Illustration dramatique de la Bataille d'Oued Al Makhazin, également connue sous le nom de Bataille des Trois Rois, montrant des cavaliers et des soldats en plein combat.
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La Bataille des Trois Rois : Quand Oued Al Makhazin Scella le Destin de Trois Couronnes

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4 août 1578 : Oued Al Makhazin, l’Épopée des Trois Rois et le Destin d’une Nation

Le 4 août 1578, les rives de l’Oued Al Makhazin, près de Ksar El Kébir, furent le théâtre d’une confrontation légendaire qui allait sceller le destin de trois souverains et remodeler la carte géopolitique de la région. Ce jour funeste vit la mort simultanée du jeune roi Sébastien Ier du Portugal, du prince déchu Mohammed Al Moutawwakil Al Maslûkh, et du souverain saadien Abd Al Malik. Une bataille mémorable, connue sous le nom de «Bataille des Trois Rois», dont l’écho résonne encore aujourd’hui dans l’histoire du Maroc et du Portugal.

Le Maroc Saadien : Une Succession Tumultueuse

L’intrigue commence bien avant le choc des armes, au cœur de la dynastie saadienne. En février 1574, le sultan Abdallah Al Ghalib rend l’âme, laissant derrière lui un trône convoité. La tradition saadienne dictait que la succession revienne au frère du défunt, en l’occurrence Abd Al Malik, également connu sous le nom d’Abu Marwan. Cependant, Mohammed Al Moutawwakil Al Maslûkh, fils du défunt sultan, brise cette règle ancestrale et s’empare du pouvoir, privant son oncle de son droit légitime.

Cette usurpation crée une brèche que l’Empire Ottoman, toujours en quête d’expansion, ne tarde pas à exploiter. En 1576, Abd Al Malik et son frère Ahmad Al Mansour, exilés et réfugiés à Alger puis à Istanbul après avoir été chassés par leur neveu, reviennent au Maroc à la tête d’une expédition ottomane. La «Bataille d’A Rukn», livrée près de Fès la même année, voit la défaite d’Al Moutawwakil et le triomphe d’Abd Al Malik. Ce dernier, en reconnaissant le sultan Ottoman Mourad III comme Calife, parvient à préserver l’indépendance du Maroc face aux ambitions ottomanes. Vaincu et déchu, Mohammed Al Moutawwakil cherche alors refuge en Espagne, puis au Portugal, où il va semer les graines d’une nouvelle et plus grande tragédie.

Sébastien Ier du Portugal : L’Illusion Impériale

Né à Lisbonne en 1554, Sébastien Ier accède au trône en 1569. Jeune, pieux et animé d’une ambition démesurée, il rêve de forger un vaste empire portugais. Une première incursion au Maroc en 1574, pour son 20e anniversaire, se solde par un échec, ses troupes étant insuffisantes pour une conquête d’envergure. Loin de le décourager, cette expérience ne fait qu’attiser son désir d’une nouvelle expédition, cette fois-ci mieux préparée.

C’est dans ce contexte que Mohammed Al Moutawwakil trouve une oreille attentive auprès du jeune roi. Sébastien Ier est convaincu de pouvoir envahir le Maroc, espérant même l’appui de Philippe II d’Espagne. L’historien Miguel Martins d’Antas, dans son ouvrage «Les faux Don Sébastien : étude sur l’histoire de Portugal» (1866), révèle que Sébastien tenta de rallier Philippe II à sa cause, allant jusqu’à négocier un mariage avec la fille du roi espagnol. Si Philippe II accepta initialement l’intervention portugaise sous conditions, il se rétracta au dernier moment, laissant Sébastien seul face à son destin.

Le 24 juin, la flotte portugaise quitte Lisbonne. Sébastien Ier, à la tête de l’expédition, emporte avec lui une couronne d’or, prêt à être proclamé empereur du Maroc. Après des escales à Lagos et Cadix, où un temps précieux est perdu à attendre des auxiliaires espagnols qui ne viendront jamais, le roi débarque à Tanger le 6 juillet. Il y rencontre Al Moutawwakil et ses quelques centaines d’hommes. Au lieu de marcher directement sur Larache, objectif stratégique, Sébastien se perd en explorations et escarmouches, des faux pas qui s’avéreront coûteux.

Abd Al Malik : La Ruse du Sultan Malade

L’armée portugaise, après avoir débarqué à Asilah, y campe pendant plus de douze jours. C’est là qu’elle est assaillie par une reconnaissance menée par Moulay Ahmed Ben Mohammed, frère d’Abd Al Malik et futur Ahmed Al Mansour Dahbi. Le 22 juillet, Abd Al Malik, malgré une santé déclinante – certains historiens évoquent un empoisonnement – adresse une lettre à Sébastien Ier, l’exhortant à se retirer. Le jeune roi portugais, aveuglé par son ambition, ignore l’avertissement.

Un conseil de guerre décide alors de marcher d’Asilah vers Ksar El Kébir, s’enfonçant à l’intérieur des terres, tandis que la flotte portugaise se dirige vers Larache. La nuit du 3 au 4 août, l’armée portugaise campe dans une position apparemment avantageuse, flanquée par l’Oued Al Makhazin et un bras du fleuve Loukkos. Mais, dans une décision fatale, elle quitte cette position pour affronter les troupes d’Abd Al Malik plus loin dans le pays.

L’affrontement, le 4 août 1578, est bref et impitoyable. Abd Al Malik, fin stratège, avait fait détruire les ponts sur l’Oued Al Makhazin, coupant toute retraite aux forces portugaises et à leurs alliés. La bataille tourne rapidement au désastre. En quelques heures seulement, les armées de Sébastien Ier et d’Al Moutawwakil sont anéanties.

Le Tragique Destin des Trois Rois

La bataille d’Oued Al Makhazin est unique par la mort des trois principaux protagonistes. Abd Al Malik, déjà gravement malade, succombe durant le combat, emporté par son mal ou par le poison, mais non sans avoir assuré la victoire de son royaume. Mohammed Al Moutawwakil, cherchant la vengeance et la reconquête de son trône, se noie dans l’Oued Al Makhazin en tentant de fuir. Quant à Sébastien Ier, le jeune roi conquérant, il trouve également la mort sur le champ de bataille, son corps ne sera jamais formellement identifié, alimentant des légendes tenaces sur son retour.

Cette victoire marocaine, orchestrée par Abd Al Malik et consolidée par son frère Ahmad Al Mansour (qui deviendra le célèbre «Al Mansour Ad-Dahbi», le Doré), marque un tournant majeur. Elle garantit l’indépendance du Maroc et ouvre une ère de prospérité pour la dynastie saadienne. Pour le Portugal, c’est une catastrophe nationale. La disparition de Sébastien Ier plonge le royaume dans une crise dynastique qui mènera à son annexion par l’Espagne en 1580, pour une période de soixante ans. La Bataille des Trois Rois reste ainsi gravée dans les mémoires comme un moment de gloire pour l’un, et de tragédie pour l’autre.


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