Maryam Touzani : « La vieillesse, une quête de liberté souvent invisibilisée »
Dans un cinéma marocain où les récits sur le troisième âge et l’expatriation se font rares, Maryam Touzani brise les codes avec son dernier opus, « Rue Malaga ». Dès le 22 avril, les salles accueilleront cette œuvre cinématographique qui promet une exploration juste et sensible de la liberté retrouvée à un âge avancé. La réalisatrice, puisant son inspiration dans l’héritage de sa grand-mère et de sa mère, livre un film d’une intimité poignante, sans doute le plus personnel et le plus abouti de sa carrière. Une rencontre exclusive avec Anaïs Lefébure nous éclaire sur les coulisses de cette création.
« Rue Malaga » : Une Odyssée Émouvante à Tanger
Après les succès critiques d’« Adam » (2019) et du « Bleu du caftan » (2022), Maryam Touzani confirme son talent avec un troisième long métrage d’une délicatesse rare. « Rue Malaga » se déploie comme une comédie dramatique attendrissante, centrée sur Maria Angeles, une veuve espagnole à l’aube de ses 80 ans. Confrontée à un dilemme existentiel, elle doit choisir entre se plier aux désirs de sa fille – vendre son appartement à Tanger, la ville de toute une vie, pour s’installer à Madrid – ou braver les conventions pour achever ses jours dans un hospice espagnol de la ville du Détroit. Cette décision, lourde de sens, va catalyser une série de péripéties qui marqueront un tournant décisif dans son existence.
Le rôle de Maria Angeles est incarné avec une maestria époustouflante par Carmen Maura, figure emblématique du cinéma de Pedro Almodóvar, avec qui elle a collaboré sur sept films, dont les cultes « Femmes au bord de la crise de nerfs » (1988) et « Volver » (2006). À travers sa performance, Maura donne vie à des sentiments universels qui transcendent les âges : l’appartenance viscérale à sa ville natale, à son quartier, à sa maison et à ses souvenirs ; le désir ardent de vivre pleinement ; et enfin, l’inlassable quête de liberté. Entourée d’un casting touchant, notamment Ahmed Boulane (connu pour « Ali, Rabiaa et les autres », « Les anges de Satan », « Whatever Lola Wants ») et la nonne silencieuse Josefa, Maria Angeles invite le spectateur à une profonde réflexion sur le sens de vieillir.
L’Âme de Maria Angeles : Entre Racines et Étrangeté
Interrogée sur le choix audacieux d’une protagoniste étrangère et âgée dans le paysage cinématographique marocain, Maryam Touzani révèle une inspiration profondément personnelle :
« Ce personnage est directement inspiré de mon histoire personnelle. Ma grand-mère était espagnole, installée à Tanger, et j’ai grandi dans cette ville en parlant espagnol avec elle et ma mère. L’écriture du film a commencé après la mort inattendue de ma mère. J’avais besoin de continuer à dialoguer avec elle, intérieurement. Cela m’a ramenée à Tanger, à mes souvenirs, et m’a permis de transformer cette douleur en quelque chose de vivant, en désir de vie. »
La réalisatrice souligne également l’injustice perçue dans la manière dont la société traite ses aînés : « Je suis très touchée par la place qu’on accorde aux personnes âgées dans notre société. J’ai l’impression qu’il y a une forme d’injustice, avec beaucoup trop d’injonctions sur ce que devrait être la vieillesse. »
Maria Angeles devient ainsi un double hommage : à la grand-mère et à la mère de Maryam Touzani, mais aussi le reflet de ses propres interrogations sur l’identité et l’appartenance. Sa grand-mère, bien qu’espagnole, était profondément enracinée au Maroc, partageant un attachement viscéral, parfois inexplicable, avec de nombreux expatriés de sa génération. Ce film est une ode à cette communauté espagnole de Tanger, souvent oubliée, et à leur amour indéfectible pour le pays, la ville et leurs quartiers.
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