères comme le sanglier et le singe magot.
Un Palimpseste d’Histoires et de Civilisations
Cette opulence naturelle a, de tout temps, attiré les civilisations. Les découvertes archéologiques, dont des objets datés d’un million d’années, attestent d’une occupation humaine préhistorique, particulièrement dense dans la vallée de Kert, un fleuve à l’ouest du mont qui a donné son nom à une ancienne cité.
«Le site a attiré plusieurs civilisations dans le passé, les récits historiques parlent d’une présence humaine bien avant la venue de l’Islam. De par sa position géographique, le site était très réputé. À proximité, il y a le site de Rosadir et le site de Rifassa, datant de l’époque Mérinide. D’ailleurs, le site lui-même était appelé Beni Merin, allusion à l’arrivée des Mérinides. À l’époque, le Fort de Tazouda était la capitale du Nord du Maroc», nous confie El Hassan Talbi.
Les randonneurs qui empruntent les anciennes routes romaines, un périple d’environ une heure et demie, découvrent les vestiges du Palais Tazouda et le marabout de Sidi Youssef, un lieu de pèlerinage historique pour la communauté judéo-marocaine. L’associatif alerte cependant sur la dégradation de ces lieux sacrés, dont la fréquentation a malheureusement diminué ces dernières années. Au sommet, le marabout de Sidi Ahmed El Haj, très vénéré, accueille chaque année un festival religieux. Mais le joyau incontesté du Gourougou reste le Palais Tazouda, dont la position stratégique, délimitée par des falaises surplombant la mer, en a fait un bastion convoité par les Romains, les Almohades, les Zénètes et les Espagnols. Les tours et bassins que l’on y observe aujourd’hui datent principalement de l’époque du protectorat, témoignant des multiples destructions et reconstructions qui ont jalonné l’histoire de ce palais, aujourd’hui en proie à l’oubli.
Entre Potentiel Inexploité et Urgence Sociale
Du haut de Tazouda, les vues imprenables sur Nador et Melilla contrastent avec la précarité des quelques maisonnettes éparses sur le mont. Malgré la présence de campings et bungalows, l’infrastructure touristique est jugée lacunaire par l’association Nature et Patrimoine. Un constat d’autant plus regrettable que la région «aurait tellement à offrir au Maroc, au niveau du tourisme rural et de l’écotourisme».
La situation est d’autant plus critique pour les populations locales, enclavées et isolées, avec un accès très restreint aux services essentiels comme la santé et l’éducation. Les douars du Gourougou vivent principalement d’une agriculture pluviale, peu structurée, et sont régulièrement frappés par des incendies dévastateurs qui ravagent des dizaines d’hectares. «Il faudrait travailler sur cet aspect de site naturel protégé, avec un info-kiosque permettant de sensibiliser la population et d’informer les touristes», plaide le président de l’ANAP. Des initiatives sont certes en cours pour préserver et valoriser les potentialités du mont, mais l’urgence est à une approche globale qui intègre la protection de ce patrimoine exceptionnel à l’amélioration des conditions de vie de ses habitants, pour que le Gourougou puisse enfin rayonner de toute sa splendeur, loin des ombres de l’actualité.
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