Quatre ans seulement après avoir uni leurs forces dans le conflit du Tigré, une alliance inattendue s’est muée en confrontation ouverte. Les armées éthiopienne et érythréenne s’affrontent de nouveau dans le nord de l’Éthiopie, ravivant les craintes d’une escalade régionale. Mais au-delà des tensions frontalières, une question cruciale se pose : l’accès stratégique à la mer Rouge est-il le véritable moteur de cette résurgence des hostilités ?
Le retour inattendu des hostilités
La situation sur le terrain est alarmante. Depuis le 6 octobre, les forces érythréennes ont franchi la frontière depuis Zelambesa, s’enfonçant profondément dans le Tigré et progressant vers Adigrat, puis Idaga Hamus. Cette incursion marque un tournant brutal dans les relations entre Addis-Abeba et Asmara, qui avaient pourtant scellé une paix historique en 2018, couronnée par le prix Nobel de la Paix pour le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.
Un observateur averti qualifie cette manœuvre d’« invasion totale de certaines régions du nord de l’Éthiopie par l’Érythrée », la décrivant comme un « acte d’agression flagrant ». Cette volte-face soulève de nombreuses interrogations sur les motivations profondes des deux régimes, autrefois alliés contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
La Mer Rouge : un enjeu géopolitique majeur ?
L’Éthiopie, puissance démographique et économique majeure de la Corne de l’Afrique, est devenue un pays enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Cette perte d’accès direct à la mer Rouge, artère vitale du commerce mondial, a toujours été une source de frustration et un objectif stratégique pour Addis-Abeba.
Une ambition maritime réaffirmée
Le Premier ministre Abiy Ahmed n’a jamais caché son désir de retrouver une façade maritime. Une telle ouverture offrirait à l’Éthiopie une autonomie commerciale cruciale, réduisant sa dépendance vis-à-vis des ports voisins, notamment Djibouti. L’accès à un port érythréen comme Assab ou Massawa pourrait transformer le paysage économique et géopolitique de la région.
Des motivations complexes
Si la quête d’un accès à la mer Rouge est une constante dans la politique éthiopienne, la reprise des affrontements avec l’Érythrée est multifactorielle. Elle pourrait être liée à des dynamiques internes au Tigré, à des ambitions régionales de puissance, ou encore à des calculs de sécurité complexes dans une région déjà volatile. La coopération passée entre Abiy Ahmed et Issayas Afewerki contre le TPLF suggère des intérêts convergents qui, aujourd’hui, semblent avoir divergé ou pris une nouvelle tournure.
Quelles perspectives pour la Corne de l’Afrique ?
L’escalade actuelle est lourde de menaces. Le Tigré, déjà dévasté par deux ans de conflit, risque de sombrer davantage dans une crise humanitaire sans précédent. La communauté internationale observe avec inquiétude, craignant une déstabilisation plus large de la Corne de l’Afrique. La question de savoir jusqu’où cette confrontation pourrait aller, et si un nouvel accord sur l’accès maritime pourrait en être l’issue, reste ouverte.
La photo symbolique de 2018, montrant le président érythréen Issayas Afeworki recevant une clé des mains du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors de la réouverture de l’ambassade d’Érythrée à Addis-Abeba, semble aujourd’hui un lointain souvenir. Les clés de la paix ont-elles été perdues, ou sont-elles simplement en train de changer de main, avec la mer Rouge comme prix ultime ?
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