Football : Comment le Maroc
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Football : Comment le Maroc a bâti sa première sélection féminine

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L’Épopée des Lionnes de l’Atlas : Des Terrains Vagues aux Lumières de la CAN et du Mondial

Bien avant de faire vibrer les foules dans des stades archicombles et de s’illustrer sur la scène mondiale, les Lionnes de l’Atlas, l’équipe nationale féminine de football du Maroc, ont dû forger leur légende à partir de rien. Née en 1997, à une époque où les structures professionnelles étaient inexistantes et l’engouement populaire quasi nul, cette sélection audacieuse a tracé son chemin avec détermination. Aujourd’hui, alors que les Lionnes sont engagées dans la CAN 2026 et ont déjà décroché leur place en demi-finales, il est temps de revenir sur les fondations de cette remarquable ascension.

Une Vision Pionnière : La Naissance des Lionnes

Jusqu’en 1997, le football marocain était une affaire exclusivement masculine. L’idée de créer une équipe nationale féminine ne venait pas d’une footballeuse, mais d’une figure emblématique de l’athlétisme : Nawal El Moutawakel. Première médaillée d’or olympique du Maroc, et pionnière arabe, africaine et musulmane à réaliser un tel exploit, El Moutawakel était alors Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports. Elle a porté ce projet ambitieux aux côtés du Général Hosni Benslimane, président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) à l’époque.

Comme l’expliquait le journaliste sportif Jamal Astaifi en 2023 à Femmes du Maroc

, cette initiative a émergé alors que le football féminin commençait à prendre de l’ampleur sur la scène internationale. Cependant, au Maroc, la discipline peinait à capter l’attention des institutions. Nadia Maqdi, surnommée « Tigana » et première capitaine historique de l’équipe, se souvient : « Jusqu’en 1997, la fédération ne semblait pas intéressée par le football féminin. »

Construire sans Fondations : Le Défi du Recrutement

Ce désintérêt initial s’est manifesté dès la phase de constitution de l’équipe. En l’absence d’un championnat féminin structuré, les sélectionneurs ont dû puiser dans un vivier de talents extrêmement modeste. Nadia Maqdi raconte que les joueuses furent sélectionnées lors d’un championnat local éphémère de seulement deux jours, organisé au Centre National des Sports Moulay Rachid à Salé. Les athlètes provenaient alors d’« équipes non conventionnelles », des structures informelles ou purement amateurs, bien avant que le football féminin ne connaisse le développement actuel.

Malgré ce contexte difficile et un vivier limité, le Maroc parvint à former sa première sélection nationale féminine en un temps record. Dès l’année suivante, en 1998, les Lionnes étaient prêtes à représenter le Royaume dans la plus grande compétition africaine.

Le Baptême du Feu Africain : Les Premières Confrontations

La participation du Maroc au Championnat d’Afrique féminin 1998 fut presque le fruit du hasard. Le forfait du Kenya ouvrit une place directe aux Lionnes, qui se retrouvèrent ainsi confrontées à des nations établies comme le Nigeria, l’Égypte et le Congo-Kinshasa (actuelle RDC). Ce fut une étape cruciale pour une équipe à peine formée.

Nadia Maqdi se remémore la fierté immense qu’elle a ressentie en portant les couleurs du Royaume. Avec le recul, elle admet ne pas avoir pleinement mesuré l’importance historique de ce moment. « J’étais simplement heureuse de jouer », confie-t-elle. Le baptême du feu fut rude : le 17 octobre 1998, le Maroc affronta le Nigeria, champion en titre et pays hôte, subissant une lourde défaite 8-0. Néanmoins, les Lionnes réagirent avec panache trois jours plus tard, décrochant leur première victoire continentale face à l’Égypte (4-1), avant de faire match nul contre le Congo-Kinshasa le 23 octobre. Malgré ces performances prometteuses, le Maroc fut éliminé dès les phases de groupes à la différence de buts. L’intérêt du public restait alors limité, comme le souligne le journaliste Saïd Zeddouk, mais l’équipe avait prouvé sa capacité à rivaliser sur la scène internationale.

Une Deuxième Tentative et l’Émergence de Talents

Fortes de cette première expérience, les Lionnes se qualifièrent de nouveau pour le championnat continental en 2000, cette fois en Afrique du Sud. Bien qu’elles aient été une nouvelle fois éliminées en phase de groupes, cette édition marqua l’émergence d’une nouvelle étoile : Lamia Boumehdi, qui devint la plus jeune joueuse de l’équipe nationale à seulement 16 ans et demi. La fédération, consciente de ce potentiel, créa par la suite une équipe U19, avec Boumehdi comme capitaine, qui affronta des équipes seniors lors d’un tournoi arabe au Caire en 2001. En 2004, elle eut même l’occasion de jouer dans une équipe arabe éphémère contre Chelsea, marquant un but mémorable. Après ces deux premières apparitions en 1998 et 2000, le Maroc allait malheureusement disparaître des phases finales du championnat continental pendant près de deux décennies.

Le Renouveau Stratégique : L’Ère de la Professionnalisation

Le véritable tournant structurel s’est amorcé en août 2020, lorsque la FRMF a signé un contrat-programme ambitieux, intégrant pleinement le football féminin dans une stratégie nationale de développement plus large. Les fruits de cette politique volontariste n’ont pas tardé à se concrétiser. Lors de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2022, organisée à domicile, les Lionnes de l’Atlas ont réalisé un parcours historique en atteignant la finale. Cette performance leur a non seulement valu une qualification pour la Coupe du Monde, faisant d’elles la première équipe arabe à participer à un Mondial féminin, mais a également resserré leurs liens avec le public, attirant des milliers de spectateurs dans les stades.

L’Héritage Continue : Vers de Nouveaux Sommets

Cet été, les Lionnes de l’Atlas continuent d’écrire l’histoire du football marocain. Elles se sont qualifiées pour une deuxième Coupe du Monde consécutive, confirmant leur statut sur la scène internationale, et ont atteint les demi-finales de la CAN féminine 2026, organisée une nouvelle fois au Maroc. De leurs débuts modestes à leur statut actuel d’icônes nationales, le parcours des Lionnes de l’Atlas est une source d’inspiration, témoignant de la force d’une vision, de la persévérance et de l’impact d’une stratégie de développement bien menée.


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