Un léopard de Barbarie (Panthera pardus panthera) majestueux dans un paysage montagneux, symbole de la faune sauvage du Maroc.
Actualité

Le Fantôme des Cimes: Le Léopard de l’Atlas, Mythe ou Réalité au Maroc?

Partager
Partager

Le Fantôme des Cimes: Le Léopard de l’Atlas, Mythe ou Réalité au Maroc?

Autrefois souverain incontesté des majestueuses montagnes de l’Atlas marocain, le léopard de Barbarie (Panthera pardus panthera) est aujourd’hui une ombre, un murmure dans le vent des cimes. Ce félin mythique, dont la présence s’est raréfiée au fil des décennies, ne subsiste plus qu’à travers de rares témoignages, des empreintes éparses et des récits qui alimentent un mystère persistant. Depuis le milieu des années 1990, aucune preuve formelle n’est venue confirmer son existence, laissant planer le doute sur la survie de cette espèce emblématique.

Un Royaume Montagnard et une Proie Variée

Historiquement, le léopard de l’Atlas, également connu sous le nom de léopard de Barbarie, occupait un vaste territoire. Son domaine s’étendait sur le Haut Atlas (occidental, central et oriental), le sud du Moyen Atlas, l’Anti-Atlas occidental, et même jusqu’à la région du Bas Drâa-Noun. Le chercheur français Fabrice Cuzin, dans sa thèse de doctorat de 2003 intitulée «Les grands mammifères du Maroc méridional», le décrit comme un «chasseur efficace capable de s’attaquer à de grandes proies», doté d’un régime alimentaire «particulièrement varié».

Les écrits de l’explorateur britannique Sir Harry Hamilton Johnston, datant du début du XXe siècle, corroborent cette image d’un prédateur exceptionnel. Lors de ses voyages au Maroc et en Algérie, Johnston fut «frappé» par la taille «exceptionnellement grande» des léopards qu’il observait, les comparant même aux jaguars pour la dimension de leurs rosettes et la robustesse de certains mâles.

Le Déclin Silencieux d’un Géant

Le XXe siècle a marqué le début d’un effondrement dramatique pour le léopard de l’Atlas. Les observations, autrefois plus fréquentes, sont devenues de plus en plus sporadiques, signalant une population en péril. La plus ancienne observation documentée remonte à 1936, près de Tan-Tan, dans la région du Bas Drâa-Noun, à une altitude étonnamment basse de 300 mètres. Une autre, dans le massif du Jbel Ayachi (Haut Atlas oriental) à 2 500 mètres, suggérait que l’espèce «ne craint manifestement pas les fortes chutes de neige».

Les années 1970 ont vu la situation s’aggraver. Un cas d’attaque contre un berger à Tilouguite, dans le Haut Atlas central, a été rapporté, laissant ce dernier handicapé. À cette période, les populations étaient déjà en net déclin. Selon Cuzin, les effectifs seraient passés d’environ 50 individus dans les années 1950 à une centaine dans les années 1960 (grâce à des efforts de protection), avant de chuter drastiquement à une dizaine dans les années 1980, puis à un nombre critique de «2 à 5 individus» en 1996.

Les Dernières Traces et les Causes d’une Disparition

Après 1986, la présence du léopard, qu’elle soit confirmée ou supposée, s’est limitée à quelques sites montagneux isolés. Des traces furent relevées dans les gorges de Bou Tferda (sud du Moyen Atlas) jusqu’en 1994. Un chauffeur de taxi aurait aperçu un léopard près du Jbel Tazerkount en 1991. Dans le Haut Atlas central, des indices de présence furent recueillis à Aqqa Wabzaza jusqu’en 1993, et des excréments trouvés à l’est de Tilouguite la même année. Une dernière observation directe fut signalée en 1993 sur les versants nord du Jbel Tazigzaout, dans le Haut Atlas oriental.

Malgré son adaptabilité aux forêts et aux zones escarpées, cruciales pour sa stratégie de chasse, le léopard de Barbarie n’a pu résister aux pressions anthropiques. Fabrice Cuzin attribue ce déclin spectaculaire principalement aux activités humaines : la chasse et les abattages pour les trophées, les représailles des éleveurs protégeant leurs troupeaux, le piégeage, l’empoisonnement, la dégradation de son habitat naturel et la raréfaction de ses proies.

Un Espoir Éteint, un Mythe Persistant

Sans déclarer officiellement l’extinction du léopard au Maroc, Cuzin a classé la sous-espèce parmi les espèces «en danger critique d’extinction», alertant sur une situation «dangereusement proche de l’extinction».

En 2018, une brève lueur d’espoir a traversé le pays, alimentée par des rumeurs de redécouverte de plusieurs dizaines d’individus dans les montagnes de l’Atlas. Ces espoirs furent cependant rapidement balayés. Zouhair Amhaouch, responsable marocain des Eaux et Forêts et chef de la division des parcs et réserves naturelles, a fermement démenti ces affirmations. «Pour l’instant, tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il n’a pas été observé depuis longtemps. Il n’y a plus de traces de cette espèce», déclarait-il à Médias24 en 2018. Selon Amhaouch, la dernière observation fiable d’un léopard de l’Atlas remonterait aux années 1990, dans le parc national d’Ifrane, près d’Immouzer Kandar.

Amhaouch reste prudent, mais réaliste : «S’il existe encore, il ne pourrait s’agir que d’individus erratiques», soulignant qu’«il n’existe pas de population viable». Le léopard de l’Atlas demeure ainsi un fantôme, une légende vivante dont le retour dans les montagnes marocaines reste, pour l’heure, une question suspendue entre espoir et désillusion, alimentant le mythe d’un prédateur qui hante toujours les cimes de l’Atlas.


Pour plus de détails, visitez notre site.

Source: Lien externe

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *