Vue aérienne des fouilles archéologiques de Sijilmassa, montrant les vestiges de la cité médiévale et la structure métallique moderne en construction, évoquant les dunes du désert.
Culture

Sijilmassa : L’Ancienne Cité d’Or du Maroc Révèle ses Trésors et Déchaîne la Controverse

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Au cœur du Maroc, là où les sables du désert murmurent des histoires millénaires, Sijilmassa, la légendaire « New York » médiévale, renaît de ses cendres. Ce nom, jadis un phare pour les caravaniers et marchands de tout le bassin méditerranéen, évoque aujourd’hui une double actualité : la révélation fascinante de son passé glorieux par de récentes fouilles archéologiques, et l’émergence d’une vive controverse autour de son ambitieux projet de valorisation. Classée patrimoine national depuis 2017, cette cité mythique, carrefour inégalé du commerce transsaharien et des civilisations, située aux portes de Rissani, dévoile enfin ses secrets, mais non sans heurts.

Des Découvertes Archéologiques « Historiques »

Sous l’égide de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) et grâce à un financement direct du Ministère de la Culture, Sijilmassa est le théâtre d’un programme national d’une ampleur inédite. Entre février 2024 et 2025, trois campagnes de fouilles intensives, chacune d’une durée de deux mois, ont été menées, dévoilant des trésors que les experts qualifient déjà d’historiques.

« En seulement cinq mois de travail effectif sur le terrain, nous avons amassé une quantité d’objets et de données équivalente à celle d’un chantier habituel de cinq ans », a révélé la professeure Asmae El Kacimi, directrice scientifique des fouilles, lors d’un entretien exclusif avec Médias24.

Le Cœur Spirituel et Urbain de Sijilmassa

Les archéologues ont focalisé leurs efforts sur le « noyau vital » de la cité médiévale, là où pulsait le pouvoir et la foi. Leurs investigations ont mis en lumière une stratification temporelle fascinante, retraçant l’évolution de la Grande Mosquée de la ville à travers les époques :

  • Les Fondations Midrarites (VIIIe – Xe siècle) : La découverte de la toute première mosquée de la ville, datant de l’émirat autonome midrarite, représente une avancée capitale pour la compréhension des prémices de l’islamisation régionale.
  • L’Apogée Almoravide : Le site révèle des traces d’un agrandissement monumental sous la dynastie almoravide, illustrant la prospérité et la grandeur de Sijilmassa à son zénith.
  • Déclin et Renaissance Partielle : Suite à une ruine partielle, la mosquée fut reconstruite sur une surface réduite, marquant le début du déplacement des populations vers les ksour environnants de Rissani.

Au-delà des édifices religieux, les recherches ont également éclairé la période « post-mortem » de la ville. Les annales historiques faisaient état de la volonté des premiers sultans alaouites, notamment Moulay Ali Cherif et Moulay Ismaïl, de redonner vie à Sijilmassa par la construction pharaonique de 1500 habitations. « Pour l’heure, nos fouilles ont permis de dégager huit de ces demeures », précise la Professeure El Kacimi. Ces maisons, datant du XVIe au XVIIIe siècle, témoignent d’une urbanisation sophistiquée, organisées autour d’une cour centrale et dotées de vastes espaces de stockage.

Une approche pluridisciplinaire, intégrant l’archéobotanique, permet aux chercheurs d’analyser les graines et pollens découverts dans ces silos, offrant une opportunité unique de « ressusciter le système alimentaire des populations d’antan ». Actuellement, le chantier est en phase de « post-fouille », avec l’équipe dédiée à l’inventaire, au remontage des artefacts et aux analyses biologiques, reconstituant ainsi, pièce par pièce, le grand puzzle de la vie quotidienne à Sijilmassa.

Le Dinar de Sijilmassa : Le « Dollar » Médiéval Révèle ses Secrets

Si Sijilmassa a toujours fasciné les géographes médiévaux par sa richesse légendaire, l’ampleur de cette opulence demeurait jusqu’alors une hypothèse. Des décennies de recherches internationales, menées par des archéologues de renom depuis les années 1970, visaient à localiser l’atelier de frappe monétaire de la cité. Cette quête vient de trouver son épilogue.

Les récentes campagnes de l’INSAP ont enfin permis de mettre au jour, une première historique pour le site, des preuves irréfutables de cette activité souveraine. « Nous avons découvert des vestiges directs de cet atelier, notamment des fragments de moules à flans qui recèlent encore des résidus d’or », confie la professeure Asmae El Kacimi. Ces moules en terre cuite étaient essentiels à la production des fameux « dinars sijilmassiens », frappés à partir d’or en fusion.

Considéré comme le « dollar » de son époque, le dinar de Sijilmassa jouissait d’une influence économique colossale, comme en témoignent les découvertes de ces pièces dans des trésors archéologiques s’étendant du Danemark à la Chine. L’exhumation de cet atelier offre aux archéologues marocains une compréhension concrète du puissant moteur économique qui a soutenu des empires et tissé des liens entre le Maroc et le monde connu pendant des siècles.

Un Méga-Projet de Valorisation : Entre Ambition et Controverse

Conscient de la fragilité des vestiges millénaires de Sijilmassa, principalement constitués de terre crue et de pierre, matériaux hautement vulnérables à l’érosion et aux variations thermiques, le Ministère de la Culture a initié en mars 2025 un chantier d’envergure. Doté d’un budget colossal de 155,9 millions de DH, ce projet vise à ériger un « Centre de protection et de valorisation » et à positionner Sijilmassa comme un pilier de l’économie culturelle dans la région de Draâ-Tafilalet.

Selon une source interne au ministère, contactée par Médias24, le projet progresse « sur les bons rails », une récente visite des hauts responsables ayant confirmé l’avancement satisfaisant des travaux. « C’est un investissement à la hauteur de la valeur inestimable de ce site archéologique », souligne cette source, mettant en avant l’ambition d’attirer un public touristique international et de dynamiser l’économie locale.

L’Architecture Audacieuse au Cœur du Désert

L’architecte Marouane Zouaoui Oussama, concepteur du projet confié à l’entreprise Jet Contractors, a imaginé une structure métallique imposante de 7.000 m² comme pièce maîtresse du centre. Sa silhouette, évoquant les dunes majestueuses de Merzouga et d’Erfoud, se veut un hommage contemporain au paysage désertique environnant.

Ce choix architectural moderne, qui suscite la polémique, est défendu par M. Zouaoui Oussama au nom des principes de l’UNESCO : « Nous avons résolument écarté le pastiche. Recréer de faux ksour ou employer de l’adobe risquerait d’induire une confusion historique et de compromettre l’intégrité des vestiges enfouis. Le contraste audacieux entre le métal contemporain et la terre ancestrale instaure un dialogue puissant entre le passé et le présent, une signature architecturale forte qui respecte l’essence même du site. »


Pour plus de détails, visitez notre site.

Source: Lien externe

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