Déchets : Le Maroc Face à un Défi Circulaire Incontournable
, bien qu’ayant réalisé des avancées significatives dans la collecte des déchets urbains, se trouve à un carrefour critique en matière de valorisation. Mounir El Bari, reconduit à la tête de la Coalition pour la Valorisation des Déchets (COVAD), plaide avec ferveur pour un changement de paradigme : passer d’une gestion passive à une approche proactive axée sur les filières. Dans un contexte international marqué par des exigences européennes croissantes, une raréfaction des ressources et l’horizon de 2030, l’économie circulaire n’est plus une option, mais une nécessité vitale pour la souveraineté et la compétitivité du Royaume.
Par Jihane Ziyan – Publié le 26 mai 2026 à 10h53 | Modifié le 26 mai 2026 à 10h53
De la Propreté Urbaine à l’Enjeu Stratégique : L’Évolution de la Problématique des Déchets
Longtemps perçue comme une simple question de propreté urbaine et de gestion locale, la problématique des déchets a muté pour devenir un enjeu industriel, environnemental et commercial majeur pour le Maroc. Alors que le Royaume se prépare à accueillir la Coupe du monde de football en 2030, renforce ses engagements climatiques et doit se conformer aux nouvelles régulations européennes en matière de traçabilité et de contenu recyclé, l’économie circulaire s’impose comme une condition sine qua non de sa compétitivité future.
La COVAD : D’une Structuration à une Action Concrète
C’est dans cette dynamique que Mounir El Bari a été réélu à la tête de la COVAD, une initiative conjointe du ministère de la Transition énergétique et du développement durable et de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Son premier mandat (2021-2025) a été dédié à la structuration de l’organisation, incluant l’élargissement de sa gouvernance, le renforcement du dialogue public-privé, la conduite de missions stratégiques avec des partenaires nationaux et internationaux, et l’élaboration d’une feuille de route ambitieuse. Cette dernière s’articule autour de piliers essentiels tels que la régionalisation, la fiscalité verte, l’innovation, l’inclusion sociale et le développement des industries du recyclage.
Le nouveau mandat (2026-2030) se veut résolument plus opérationnel. Mounir El Bari souligne l’importance de dépasser la simple reconnaissance institutionnelle pour influencer concrètement les filières, les cadres législatifs, les mécanismes de financement et les politiques territoriales. Ce chantier est d’autant plus pressant que le Maroc, malgré ses progrès en matière de collecte urbaine, valorise encore une part infime de ses déchets ménagers.
Les Priorités Législatives et Économiques pour une Économie Circulaire Nationale
Parmi les dossiers les plus sensibles figurent la réforme de la loi 28-00, l’instauration de la responsabilité élargie du producteur (REP), la traçabilité des flux de déchets, la structuration de filières de recyclage pérennes et l’intégration du secteur informel. Le 29 avril 2026, la COVAD a d’ailleurs interagi avec les parlementaires du groupe CGEM à la Chambre des conseillers, insistant sur le rôle crucial du Parlement dans l’édification d’une économie circulaire nationale cohérente.
Dans un entretien exclusif avec Médias24 post-réélection, Mounir El Bari réaffirme sa conviction profonde : le déchet doit être perçu et réintégré dans l’économie comme une ressource précieuse. Une ressource au service de la souveraineté industrielle, de la sécurité des matières premières et de la résilience des territoires.
Vision pour le Deuxième Mandat : De la Reconnaissance à la Transformation
Médias24 : Pendant votre premier mandat, la COVAD est passée d’une coalition à un acteur institutionnel reconnu. Quelle est votre vision pour ce deuxième mandat ?
Mounir El Bari : La COVAD a été créée en 2015, dans la foulée de la Stratégie nationale de développement durable initiée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Ses membres fondateurs – le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, le ministère de l’Industrie et du Commerce, et la CGEM – lui ont conféré dès le départ une légitimité institutionnelle que de nombreuses organisations mettent des décennies à acquérir.
Le mandat 2021-2025 a surtout été celui de la capacité opérationnelle. Nous avons élargi notre gouvernance en créant un quatrième collège, intégrant les présidents de commissions thématiques, ce qui a permis d’impliquer un cercle d’acteurs bien plus vaste que les seuls fondateurs. Nous avons mené des mandats stratégiques pour le MTEDD, l’UNEP et l’UNIDO, et établi un dialogue institutionnel continu. De plus, nous avons professionnalisé notre fonctionnement avec des assemblées générales régulières, la certification de nos comptes et la formalisation de nos processus décisionnels.
Pour ce second mandat (2026-2030), la question n’est plus celle de la reconnaissance de la COVAD, qui est désormais acquise. L’enjeu est de transformer concrètement le paysage des déchets. Il s’agit de passer des études aux projets pilotes, du dialogue institutionnel à des mécanismes qui impactent directement les filières, et d’un plaidoyer réactif à un agenda proactif qui anticipe les réformes. C’est la feuille de route de ce nouveau mandat.
Notre ambition est de positionner la COVAD, sur la période 2026-2030, comme une plateforme nationale d’alignement entre les politiques publiques, les impératifs industriels, les exigences internationales et les réalités territoriales. L’économie circulaire ne doit plus être un sujet sectoriel ; elle doit devenir un moteur essentiel de compétitivité, de souveraineté en matières premières et d’attractivité pour l’investissement.
Les Mesures Clés pour Ancrer le Maroc dans l’Économie Circulaire
– Quelles sont les mesures prioritaires à prendre pour placer le Maroc au cœur de la transformation écologique et de l’économie circulaire ?
Mounir El Bari : La première urgence est d’ordre législatif. Le projet de loi 48.23, qui vise à modifier la loi 28-00 en introduisant la responsabilité élargie du producteur, la traçabilité des déchets et l’intégration des matières recyclées, est en attente d’adoption parlementaire depuis plus de quatre ans. À l’approche d’une période pré-électorale, si ce texte est reporté à la prochaine législature, c’est la crédibilité du Maroc auprès des bailleurs multilatéraux, des partenaires européens et des mécanismes de finance climatique qui en souffrira directement. Ce n’est pas un risque hypothétique : le déblocage des tranches de la Banque mondiale est subordonné à des indicateurs de performance en matière de valorisation. Les conditionnalités s’accumulent pendant que le texte stagne.
La deuxième priorité est le signal économique. Il est impératif qu’un acteur qui s’engage dans le tri, la valorisation et l’emploi local ne soit pas structurellement désavantagé par rapport à un opérateur qui se contente d’enfouir sans contrainte. Tant que le contrôle, les sanctions et la fiscalité ne corrigeront pas cette distorsion, l’économie circulaire restera une exception plutôt que la norme.
La troisième priorité est territoriale. La Coupe du monde 2030 représente une opportunité et un défi majeurs. Elle générera des volumes colossaux de déchets de construction et de démolition. Actuellement, il n’existe aucune filière structurée pour gérer ces flux. C’est une fenêtre d’opportunité qui pourrait se refermer rapidement si nous n’agissons pas dès maintenant pour mettre en place les infrastructures nécessaires.
Les volumes de déchets ménagers et assimilés augmenteront également de manière significative durant la Coupe du monde, en raison de l’afflux touristique et des changements dans les habitudes de consommation des ménages en période de célébration. Des dispositifs de tri et de collecte sélective sont indispensables pour faire face à cette augmentation prévisible.
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