Nomad #75 : L’aire du
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Nomad #75 : L’aire du dragonnier d’Ajgal, entre peintures rupestres et sang-de-dragon

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Le Dragonnier d’Ajgal : Un Géant Méconnu au Cœur du Maroc

Le Maroc, terre de contrastes et de richesses naturelles, est mondialement célébré pour son emblématique arganier. Pourtant, au-delà de cette icône, un autre géant botanique, tout aussi unique et fascinant, se dresse discrètement dans les paysages arides du sud : le dragonnier d’Ajgal. Moins médiatisée, cette espèce endémique recèle des trésors historiques et écologiques qui méritent une attention particulière.

Une Silhouette Majestueuse et un Habitat Secret

Imaginez un arbre dont la stature dépasse les dix mètres, arborant une silhouette singulière, presque sculpturale. Tel est le dragonnier d’Ajgal (Dracaena draco subsp. ajgal), une merveille végétale dont l’existence est confinée à la province de Tiznit, au Maroc, et aux îles Canaries. Sa découverte, relativement récente, remonte à 1996, œuvre des biologistes Fabrice Cuzin et Abdelmalek Benabid.

Ce spécimen rare a élu domicile sur les falaises escarpées du Jbel Imzi et d’Adad Medni, des massifs rocheux traversés par l’Assif Oumarhouz. Cet isolement géographique, conjugué à un relief difficilement accessible, explique sans doute pourquoi ce dragonnier, bien connu des Canariens, est resté si longtemps un secret bien gardé sur le continent africain.

Le Mystère du « Sang-de-Dragon » et l’Héritage Rupestre

L’aura mystique du dragonnier d’Ajgal ne s’arrête pas à son apparence. Son tronc dissimule une sève précieuse : une gomme-résine d’un rouge écarlate profond, que les locaux ont baptisée « sang-de-dragon ». Cette appellation évocatrice renvoie à des usages ancestraux et multiples.

Historiquement, le « sang-de-dragon » était prisé pour la confection de vernis et de matières teintantes. Plus fascinant encore, les peintures rupestres ornant les grottes des environs, témoins silencieux d’une vie préhistorique, auraient été réalisées à partir de ces pigments naturels. Un lien indéfectible unit ainsi cet arbre à l’histoire artistique et culturelle de la région. L’appellation « Ajgal » elle-même, en tachelhite, signifie « rucher », soulignant une autre interaction, parfois problématique, avec l’activité humaine.

Un Patrimoine en Quête de Reconnaissance et de Protection

Malgré sa singularité et sa valeur inestimable, l’aire du dragonnier d’Ajgal ne bénéficie pas encore d’une protection à la hauteur de son potentiel. Inscrite sur la liste indicative de l’UNESCO depuis 1998, elle y est décrite comme un «écosystème présteppique à préforestier endémique, unique dans le monde par sa richesse en espèces végétales endémiques… son paysage d’une beauté exceptionnelle… rehaussé par la présence de peintures rupestres exécutées avec le sang extrait du tronc du dragonnier».

Pourtant, comme le déplore Larbi Barouane, conservateur régional du patrimoine culturel à Agadir, ce « patrimoine naturel » n’est «ni classé ni inscrit au niveau du patrimoine national». L’absence d’actions concrètes pour sa préservation est alarmante. Seules quelques associations locales se mobilisent, luttant «bec et ongles» pour sa reconnaissance officielle.

La Philatélie au Service de la Conservation

Parmi ces sentinelles de la nature, l’association philatélique d’Agadir et du sud s’est distinguée par une initiative originale. Après des années de persévérance, elle a obtenu de Barid Al Maghrib l’émission d’un timbre à l’effigie du dragonnier d’Ajgal. Une victoire symbolique, mais cruciale, pour sensibiliser le grand public à l’existence et à la fragilité de cet arbre.

Rachid Zaki, président du Conseil d’administration de l’association, saisit cette occasion pour alerter sur une menace directe : l’utilisation des dragonniers comme ruchers, pratique qui «mène à leur détérioration». Un rappel poignant de l’urgence d’agir pour sauvegarder ce trésor botanique et culturel, avant qu’il ne disparaisse dans l’indifférence.


Pour plus de détails, visitez notre site.

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