Croire des plans hypothétiques ou faire confiance à des capacités d’action déjà éprouvées ?
Saâd Benmansour
21 septembre 2026 © D.R
À l’aube des élections législatives, le corps électoral marocain se trouve face à un choix fondamental, bien au-delà de la simple adhésion à des programmes politiques. Il s’agit d’évaluer la substance, la crédibilité et, surtout, la capacité avérée des prétendants à concrétiser leurs promesses. La question n’est plus seulement de savoir ce qui sera proposé, mais qui est réellement en mesure de le réaliser. Entre les visions encore théoriques et les politiques qui ont déjà fait leurs preuves sur le terrain, entre les hypothèses audacieuses et le bilan concret, le vote se transforme en un jugement sur le niveau de preuve que chaque acteur est capable d’apporter.
Le Maroc en Mouvement : Une Dynamique Ininterrompue
Dans quelques jours, les citoyens marocains seront conviés aux urnes pour désigner leurs représentants à la Chambre des députés. Cet acte démocratique, en apparence routinier, dissimule une interrogation bien plus profonde : à qui confier les rênes du pays pour les cinq prochaines années ? Et, plus précisément, dans quel but ? La réponse réside d’abord dans la poursuite d’une dynamique de développement engagée depuis plusieurs années. Le Maroc a résolument mis le cap sur la modernisation de ses infrastructures, un spectacle de transformation qui se manifeste par l’émergence de ports d’envergure, d’aéroports rénovés, de lignes ferroviaires à grande vitesse, d’autoroutes sillonnant le territoire, de barrages essentiels à sa souveraineté hydrique, de projets énergétiques ambitieux et de zones industrielles florissantes. Cette métamorphose physique des territoires n’est que la partie visible d’une évolution plus globale, touchant également les sphères économique, industrielle, sociale et sociétale.
Une Économie en Pleine Mutation : L’Impulsion de l’Investissement
Du simple assemblage à la chaîne de valeur du futur
Le Royaume est en train de redéfinir les contours de son économie. L’industrie automobile, autrefois cantonnée à l’assemblage, se positionne désormais avec audace sur les chaînes de valeur du véhicule électrique et des batteries. Une reconnaissance internationale est venue confirmer cette orientation stratégique, la CNUCED ayant cité le Maroc, en juillet dernier, parmi les nouvelles plateformes mondiales d’investissement dans cette filière d’avenir. Ce succès est le fruit d’une stratégie industrielle méticuleusement élaborée sur plus de deux décennies, témoignant d’une vision à long terme et d’une exécution rigoureuse.
L’accélération des flux d’investissement
La dynamique d’investissement, quant à elle, a connu une accélération notable. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Charte de l’investissement, les chiffres gouvernementaux révèlent la signature de 391 conventions, totalisant un engagement colossal de quelque 520 milliards de dirhams à début juillet 2026. Le seul mois d’avril a vu la Commission nationale des investissements valider 44 projets pour plus de 86 milliards de dirhams, couvrant des secteurs stratégiques tels que l’automobile, les énergies renouvelables, le tourisme, l’aéronautique, les télécommunications et les infrastructures. Certes, ces 520 milliards ne sont pas encore tous injectés, ni tous les emplois annoncés déjà créés. Une convention n’est pas une usine en pleine production. Cependant, ces indicateurs sont éloquents : ils dessinent la direction prise, les secteurs en pleine expansion et la capacité croissante du pays à attirer des projets de plus en plus sophistiqués. Cette trajectoire est cruciale pour les cinq prochaines années, car la transformation économique est un processus d’accumulation, non de décrets. Une usine en attire une autre, un équipementier suit son donneur d’ordre, une plateforme logistique génère de nouveaux flux, et une filière industrielle naissante crée des besoins en formation, en énergie, en ingénierie, en sous-traitance et en services. C’est ainsi que se bâtissent des écosystèmes résilients et innovants.
Les Réformes Sociales : Un Mouvement Profondément Engagé
La santé : Une refonte structurelle en marche
Le Maroc qui se transforme ne se limite pas à son industrie. Le domaine social est le théâtre d’un mouvement d’une ampleur considérable. Prenons le secteur de la santé : le programme de réhabilitation des établissements de soins de santé primaires a franchi une étape majeure avec l’achèvement d’une première phase, qui a vu 1 400 centres être reconstruits, modernisés ou équipés à travers les douze régions du Royaume. Une deuxième phase, tout aussi ambitieuse, concerne désormais 1 600 centres supplémentaires. Parallèlement, de nouvelles infrastructures hospitalières, promettant quelque 3 000 lits additionnels, sont en cours de construction ou d’achèvement dans diverses régions, avec quinze projets attendus en 2026. Bien sûr, la réforme de la santé est un chantier de longue haleine et personne ne prétend qu’elle est achevée. Mais l’essentiel réside dans la nature du mouvement engagé et la direction clairement définie : il ne s’agit plus de simples ajouts d’hôpitaux, mais d’une refonte complète de l’architecture du système, de son financement, de ses structures de proximité, de la formation des professionnels et de sa gouvernance, incluant une protection sociale renforcée.
L’école : Vers une pédagogie renouvelée
Le même élan de transformation est perceptible dans le système éducatif. Les « Écoles pionnières », initiées dès 2023-2024, ont progressivement étendu leur portée. Pour la rentrée 2026-2027, ce dispositif novateur devrait couvrir environ 80% du primaire et 50% du collège. Les débats sur les résultats, les méthodes ou la vitesse de déploiement sont légitimes, et l’évaluation à long terme de l’amélioration des apprentissages sera cruciale. Toutefois, cette réforme dépasse largement la simple rénovation des bâtiments ou l’augmentation des effectifs. Elle s’attaque directement aux méthodes d’enseignement et d’apprentissage, visant une transformation pédagogique profonde et durable.
Le filet social : Une réalité quotidienne pour des millions
Le rapport social au sein du Royaume a également connu une évolution majeure, la généralisation de la protection sociale en étant l’illustration la plus frappante. Pendant des décennies, des millions de Marocains étaient privés de tout filet de sécurité, en marge des dispositifs structurés de couverture et d’aide. Le système d’aides sociales directes, lancé fin 2023 dans le cadre du chantier royal, concernait en 2026 près de 3,9 millions de ménages, soit plus de 12,5 millions de citoyens, selon l’Agence nationale du soutien social. Si les discussions sur le ciblage, le montant ou les effets sur l’emploi persistent, l’impact est indéniable : le filet social est désormais une réalité tangible pour des millions de foyers. Plus important encore, il opère une mutation fondamentale en institutionnalisant l’aide sociale, la rendant identifiable, budgétée et ciblée, loin des mécanismes ponctuels d’antan. À cela s’ajoutent les hausses salariales négociées dans le cadre du dialogue social, notamment dans le secteur public, où plus d’un million de fonctionnaires ont bénéficié d’une augmentation en 2025, avec une deuxième tranche versée dès juillet de la même année.
L’Administration : Le Pont entre l’Idée et l’Action
Bien entendu, ces avancées ne signifient pas que la question du pouvoir d’achat est résolue ; elle demeure une préoccupation constante. Néanmoins, le paysage social de 2026 est manifestement différent de celui de 2021. C’est cette évolution concrète que les électeurs sont invités à considérer. Car voter, ce n’est pas simplement adhérer à une idée abstraite. C’est choisir une équipe capable de naviguer les complexités, de surmonter les obstacles et de traduire les intentions en réalisations palpables. Entre l’idée brillante et sa concrétisation sur le terrain, il y a le rôle essentiel de l’administration, du cadre législatif et réglementaire, et de la capacité à mobiliser les ressources humaines et financières. C’est dans cette alchimie entre vision et exécution que réside la véritable confiance que les électeurs s’apprêtent à accorder.
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