Airbnb au Maroc: business encore
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Airbnb au Maroc: business encore rentable ou modèle en essoufflement ?

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Le Marché Airbnb Marocain : Analyse d’un Business en Pleine Mutation, entre Promesses et Défis Réglementaires

Longtemps perçue comme une niche saisonnière, la location courte durée, propulsée par des géants comme Airbnb, s’est érigée en un segment d’investissement immobilier incontournable au Maroc. L’engouement pour les studios et villas à la nuitée a attiré une pléthore d’investisseurs, d’agences et d’opérateurs spécialisés. Mais au-delà des mirages de rendements élevés, ce marché en pleine effervescence révèle des fragilités structurelles. Pour Nawfal Bellakhdar, cofondateur d’AKARE.ma, une société de gestion immobilière de renom, il est prématuré de parler d’un essoufflement. Le secteur, selon lui, traverse plutôt une phase cruciale de structuration, encore loin d’être achevée.

Une Genèse Ancrée dans le Boom Immobilier et Touristique

Nawfal Bellakhdar nous invite à replacer le phénomène dans son contexte historique. La location courte durée n’est pas une invention des plateformes numériques. «La location courte durée hors hôtels, maisons d’hôtes et établissements touristiques a toujours existé au Maroc, même avant l’arrivée des plateformes et du digital», précise-t-il. Avant l’ère Airbnb, les villes côtières vibraient déjà au rythme des locations estivales, souvent des appartements étudiants reconvertis pour les vacances.

Le véritable tournant s’opère avec l’explosion immobilière récente. Des investisseurs, flairant une opportunité, acquièrent des biens spécifiquement dédiés à la location à la nuitée, séduits par des rendements défiant ceux du résidentiel classique. «Le business de la location courte durée est très récent au Maroc, et l’appréhension de ce type de location comme un business est arrivée avec le boom immobilier des investissements dans les studios, villas ou appartements.» Cette mutation a transformé la location à la nuitée en un produit immobilier à part entière, avec ses propres dynamiques et ses professionnels dédiés.

Des Rendements Alléchants, Mais Sous Conditions

Les chiffres peuvent faire rêver certains propriétaires, avec des «taux de rendement avoisinant les 9 %, des chiffres jamais réalisés dans cette typologie d’immobilier». Cependant, Nawfal Bellakhdar tempère cet enthousiasme. Cette rentabilité n’est ni garantie ni automatique. Le facteur primordial, selon lui, réside dans le prix d’acquisition initial du bien. «Si aujourd’hui vous réalisez un investissement qui coûte plus que ce qu’il devrait coûter, vous avez déjà perdu en rentabilité avant d’arriver aux revenus.»

Dans un marché intrinsèquement lié aux aléas du tourisme international et à la conjoncture économique mondiale, l’achat au juste prix est une condition sine qua non pour maintenir sa compétitivité. La rentabilité dépend ensuite du volume réel des revenus générés, mais surtout du taux de remplissage annuel. Un logement affiché à un prix élevé mais sous-occupé peut rapidement se révéler moins lucratif qu’une location longue durée. «Le taux de remplissage affecte directement les revenus et donc la rentabilité.» Les biens les plus performants se distinguent souvent par leur emplacement stratégique – à proximité des centres névralgiques, des attractions touristiques ou des pôles d’affaires. La qualité de l’expérience client devient également un critère de différenciation majeur dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

La Professionnalisation du Secteur et le Défi Réglementaire

L’expansion fulgurante du marché a donné naissance à une nouvelle catégorie d’acteurs : les conciergeries. Ces entités spécialisées prennent en charge l’intégralité de la gestion opérationnelle des propriétés : accueil et départ des hôtes, entretien, maintenance, gestion de la relation client et optimisation des annonces sur les plateformes. «Les opérateurs se sont spécialisés dans la gestion locative courte durée, appelés communément conciergeries.»

La période post-COVID a agi comme un catalyseur pour cette tendance, en particulier dans des villes phares du tourisme comme Marrakech. «La période post-COVID a accéléré l’orientation de pas mal d’agences immobilières dans ce sens.» Pour nombre d’entre elles, la location courte durée offre désormais une source de revenus plus stable que l’intermédiation immobilière traditionnelle. «Contrairement à l’intermédiation classique, où la rémunération est tributaire de l’accomplissement de la transaction, ce modèle permet des revenus relativement stables issus de la gestion des opérations.»

Cependant, cette accessibilité du secteur, caractérisée par de faibles barrières à l’entrée, a également mené à une prolifération rapide de petites structures et d’auto-entrepreneurs. Si certains acteurs commencent à structurer leur offre avec des appart-hôtels et des équipes formées aux standards de l’hospitalité, le marché reste fragmenté.

Le talon d’Achille du secteur demeure son cadre réglementaire. Bien que la loi 80-14 encadre officiellement la location courte durée, exigeant une autorisation des autorités locales pour toute exploitation de ce type, son application concrète est entachée d’un flou persistant. «Tout bien mis en location courte durée doit obtenir une autorisation des autorités locales.» La loi prévoit également des obligations en matière de sécurité, d’hygiène et de licence d’exploitation. Or, le document essentiel détaillant les exigences à respecter pour l’obtention de cette licence, le fameux «cahier des charges», fait toujours défaut sur le terrain. Cette lacune crée une zone grise juridique, source d’incertitude pour les professionnels et les investisseurs, et freine une pleine structuration du marché.


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