La ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, s'exprimant lors de la présentation de l'AUSIMètre sur la cybersécurité.
Technologie

Maroc : Cyber-résilience, une loi « dérangeante » pour une souveraineté numérique cruciale

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Le Maroc face au défi de la cyber-résilience : une loi « dérangeante » en gestation

La cybersécurité n’est plus une simple préoccupation technique, elle est devenue le pilier de la souveraineté nationale et de la pérennité des entreprises. C’est le constat alarmant dressé lors de la présentation de la 3e édition de l’AUSIMètre, le baromètre annuel de la maturité cyber des organisations marocaines, fruit d’une collaboration entre l’AUSIM et PwC. Un événement marqué par une révélation de taille : un projet de loi structurant, destiné à renforcer la résilience numérique du Royaume, est prêt, mais il « dérange beaucoup de gens », selon les mots de la ministre déléguée chargée de la Transition numérique.

La « Loi X.0 » : entre urgence et résistances

Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, a levé le voile sur les coulisses d’un texte législatif crucial. « Lorsque nous avons réfléchi (…) à une loi que nous avons appelée la loi X.0, qui a du mal à sortir aujourd’hui parce qu’elle dérange. Elle dérange beaucoup de gens. Et pour l’instant, nous nous battons pour que cette loi voie le jour », a-t-elle affirmé. Cette déclaration souligne les enjeux politiques et économiques sous-jacents à l’adoption d’une législation ambitieuse en matière de cybersécurité.

Élaboré en concertation avec plusieurs institutions nationales, ce projet de loi s’articule autour de deux principes fondamentaux : le « Security by Design » et le « Privacy by Design ». L’objectif est clair : intégrer la cybersécurité et la protection des données personnelles dès les premières étapes de conception de tout projet numérique, garantissant ainsi une approche proactive plutôt que réactive face aux menaces.

La donnée, nouvel or noir de la souveraineté

La ministre a insisté sur un point essentiel : la cybersécurité ne se limite plus à la protection des infrastructures. La véritable richesse à sauvegarder réside dans la donnée. « On peut être sécure, mais si on se fait aspirer toutes ses données, on n’est pas très sécure longtemps », a-t-elle mis en garde. Les informations dérobées, a-t-elle rappelé, constituent un terreau fertile pour l’ingénierie sociale et l’espionnage, des menaces insidieuses qui peuvent miner la stabilité et la compétitivité d’un État.

Cette vision est pleinement partagée par Mohamed Saad, président de l’AUSIM, pour qui « la résilience n’est plus une option, c’est un impératif de souveraineté nationale ». L’avènement de l’intelligence artificielle et l’intensification des tensions géopolitiques mondiales imposent une refonte profonde des stratégies de défense numérique. La cybersécurité, autrefois reléguée aux départements IT, est désormais une affaire de gouvernance stratégique, impactant directement la compétitivité et la continuité des activités des organisations.

Innovation, inclusion et compétences : les piliers d’une transformation réussie

Le chemin vers une résilience numérique robuste est semé d’embûches, notamment dans un pays comme le Maroc, où coexistent des technologies de pointe et des disparités en matière de connectivité et d’acculturation numérique. La ministre El Fallah Seghrouchni a plaidé pour une approche holistique, combinant un arsenal législatif adapté, une montée en compétences généralisée, une acculturation numérique de la population, le développement de talents spécialisés et la création de centres d’innovation dédiés à la cybersécurité.

Jamal Basrire, associé chez PwC en charge des activités cybersécurité pour la France et le Maghreb, a renchéri sur l’impact de l’IA. « La stratégie cyber que l’on a connue par le passé doit être revue de manière fondamentale », a-t-il souligné, appelant à une automatisation accrue et à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les dispositifs de défense des entreprises marocaines.

Le Livre blanc de l’AUSIM : une feuille de route pour l’avenir

Au-delà du baromètre annuel, l’AUSIM a publié un Livre blanc ambitieux. Ce document, véritable boussole pour les organisations, explore les mutations à venir. Il met en lumière l’IA, à la fois formidable outil de protection et vecteur d’amplification des cybermenaces. Les enjeux de souveraineté liés au cloud, à la maîtrise des données et à la réversibilité des services y sont également abordés avec acuité.

Le Livre blanc insiste sur l’urgence de développer les compétences. Face à une pénurie mondiale de profils spécialisés, il préconise le « re-skilling », la formation continue et une gouvernance où la cybersécurité est élevée au rang de sujet de direction générale, dépassant la seule sphère technique. Pour Jamal Basrire, un pilotage efficace passe par des indicateurs précis, permettant d’évaluer le niveau de risque et l’optimisation des investissements. Ce dialogue structuré entre experts techniques et dirigeants est essentiel pour faire de la cybersécurité un levier de performance et de gouvernance.

Une responsabilité partagée pour un avenir numérique sécurisé

La conclusion des débats est unanime : la résilience numérique est indissociable de la compétitivité et de la souveraineté. La ministre Amal El Fallah Seghrouchni a rappelé cette responsabilité collective : « nous avons tous la responsabilité de protéger nos données ». Elle a lancé un appel vibrant aux administrations, entreprises et experts pour bâtir ensemble un écosystème numérique marocain plus robuste et sécurisé. Le Livre blanc de l’AUSIM, avec sa feuille de route prospective, offre les clés pour anticiper et maîtriser les défis technologiques de demain, plutôt que de les subir.


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