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Maroc : Le GNL, pilier d’une souveraineté énergétique en transition vers l’hydrogène vert

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Maroc : Le GNL, pilier d’une souveraineté énergétique en transition vers l’hydrogène vert

Dans un contexte mondial marqué par des turbulences énergétiques et l’urgence impérieuse de la transition climatique, le Maroc opère un virage stratégique d’une ampleur considérable. Le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) s’affirme désormais comme un axe central de la politique énergétique nationale, agissant à la fois comme un catalyseur de souveraineté, un vecteur de transition et le fondement d’infrastructures d’avenir. Pour décrypter les implications économiques, industrielles et géopolitiques de ce choix structurant, Driss Aissaoui, économiste émérite, nous offre son analyse perspicace.

Le GNL : Vers une souveraineté énergétique marocaine renforcée

Affranchissement des dépendances et diversification stratégique

La question se pose avec acuité : un pays comme le Maroc, aux ressources gazières intrinsèquement limitées, peut-il véritablement consolider sa souveraineté énergétique par le GNL, ou s’agit-il d’un simple déplacement de dépendance, du gazoduc vers les aléas des marchés internationaux ? Driss Aissaoui répond avec clarté : « La souveraineté énergétique ne se résume pas à l’autosuffisance en ressources. Elle repose avant tout sur la capacité d’un pays à maîtriser ses voies d’approvisionnement, ses choix logistiques et ses arbitrages stratégiques. »

À cet égard, le basculement vers le GNL représente une rupture fondamentale pour le Royaume. Il signe la fin d’une dépendance quasi exclusive au réseau ibérique et aux contraintes géopolitiques inhérentes. La mise en service prochaine, entre 2026 et 2027, d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) à Jorf Lasfar, ouvrira au Maroc les portes du marché mondial du GNL sans intermédiaire. Cette ouverture garantit une diversification des fournisseurs – qu’il s’agisse du Qatar, des États-Unis ou du Nigeria – et positionne le Maroc dans une logique d’arbitrage plutôt que de contrainte. « Ce n’est donc pas un simple déplacement de dépendance, mais bien un gain substantiel d’autonomie logistique et décisionnelle », conclut l’économiste.

Des investissements structurants aux retombées tangibles

Un levier de compétitivité et de développement macroéconomique

Les investissements colossaux annoncés dans les terminaux GNL, les FSRU et les réseaux de pipelines, représentant plusieurs milliards de dollars à terme, interrogent naturellement leur soutenabilité économique pour le Maroc. Driss Aissaoui les analyse comme des « infrastructures structurantes », comparables aux réalisations majeures du Royaume dans les domaines portuaires, autoroutiers ou des énergies renouvelables. Le gouvernement a d’ailleurs lancé, fin 2025, des appels d’offres internationaux avoisinant le milliard de dollars pour édifier une véritable « épine dorsale » gazière nationale, destinée à relier ports, zones industrielles et centrales électriques.

Les retombées de ces investissements sont multiples et profondes. Sur le plan industriel, le gaz offre une source d’énergie plus stable et moins carbonée que le charbon, améliorant ainsi la compétitivité des industries énergivores. Au niveau macroéconomique, la diversification énergétique promet de réduire la facture énergétique structurelle, un poids historique pour les finances publiques et la balance commerciale. Enfin, ces chantiers d’envergure sont de puissants générateurs d’emplois, de valeur ajoutée locale, et renforcent l’attractivité du Maroc auprès des investisseurs industriels internationaux.

Le gaz naturel : Un carburant de transition cohérent avec les ambitions climatiques

Stabilité du réseau et réduction des émissions

Le gouvernement marocain présente le gaz naturel comme un « carburant de transition » destiné à supplanter progressivement le charbon. Cette stratégie est-elle en adéquation avec les engagements climatiques du Maroc à l’horizon 2030-2040 ? Driss Aissaoui nuance : « Oui, à condition de bien comprendre le rôle assigné au gaz dans le mix énergétique. » Le Maroc s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre 52 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Or, l’éolien et le solaire, par leur nature intermittente, exigent une source d’appoint flexible et fiable pour garantir la stabilité du réseau électrique. Le GNL répond précisément à cette exigence.

D’un point de vue climatique, bien que le gaz demeure une énergie fossile, son empreinte carbone est nettement inférieure à celle du charbon. Son intégration permet donc une réduction progressive des émissions tout en sécurisant l’approvisionnement électrique du pays. Il ne s’agit pas d’un renoncement aux engagements climatiques, mais d’une transition pragmatique, qui prend en compte les contrats charbonniers existants et les impératifs de sécurité énergétique nationale.

Vision à long terme : GNL, hydrogène vert et le gazoduc Nigeria-Maroc

Le Maroc, futur hub énergétique régional

Comment articuler ce virage vers le GNL avec les aspirations marocaines en matière d’hydrogène vert et le projet colossal du gazoduc Nigeria-Maroc, sans risquer de créer des « actifs échoués » ? C’est, selon Driss Aissaoui, la clé de l’intelligence stratégique marocaine. « Le GNL n’est pas conçu comme une fin en soi, mais comme un levier de préparation. » Les infrastructures gazières actuellement en développement sont pensées pour être évolutives et compatibles, à terme, avec le transport de molécules décarbonées, notamment l’hydrogène vert.

Parallèlement, le projet stratégique du gazoduc Nigeria-Maroc s’inscrit dans une vision régionale de très long terme. En combinant l’accès au GNL mondial, l’exploitation du potentiel gazier local – avec le démarrage imminent de Tendrara – et une ambition affirmée dans l’hydrogène, le Maroc se positionne résolument comme un futur hub énergétique régional. Un pivot capable de tisser des liens énergétiques entre l’Afrique, l’Europe et l’Atlantique. Le risque d’actifs échoués est ainsi efficacement circonscrit par une approche intégrée, graduelle et résolument tournée vers les défis énergétiques de demain.


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