Mohammed VI, le roi du Maroc (à g.), et Mohammed ben Zayed Al Nahyan, le président des Émirats arabes unis, au palais Qasr Al-Watan, à Abou Dhabi, le 4 décembre 2023.
Politique

Afrique : Entre Chutes Spectaculaires et Manœuvres Géopolitiques, les Coulisses d’une Semaine Intense

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Bienvenue dans cette nouvelle édition du Brief de Jeune Afrique, votre rendez-vous hebdomadaire incontournable pour décrypter les dynamiques politiques et économiques qui façonnent le continent. Cette semaine, les projecteurs sont braqués sur des affaires retentissantes, des ambitions régionales audacieuses et des enjeux cruciaux pour l’avenir de plusieurs nations africaines.

Les temps forts de la semaine :

  • RDC : La chute spectaculaire de l’influenceuse Denise Dusauchoy
  • Libye : Les manœuvres sahéliennes de Saddam Haftar, un héritier en quête de pouvoir
  • Côte d’Ivoire : Quand les avocats deviennent les architectes des batailles politiques
  • Maroc

    : Les implications de la rupture Algérie-Émirats arabes unis pour Rabat

  • Sénégal : Le calendrier serré de la dette, un défi économique majeur

1. RDC : Denise Dusauchoy, de l’ascension fulgurante à la disgrâce inattendue

L’affaire Denise Dusauchoy continue de défrayer la chronique en République Démocratique du Congo. Arrêtée à Dar es-Salaam le 30 août dernier, l’influenceuse congolaise a été rapatriée à Kinshasa à bord d’un jet privé, avant d’être placée au secret dans une résidence relevant du Conseil national de cyberdéfense (CNC). Le mystère plane encore sur les charges exactes retenues contre cette figure médiatique.

Son parcours est pour le moins sinueux : ancienne reporter en Belgique, Denise Dusauchoy a d’abord œuvré pour le camp de Joseph Kabila, avant d’opérer un virage stratégique pour soutenir Félix Tshisekedi, dont elle a activement mené la campagne en 2023. Malgré ses échecs électoraux répétés, elle s’était forgé une notoriété sur TikTok. Sa chute s’amorce en septembre 2024, lorsqu’elle publie une vidéo explosive, révélant le viol subi en 2021 par l’opposant Jacky Ndala alors qu’il était détenu par l’Agence nationale de renseignements. Cette révélation lui aurait valu d’être tenue pour responsable de l’arrestation de Ndala. Condamnée en décembre 2024 à trois ans de prison, elle est libérée le 1er mars, mais se retourne alors violemment contre la famille présidentielle. Ses pérégrinations l’ont menée à Kigali, puis à Goma en janvier, ville alors sous l’occupation de l’AFC/M23.

La question brûle les lèvres : que sait réellement Denise Dusauchoy ? Plusieurs sources la décrivent comme une informatrice officieuse des services de renseignements. L’analyse de ses téléphones pourrait potentiellement révéler des informations compromettantes pour ceux qui l’ont utilisée.

2. Libye : Saddam Haftar, l’héritier qui tisse sa toile au Sahel

Saddam Haftar, le fils du maréchal Khalifa Haftar, émerge comme une figure clé dans les dynamiques régionales du Sahel. En août, son clan a orchestré la libération de l’Américain Kevin Rideout, enlevé à Niamey par l’EIGS, ainsi que de deux mercenaires de Wagner détenus par l’Armée Nationale Libyenne (ANL). Ces actions, perçues comme une ingérence dans les affaires sahéliennes par Niamey et Bamako, soulignent une volonté d’affirmer son influence.

Nommé commandant en chef adjoint de l’ANL en août, Saddam Haftar est pressenti pour diriger un futur gouvernement d’union, un projet activement parrainé par Washington. Cependant, ce plan rencontre des obstacles. Le 10 août, le général Fawzi Al-Mansouri, chef du renseignement de l’ANL, a été assassiné dans l’explosion de sa voiture à Benghazi, illustrant les fragilités internes du pouvoir Haftar. De plus, un ancien allié dans le Fezzan, Mohamed Wardougou, a rompu avec lui en juillet.

Face à ces défis, Saddam Haftar déploie une stratégie régionale audacieuse. Furieux de voir Niamey privilégier Tripoli, il a libéré en juin le chef rebelle nigérien Mahmoud Salah, qu’il soutient désormais en armes. Parallèlement, il consolide ses liens avec le Tchad, avec le déploiement d’une force conjointe le long de 1 000 km de frontière, marquant ainsi son ambition de s’imposer comme un acteur incontournable de la sécurité régionale.

3. Côte d’Ivoire : Les avocats, nouvelles figures de proue des joutes politiques

En Côte d’Ivoire, la scène politique voit l’émergence d’acteurs inattendus : les avocats. Loin de se cantonner aux prétoires, ces professionnels du droit s’immiscent de plus en plus dans les arènes politiques, façonnant les débats et influençant les stratégies des partis.

Un exemple frappant sera le procès du 22 octobre à Abidjan, où Patrice Gueu, militant du RHDP (parti au pouvoir), défendra des cadres contestant la présidence de Tidjane Thiam à la tête du PDCI, le principal parti d’opposition. Face à lui, le PDCI sera représenté par un trio d’experts : Luc Adjé, ancien bâtonnier, Gohoré Suy Bi Émile et Béatrice Némin. Me Gueu, tout en se présentant comme « avocat avant tout », affirme que le PDCI est « victime de ses luttes internes ».

Cette implication va au-delà de la simple défense juridique. Des figures comme Jean-Chrysostome Blessy (avocat du PDCI), Sylvain Tapi (conseil de Laurent Gbagbo et porte-parole du PPA-CI) ou Abdoulaye Ben Méïté (secrétaire national du RHDP chargé des affaires juridiques) assument ouvertement leur engagement politique, conseillant les partis, défendant leurs leaders et portant leur voix. Certains, comme Calixte Esmel, membre du collectif de Guillaume Soro, vont jusqu’à travailler bénévolement, sans affiliation politique formelle.

Le débat ne se limite plus aux salles d’audience. Séri Zokou, ancien avocat de Charles Blé Goudé devant la CPI, souligne l’importance de plaider « pour l’Histoire », en utilisant la presse et les réseaux de soutien. Tandis que Me Gueu s’en tient aux faits du dossier, Roseline Aka-Sérikpa, bien que souvent associée à l’opposition, exprime son inquiétude face à une justice qui pourrait être perçue comme instrumentalisée par les rivalités politiques.

4. Maroc : La rupture Algérie-Émirats, un nouveau prisme pour Rabat

La récente escalade diplomatique entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, marquée par l’ultimatum d’Alger à l’ambassadeur émirati, redessine les équilibres géopolitiques régionaux et place le Maroc dans une position délicate, mais potentiellement avantageuse.

Alger, par la voix de son président Abdelmadjid Tebboune, accusait déjà Abou Dhabi en juillet de déstabiliser la région. Pour Brahim Oumansour de l’Iris, l’alliance étroite entre les Émirats et le Maroc alimente à Alger un « sentiment d’encerclement », exacerbant les tensions historiques.

Rabat, allié de poids des Émirats, a choisi la voie de la prudence, s’abstenant de tout commentaire officiel. Cette discrétion n’est pas nouvelle : le royaume a déjà démontré une « neutralité active » en Libye et s’est retiré de la coalition au Yémen en 2019, prouvant sa capacité à naviguer de manière autonome. Au Sahel, le Maroc mise sur son « Initiative atlantique », visant à désenclaver le Mali, le Niger et le Burkina Faso en leur offrant un accès à l’océan, une stratégie qui pourrait se renforcer dans le nouveau contexte.

Quelles sont les conséquences prévisibles de cette rupture ? Les capitaux émiratis, potentiellement réorientés, pourraient accélérer des projets marocains d’envergure en Afrique de l’Ouest, notamment dans les infrastructures portuaires et le gazoduc Nigeria-Maroc. De son côté, Alger, cherchant à s’affirmer comme un « stabilisateur régional », pourrait intensifier ses rapprochements avec des acteurs comme l’Arabie saoudite, l’Égypte ou la Turquie. Brahim Oumansour tempère cependant, estimant que cet épisode relève « davantage d’une joute diplomatique qu’une véritable rupture stratégique », mais ses répercussions restent à surveiller attentivement.


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