CIMAF au Gabon : 40 millions d’euros pour un partenariat d’avenir sous le signe du co-pilotage
Libreville, mai 2026. Dans le ballet silencieux des capitaux qui redessinent le continent africain, un mouvement récent au Gabon mérite une attention particulière, tant il est lourd de sens. Le 20 mai dernier, au cœur du Palais Rénovation, une poignée de main entre Anas Sefrioui, l’éminent PDG de Ciments de l’Afrique (CIMAF), et le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a scellé bien plus qu’un simple investissement de 40 millions d’euros.
Expansion, modernisation des infrastructures, et réponse à une demande locale en pleine effervescence : ces éléments constituent le socle habituel de l’expansion d’une multinationale sur un marché prometteur. Cependant, cette fois, un détail vient briser la banalité de l’opération : l’État gabonais fait une entrée remarquée au capital du groupe. Libreville ne dissimule plus ses ambitions, activant un véritable « co-pilotage » et exigeant désormais une place à la table des décisions stratégiques, avec un droit de regard sur les orientations majeures. Une proposition que CIMAF, en pleine phase de recentrage africain, ne pouvait refuser, alors même qu’il cède ses dernières positions sur des marchés européens jugés marginaux.
Un virage stratégique continental pour CIMAF
Le désengagement européen s’accélère
Pour saisir toute la portée de ce moment charnière, il faut se tourner vers le Maroc, où, quarante-huit heures avant la signature gabonaise, la presse annonçait la cession de la dernière cimenterie française détenue par CIMAF. Cette opération marque un tournant décisif : le groupe d’Anas Sefrioui tourne progressivement la page européenne pour se consacrer pleinement aux dynamiques du continent africain.
La logique derrière cette réorientation est purement économique. Face à un marché européen mature, saturé et caractérisé par des coûts élevés et des marges comprimées, les économies africaines offrent un contraste saisissant. Les besoins en matériaux de construction y demeurent considérables, portés par une urbanisation galopante et des projets d’infrastructures d’envergure.
Le Gabon, laboratoire d’un nouveau modèle de co-pilotage
L’exigence gabonaise : une participation étatique renforcée
Le cas gabonais illustre avec acuité les nouvelles dynamiques qui animent les relations économiques entre le Maroc et l’Afrique. Au-delà de l’expansion industrielle classique, ce projet symbolise une étape supplémentaire dans la stratégie continentale du groupe. À travers ses grands acteurs privés, le Maroc affirme son rôle croissant dans l’industrialisation de l’Afrique, en investissant dans des secteurs aussi structurants que le ciment, pierre angulaire de l’urbanisation accélérée du continent.
CIMAF, en effet, ne se contente pas de commercialiser un produit, il participe directement à l’édification des infrastructures de base : routes, ponts, logements et villes. Son implantation en Afrique centrale, une région historiquement moins courtisée par les groupes marocains que l’Afrique de l’Ouest, redessine les contours de l’influence économique du Royaume.
Pour le Gabon, un pays qui a longtemps navigué au gré de la rente pétrolière, ce projet représente un véritable laboratoire de diversification économique. Il repose sur une alliance novatrice entre capitaux privés, un accompagnement public volontariste et une logique d’intégration industrielle audacieuse.
L’État gabonais multiplie les prises de participation
En réorientant ses investissements de l’Europe vers l’Afrique, Anas Sefrioui ne poursuit pas uniquement une logique de rentabilité. Il accompagne également l’émergence d’États africains désireux de transcender leur rôle de simples marchés consommateurs pour devenir des acteurs pleinement impliqués dans leur propre développement industriel. La participation de l’État gabonais au capital de CIMAF Gabon lance une nouvelle dynamique de coopération.
Dans le secteur stratégique du ciment, cette volonté d’industrialisation se manifeste désormais par la capacité des États à détenir une part significative de l’outil de production. Il est à noter qu’en décembre 2025, l’État gabonais avait déjà acquis une participation de 10% dans la filiale locale de CIMAF. Plus récemment, le jeudi 21 mai 2026, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a formellement notifié aux dirigeants du groupe marocain l’intention de Libreville d’acquérir une participation supplémentaire, portant sa part à 20% du capital de la filiale locale. Cette information n’est pas un simple détail contractuel, mais un acte de gouvernance fort.
Depuis août 2023, le gouvernement gabonais a multiplié les investissements publics, se dotant ainsi d’un levier stratégique : faire de chaque grand projet une copropriété nationale. Une approche qui positionne le Gabon, en 2026, comme un symbole éloquent des mutations économiques profondes à l’œuvre sur le continent africain, où souveraineté économique et partenariat industriel s’entremêlent pour bâtir l’avenir.
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