L’Alliance Cacao Côte d’Ivoire-Ghana : Un Second Souffle pour Dompter la Volatilité du Marché
Abidjan et Accra, les deux géants incontestés de la production mondiale de cacao, s’unissent à nouveau pour faire front commun face à un marché de l’or brun d’une volatilité croissante. Les présidents ivoirien, Alassane Ouattara, et ghanéen, John Dramani Mahama, ont relancé leur initiative conjointe, baptisée « Opep du cacao », avec l’ambition de peser davantage sur les cours mondiaux et d’assurer une meilleure stabilité pour leurs millions de producteurs.
Cette alliance stratégique, qui représente près de 60 % de l’approvisionnement mondial en cacao, est plus que jamais nécessaire. Fin 2024, les prix avaient atteint des sommets historiques, frôlant les 13 000 dollars la tonne, avant de connaître un repli brutal et continu tout au long de la saison actuelle, plongeant les producteurs dans l’incertitude.
Des Cours en Dents de Scie : Le Défi du Marché
La filière cacao, pilier économique de la Côte d’Ivoire et du Ghana, est régulièrement secouée par des fluctuations de prix qui impactent directement les revenus des agriculteurs. Cette instabilité, souvent exacerbée par la spéculation et les dynamiques des marchés financiers, rend difficile la planification à long terme et la garantie d’un revenu décent pour ceux qui sont au cœur de la production.
Le récent sommet d’Abidjan, tenu le 16 juin 2026, a été l’occasion pour les deux chefs d’État de réaffirmer leur détermination à mutualiser leurs efforts. L’objectif est clair : coordonner leurs politiques de production et de commercialisation pour éviter les surproductions qui tirent les prix vers le bas, et négocier d’une voix plus forte avec les acheteurs internationaux.
L’Ambition d’une « Opep du Cacao » Renforcée
L’idée d’une organisation des pays producteurs de cacao, à l’image de l’Opep pour le pétrole, n’est pas nouvelle. Elle vise à donner aux pays producteurs un pouvoir de fixation des prix qu’ils n’ont jamais eu, la majeure partie de la valeur ajoutée étant captée par les transformateurs et distributeurs dans les pays consommateurs.
En renforçant cette alliance, la Côte d’Ivoire et le Ghana espèrent non seulement stabiliser les revenus de leurs cacaoculteurs, mais aussi investir davantage dans la transformation locale du cacao, créant ainsi plus de valeur sur leur propre territoire. C’est une démarche essentielle pour l’autonomisation économique et la résilience face aux chocs externes.
Perspectives et Enjeux
La réussite de cette initiative dépendra de la capacité des deux nations à maintenir une coordination étroite et à obtenir l’adhésion d’autres pays producteurs. Un front uni pourrait véritablement transformer le paysage du marché mondial du cacao, offrant une juste rémunération aux millions de mains qui cultivent cette précieuse denrée.
Par Baudelaire Mieu (à Abidjan)
Publié hier à 19h14, modifié aujourd’hui à 08h33
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