Hanane Kawalina : L’Ahwach, une Danse pour Renouer avec l’Âme Amazighe
Élevée en France, au carrefour de deux cultures, Hanane Kawalina a toujours cherché dans la danse un langage universel. Après une carrière florissante dans l’univers chatoyant de la danse indienne, cette artiste d’origine amazighe marocaine opère aujourd’hui un retour aux sources, explorant et transmettant l’Ahwach, une danse ancestrale qui résonne profondément avec son héritage. À travers des ateliers et des séjours immersifs au Maroc, elle invite à une reconnexion collective et spirituelle.
De la région parisienne aux rythmes du Souss : L’éveil de la danse
Pour Hanane, la danse n’est pas qu’une discipline ; c’est une nécessité, un souffle vital. «La danse est mon moyen d’expression depuis toute petite», confie-t-elle à Yabiladi. Plus qu’une simple libération émotionnelle, elle y voit «une manière d’habiter son corps, de le faire vivre, d’être en mouvement». Son enfance, partagée entre la vibrante région parisienne et les étés ensoleillés du Souss marocain, fut une immersion constante dans l’identité amazighe. Au cœur de sa famille, le tachelhit et les traditions ancestrales étaient le fil conducteur d’un quotidien riche en culture. «On était vraiment entre nous, dans une forme d’immersion», se souvient-elle, évoquant ces moments où le confort matériel s’effaçait devant une plénitude authentique, nourrie par une cuisine préparée avec amour et le respect de la nature environnante. C’est durant ces étés que l’Ahwach s’est révélé à elle, appris de manière organique, au milieu des adultes, lors des mariages et des fêtes, sans école ni maître formel. «On met les enfants au milieu et on leur dit de s’exercer. C’est ainsi qu’on apprend, il n’y a pas d’école.»
L’appel de l’Inde et la quête identitaire
Si l’Ahwach a bercé ses jeunes années, c’est l’icône amazighe Aïcha Tachinouite qui a d’abord incarné pour elle l’idéal de l’artiste. «En voyant Aïcha Tachinouite enfant, j’ai voulu lui ressembler», se rappelle Hanane. Pourtant, embrasser une carrière artistique était un chemin semé d’embûches dans un environnement où l’amour de l’art ne rimait pas toujours avec l’acceptation professionnelle. «On aime la poésie, l’art et la culture, c’est ce qui nous anime. Mais il ne faut pas s’en approcher», exprime-t-elle, soulignant la contradiction de sa jeunesse.
C’est par les films de Bollywood, découverts au Maroc, que la danse indienne s’est imposée, captivant la jeune Hanane par sa musique et ses mouvements. À quinze ans, elle intègre une école de danse classique indienne à Paris, où elle se perfectionne pendant une décennie. Son voyage la mène ensuite en Inde, à la découverte de la dimension spirituelle et de l’expression corporelle de cet art millénaire. Sous le nom de scène Kawalina, elle fonde sa propre école et une société événementielle, dédiées à la culture indienne, formant des danseuses pendant quinze ans à une pratique qui allie «danse complète avec aussi du jeu et du théâtre».
Cependant, vers 33 ans, une question fondamentale émerge : quelle place pour son propre héritage ? «La quête identitaire est venue frapper à ma porte. Je ne suis pas indienne», confie-t-elle. Le sentiment de dissonance, malgré une passion sincère, la pousse à explorer ses origines, son histoire familiale et la richesse de la culture amazighe.
L’Ahwach, un rituel sacré et une libération collective
Dans sa quête de racines, Hanane se tourne vers des anthropologues, sociologues et artistes. Elle rejoint la compagnie Kif Kif Bledi, où elle approfondit les traditions de sa communauté, chaque membre explorant sa propre tribu. Ce cheminement l’amène à dialoguer avec ses parents sur leur héritage culturel. En 2017, une rencontre décisive avec Damouh, qu’elle considère comme son maître d’Ahwach, marque un tournant. Ses immersions dans les villages marocains et ses échanges avec les praticiens lui révèlent la véritable essence de cet art. «J’ai découvert que l’Ahwach était un art sacré, pas simplement une danse», explique-t-elle. Pour Hanane, l’Ahwach est bien plus qu’une performance scénique ; c’est une fusion de musique, de poésie et d’un profond sentiment d’appartenance, une expérience vécue qui exige une intention pure et une connexion au collectif. «Avant de mettre le corps en mouvement, il faut poser ses intentions. Il faut être prêt à se connecter au collectif.»
De cette révélation naissent les ateliers «Ahwach Therapy», des séances organisées pour des femmes en France et au Maroc. Ces rituels de mouvement et de partage renforcent le lien collectif, offrant une véritable «libération collective». «L’Ahwach nous relie à une forme de tribu, à une famille, de manière intuitive.»
L’Ahwach Experience : Transmettre et fusionner les héritages
Le projet «Ahwach Experience» est l’aboutissement de cette démarche, proposant des séjours immersifs d’une semaine dans les régions amazighes du Maroc. De petits groupes de femmes y apprennent l’Ahwach auprès de praticiens locaux et de «gardiennes des mémoires de nos rituels féminins ancestraux», comme cette octogénaire de Tiznit. «Nous sommes généralement entre cinq et sept femmes, et elle nous transmet ces rituels. Pendant une semaine, nous vivons véritablement cet art sacré.»
Ces rencontres au Maroc sont essentielles pour Hanane, garantissant une transmission authentique au sein des communautés tout en apportant un soutien économique local. Son parcours avec la danse indienne, loin d’être oublié, s’intègre désormais à sa pratique personnelle. Elle fusionne harmonieusement les influences indiennes et amazighes, enrichissant ses chorégraphies de gestes narratifs et d’une dimension théâtrale unique. «Cela fait partie de mon histoire : le côté indien et le côté amazigh. Je fusionne les deux, réunissant mes deux passions», conclut-elle. «Je ne cherche pas les ressemblances, je fais en sorte qu’elles se complètent.» Hanane Kawalina incarne ainsi un pont vivant entre les cultures, célébrant la richesse de son double héritage par la puissance expressive de la danse.
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