Fès 2026 : Le Festival
Culture

Fès 2026 : Le Festival des Musiques Sacrées Célèbre les Mâalemines, Âmes du Patrimoine Vivant

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Fès, Cité Spirituelle : Le Festival des Musiques Sacrées 2026 Honore les Mâalemines, Gardiens du Geste et du Patrimoine

La ville impériale de Fès s’apprête à vibrer au rythme des mélodies ancestrales et des savoir-faire séculaires. La 29e édition du Festival des Musiques Sacrées du Monde, qui s’ouvre ce jeudi 4 juin 2026 à l’emblématique Bab Makina, promet une immersion profonde dans l’âme du Maroc. Durant quatre jours, la cité spirituelle mettra à l’honneur ses « Mâalemines », ces maîtres d’art dont les gestes, hérités de générations, façonnent la matière tout en élevant l’esprit.

L’effervescence est palpable dans les ruelles labyrinthiques de la médina, témoin silencieux de cette préparation minutieuse. Fès, capitale spirituelle, s’apprête à donner le coup d’envoi d’une célébration unique, un carrefour de rencontres et d’échanges culturels et spirituels.

« Fès et les Mâalemines, gardiens du geste et du patrimoine » : Une Thématique Royale

Cette année, le festival explore une thématique intimement liée à l’identité profonde du Royaume : « Fès et les Mâalemines, gardiens du geste et du patrimoine ». Ce choix résonne avec les orientations royales visant à valoriser les compétences et le potentiel inestimable des métiers traditionnels. À Fès, l’artisanat transcende la simple technique ; il incarne une démarche spirituelle et une science de la transmission, où chaque coup de burin, chaque tour de main, est une prière silencieuse.

Alain Weber, le directeur artistique du festival, souligne cette connexion profonde en rappelant que le fondateur de la ville, Idriss II, porte le nom du prophète Idriss, vénéré dans certains récits comme l’ancêtre des bâtisseurs, des mathématiciens, des architectes et des couturiers. De cette filiation mythique découle une vision où le travail rigoureux de la matière est perçu comme une forme de dévotion, un pont entre le terrestre et le divin.

« Anima Ex Materia » : Une Épopée Inaugurale entre Ciel et Terre

Le coup d’envoi officiel sera donné ce jeudi à 21 heures sur la majestueuse scène de Bab Makina avec la création d’ouverture intitulée « Anima ex materia – Du ciel à la terre ». Conçu comme une épopée poétique et chorégraphique, ce spectacle inédit invite le public à pénétrer dans le secret des ateliers traditionnels, là où l’eau, la terre, l’air et le feu s’allient sous l’effet du burin, du tour ou du soufflet, donnant vie à des œuvres d’art.

Les spectateurs seront conviés à suivre les fils tendus des tisserands, un voyage sensoriel partant des ruelles animées de Fès pour remonter jusqu’aux origines mythiques de la soie dans la Chine impériale, il y a 5 000 ans. L’art du zellige fassi dialoguera avec les mosaïques romaines de Volubilis et les calligraphies géométriques hypnotisantes d’Escher, créant un pont visuel et spirituel entre les civilisations. Enfin, une évocation de forge tellurique animera la scène, un hommage vibrant aux forgerons du monde entier, des Ismaghen du Grand Sud marocain aux communautés tsiganes d’Europe de l’Est.

Pour donner corps à cette création grandiose, plus de 160 artistes, venus du Maroc, d’Inde, d’Asie centrale, de Chine, du Cambodge et des Balkans, croiseront leurs disciplines et leurs talents. Ensemble, ils témoigneront de la noblesse créative et de la richesse intemporelle des civilisations andalouse et fassie.

La Transmission au Cœur de l’Édition 2026 : Un Héritage à Perpétuer

Au-delà des représentations scéniques, le festival se positionne comme un espace privilégié de réflexion sur la transmission des savoir-faire. « Cette édition 2026 est une profonde reconnaissance de la mission des Mâalemines qui préservent et font perdurer notre mémoire collective, par la main et le cœur, devenant ainsi les gardiens de l’âme de Fès et du Maroc », explique Abderrafie Zouiten, président de la Fondation « Esprit de Fès ».

Pour concrétiser cet engagement envers les jeunes générations, le festival innove cette année avec le lancement du Prix « Le Souffle de la main ». Ancrée dans le milieu universitaire, cette distinction vise à valoriser et à encourager les travaux de jeunes talents qui explorent la création et le travail appliqué de la matière, assurant ainsi la pérennité de ces arts précieux. Parallèlement, le volet intellectuel se déploie à travers le Forum du Festival, organisé autour des liens intrinsèques reliant les sciences aux arts traditionnels. À travers la figure de l’artisan, perçu comme un intermédiaire entre le visible et l’invisible, les intervenants analyseront notamment la rigueur mathématique et la dimension spirituelle des motifs complexes du zellige.

De l’Atelier à la Scène : Quand la Voix Prolonge le Geste

Si la main de l’artisan façonne le bois, le fer et l’argile, c’est la voix humaine qui, dans l’enceinte sacrée de Fès, exprime la quête de transcendance. Le directeur artistique souligne cette parenté profonde, expliquant que la rigueur nécessaire au geste physique de l’artisan trouve son prolongement naturel dans la discipline et la clarté du chant traditionnel, une autre forme d’art qui élève l’esprit.

C’est pourquoi cette édition accorde une place prépondérante aux expressions vocales féminines, venant d’Orient et d’Occident. Dès le vendredi 5 juin, la scène de Bab Makina accueillera une soirée exceptionnelle réunissant la talentueuse fassie Nabyla Maan, qui revisite avec brio le patrimoine andalou, la Libanaise Ghada Shbeir, spécialiste du chant araméen et syriaque, et l’Indienne Kaushiki Chakrabarty, figure emblématique de la musique classique hindoustani. Elles partageront l’affiche avec le projet contemporain « Bodies » de Kat Frankie et l’ensemble de chants de femmes « Arwach Isaffen » du Haut-Atlas, promettant une fusion harmonieuse des cultures et des époques.

L’expérience artistique se prolongera également avec le retour très attendu de Sami Yusuf pour deux concerts programmés les 6 et 7 juin, déjà à guichets fermés. Le point culminant sera une rencontre finale avec le Konya Metropolitan Sufi Music Ensemble, alliant la tradition mevlevie des derviches tourneurs au Samaa marocain, dans un dialogue spirituel et musical inoubliable.

Un Rôle de Pont Culturel Réaffirmé

Récemment distingué par le prestigieux prix italien de diplomatie culturelle « Mercurio Alato », le Festival des Musiques Sacrées du Monde de Fès réaffirme, avec cette 29e édition, sa vocation essentielle de pont entre les cultures et les spiritualités du globe. Durant quatre jours, la cité millénaire invite à suivre un parcours initiatique où la création contemporaine s’appuie sur la préservation du patrimoine, rappelant que l’acte de transmission demeure un élément fondamental pour préserver la mémoire et l’identité des civilisations. Un rendez-vous incontournable pour l’âme et l’esprit.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO


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