Vue aérienne du port de Tanger Med, avec des porte-conteneurs amarrés et des grues en activité, symbolisant l'efficacité et la modernité portuaire.
Économie

Ports marocains : Tanger Med brille, Casablanca décroche

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Tanger Med, étoile montante du commerce mondial, Casablanca en eaux troubles

Le 10 juin 2026, le monde de la logistique maritime a les yeux rivés sur la sixième édition du Container Port Performance Index (CPPI) 2025, publié par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence. Ce classement, baromètre incontournable de l’efficacité portuaire, révèle une réalité contrastée pour les infrastructures marocaines. Tandis que Tanger Med s’illustre par une performance exceptionnelle, se hissant au sixième rang mondial et s’affirmant comme le leader incontesté du continent africain, le port de Casablanca, jadis fleuron économique, dégringole à une inquiétante 38e place africaine. Entre ces deux extrêmes, Agadir maintient une position intermédiaire mais en dégradation constante.

Tanger Med : L’excellence au service de la résilience

Avec un score impressionnant de 134, Tanger Med ne se contente pas de rivaliser avec les géants asiatiques comme Chiwan (Chine), mais surpasse des hubs majeurs tels qu’Algésiras, Ningbo ou Tianjin. Sa trajectoire depuis 2020 (133 en 2020, 128 en 2021, 125 en 2022, 139 en 2023, 136 en 2024, 134 en 2025) témoigne d’une constance remarquable, le positionnant comme un modèle d’efficacité dans une région (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan) souvent confrontée à des défis structurels. L’exploit est d’autant plus significatif que le CPPI ne mesure pas la taille ou le volume, mais la capacité d’un port à minimiser le temps d’immobilisation des navires à quai, un indicateur crucial de sa fluidité opérationnelle et de sa résilience face aux perturbations.

La clé de la performance : Maîtriser l’« absorption de temps »

Le rapport de la Banque mondiale met en lumière un concept fondamental : l’« absorption de temps ». Il s’agit du temps supplémentaire passé par les navires au port au-delà des exigences opérationnelles de base, incluant les files d’attente, l’attente et l’inactivité à quai. Les ports les plus performants, à l’image de Tanger Med, excellent à limiter ce temps improductif et à maintenir une proportion élevée d’opérations productives. Cette agilité leur permet de gérer des schémas d’arrivée volatils et de se remettre rapidement des chocs, une compétence devenue vitale dans un contexte de chaînes d’approvisionnement mondiales sous tension.

Casablanca et Agadir : Les revers d’une économie à deux vitesses

Le tableau est moins reluisant pour le port de Casablanca, qui enregistre un score de -74,2, le plaçant loin derrière ses pairs africains. Sa dégringolade est progressive et alarmante : de 14 points en 2020, il chute à -74,2 en 2025. Cette érosion n’est pas un simple accident de parcours, mais le reflet de faiblesses structurelles. Historiquement orienté vers l’importation, le port de Casablanca a longtemps bénéficié d’un hinterland captif, le soustrayant à la pression concurrentielle qui a poussé Tanger Med vers l’excellence. Le rapport souligne que « les ports dominés par l’importation sont confrontés à une plus grande incertitude de triage et de stockage », ce qui explique les scores inférieurs observés dans de nombreux ports africains.

Le port d’Agadir, troisième port marocain du classement, se positionne au 18e rang africain avec un score de -14,1. Sa trajectoire est celle d’une dégradation lente mais constante, suggérant une usure opérationnelle plutôt qu’un effondrement spectaculaire. De -1 en 2020 à -14,1 en 2025, Agadir illustre les défis auxquels sont confrontés les ports qui peinent à s’adapter aux nouvelles exigences de rapidité et de flexibilité.

La « congestion par rafales » : Un nouveau paradigme logistique

Le rapport introduit le concept de « congestion par rafales », des épisodes courts mais intenses qui submergent les interfaces portuaires avant de se dissiper. Ces phénomènes, souvent déclenchés par des chocs géopolitiques (comme la crise de la mer Rouge), des perturbations climatiques ou des contraintes de main-d’œuvre, mettent à l’épreuve la capacité d’absorption des ports. La crise de la mer Rouge de 2024-2025, qui a contraint de nombreux navires à contourner le Cap de Bonne-Espérance, a révélé l’importance cruciale de la résilience. Alors que des ports ouest-africains ont vu leurs temps de rotation se dégrader fortement, Tanger Med a démontré sa capacité à amortir ces chocs, confirmant sa position de hub stratégique et fiable.

Gouvernance et vision stratégique : Les moteurs de la divergence

Les trajectoires divergentes de Tanger Med et de Casablanca ne sont pas le fruit du hasard. Elles incarnent deux philosophies portuaires distinctes et des modèles de gouvernance différents. Tanger Med, conçu dès l’origine comme une plateforme de transbordement et d’exportation, a bénéficié d’investissements massifs et d’une gestion axée sur l’efficacité et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales. Casablanca, en revanche, doit faire face aux défis d’une infrastructure plus ancienne et d’une adaptation plus lente aux impératifs du commerce international moderne. Le classement CPPI 2025 est un rappel éloquent : dans le ballet incessant du commerce mondial, l’efficacité n’est plus un luxe, mais une nécessité absolue pour rester dans la course.


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