Vue aérienne de champs agricoles irrigués au Maroc, avec des infrastructures de gestion de l'eau en arrière-plan, symbolisant les défis et les espoirs d'une agriculture durable.
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L’Agriculture à la Croisée des Chemins : Nourrir le Monde, Préserver la Terre

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L’Agriculture à la Croisée des Chemins : Nourrir le Monde, Préserver la Terre

Historiquement, la pêche et l’agriculture ont tissé les premiers liens directs entre l’humanité et la nature dont elle est intrinsèquement partie. Aujourd’hui, ce secteur vital se trouve à un carrefour décisif, confronté à l’impératif de nourrir une population croissante de manière saine, équitable et durable. Le modèle productiviste dominant, dicté par la quête du moindre coût et du profit maximal, et souvent soutenu par les politiques agricoles actuelles, semble malheureusement incapable de relever ces défis colossaux.

Le Modèle Productiviste : Une Impasse Écologique et Sociale

Des Racines Historiques à la Course au Profit

Se nourrir, vivre et se reproduire : ces trois actes fondamentaux, jadis spontanés et vitaux, sont devenus permanents et dépendent toujours de l’eau, de la terre et de l’air. L’ingéniosité humaine a longtemps cherché à combiner ces éléments pour subvenir à ses besoins, constituant des réserves pour parer aux périodes de disette. Cependant, l’émergence d’une « division sociale du travail » a progressivement transformé ces réserves en « excédent économique », engendrant des rapports sociaux inégalitaires et hiérarchisés, avec la propriété foncière privée comme pilier central. L’agriculture, initialement vouée à la satisfaction des besoins physiologiques, a ainsi dévié vers une logique de production à outrance, non plus seulement pour subsister, mais pour accumuler des richesses sans fin. Ce basculement a donné naissance au « modèle agricole productiviste », intrinsèquement lié au capitalisme, où le marché et la loi de l’offre et de la demande règnent en maîtres absolus.

Les Conséquences Dévastatrices d’une Agriculture Industrielle

Ce modèle, qui s’est épanoui au détriment du travailleur et de l’environnement, a désormais atteint ses limites. L’équilibre initial est rompu, laissant derrière lui un sillage de dégradation : déforestation massive, désertification galopante, assèchement alarmant des nappes phréatiques (ces réserves d’eaux souterraines patiemment accumulées sur des siècles, voire des millénaires). L’usage intensif et souvent démesuré d’engrais chimiques, visant à doper artificiellement la production, compromet gravement la santé humaine et celle des autres espèces vivantes. L’« industrialisation de l’agriculture » détruit d’innombrables écosystèmes naturels, épuise des ressources non renouvelables et entraîne la disparition accélérée d’espèces animales et végétales. Le credo « Produire plus en exploitant plus pour gagner plus en exportant plus » résume parfaitement cette approche, dont le caractère destructeur à moyen et long terme est aujourd’hui irréversiblement avéré.

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L’Eau, Pilier Fragile de l’Agriculture Marocaine

Une Année Exceptionnelle, une Crise Structurelle Persistante

Même dans les déserts les plus arides, l’eau est la condition sine qua non de toute vie. Cette année, le Maroc a connu une pluviométrie et des chutes de neige exceptionnelles, couvrant la quasi-totalité du Royaume avec une moyenne annuelle de 520 mm, soit une augmentation de 54% par rapport à la moyenne des trente dernières années. Le taux de remplissage des barrages a atteint une moyenne nationale de 75%, totalisant des réserves de 12,8 milliards de mètres cubes. Une embellie conjoncturelle qui, cependant, ne doit pas masquer la persistance d’une crise hydrique structurelle.

L’importance de ces précipitations est à nuancer. L’envasement des barrages réduit leur capacité de stockage, tandis que l’évaporation accrue des eaux de surface, due à la hausse des températures estivales, et l’assèchement des sols, qui entrave l’infiltration des eaux de pluie, limitent leur impact bénéfique. Les politiques publiques agricoles et hydriques sont indissociables, l’agriculture consommant à elle seule plus de 85% des ressources en eau du pays (1). Le décloisonnement de ces politiques, préconisé par le rapport sur le Nouveau modèle de développement, s’avère donc crucial.

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Repenser les Priorités : Financer l’Exportation ou Préserver l’Essentiel ?

La sécheresse s’est installée durablement en Afrique du Nord, comme l’attestent unanimement les rapports d’experts scientifiques indépendants. Ignorer cette réalité relève d’une gouvernance aveugle et sourde. En prendre acte impose une révision profonde, voire une rupture, avec le modèle agricole des dernières décennies. Des questions fondamentales doivent être posées pour redéfinir les objectifs stratégiques de l’agriculture marocaine. Le premier défi est de nourrir durablement, qualitativement et équitablement la population marocaine en priorité, tout en assurant le respect des équilibres écologiques et la préservation des ressources hydriques, notamment les nappes phréatiques.

L’agriculture d’exportation, souvent qualifiée d’« agriculture néocoloniale » et héritée d’une vision ricardienne obsolète de la division internationale du travail, doit être radicalement repensée. Il est impératif d’y intégrer le « coût écologique/environnemental » réel. Il est aberrant de continuer à subventionner des cultures destinées à l’exportation qui épuisent à court terme une ressource vitale et stratégique comme l’eau (qu’elle soit pluviale ou souterraine) et qui, à moyen terme, détruisent de nombreux écosystèmes naturels. Le dicton populaire marocain « Ni âne ni sept francs/centimes » illustre parfaitement cette situation absurde où l’investissement ne génère aucun bénéfice réel à long terme.

Le même non-sens s’applique à l’irrigation des cultures d’exportation avec de l’eau dessalée, dont le coût de production est indirectement subventionné par l’argent du contribuable. Les cultures excessivement aquavores destinées à l’export sont bien connues : avocat, tomate, concombre, agrumes, pastèque, etc. Une réorientation stratégique est indispensable pour garantir un avenir alimentaire et environnemental viable pour le Maroc.


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