Une pile de billets de dirhams marocains, avec un smartphone affichant une application de paiement mobile en arrière-plan, illustrant le paradoxe entre l'essor du cash et la digitalisation des paiements.
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Le Maroc, champion du cash : 540 milliards de dirhams en circulation, le défi du numérique

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Le cash au Maroc : un record historique qui défie la digitalisation

Le Maroc

est le théâtre d’un phénomène économique singulier : alors que le pays s’engage résolument dans la modernisation des paiements, la monnaie fiduciaire en circulation a atteint un sommet inégalé. Fin juillet 2026, l’encours de liquidités a grimpé à 540 milliards de dirhams, un chiffre qui interpelle et soulève des questions sur l’adoption réelle des solutions numériques par la population.

Une croissance fulgurante post-pandémie

Selon l’hebdomadaire Finances News Hebdo

, cette progression est loin d’être anodine. L’encours est passé de 491 milliards de dirhams fin 2025 à 540 milliards sept mois plus tard, marquant une hausse de 10 % depuis janvier. Cette accélération fait suite à une augmentation déjà significative de 18 % enregistrée en 2025. Bank Al-Maghrib, la Banque centrale du Maroc, observe avec attention cette demande persistante de liquidités, malgré la diversification et l’amélioration des outils de paiement digitaux.

Historiquement, entre 2010 et 2019, la circulation fiduciaire affichait une croissance annuelle moyenne d’environ 6 %. Cependant, la période post-pandémique (2020-2023) a vu ce rythme doubler pour atteindre 12 %, avant de connaître un léger ralentissement à 5,2 % en 2024, attribué à une campagne de régularisation fiscale volontaire. La reprise en 2025 a propulsé l’encours à un niveau deux fois supérieur à celui d’avant la crise sanitaire.

Les raisons d’un attachement persistant aux espèces

Cette trajectoire ascendante du cash ne doit pas être interprétée comme un recul des paiements électroniques. Elle révèle plutôt une coexistence, où le numérique n’a pas encore supplanté le billet de banque dans les habitudes quotidiennes des Marocains. L’économie marocaine, notamment son secteur informel, reste profondément ancrée dans l’usage des espèces.

La carte bancaire, un vecteur d’accès au cash

Paradoxalement, la demande de liquidités est en grande partie alimentée par les retraits effectués via les cartes bancaires aux guichets automatiques. Viennent ensuite les retraits directs ou par chèque en agence, l’encaissement des transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE) et les opérations de change de billets étrangers. La carte bancaire se positionne ainsi comme un moyen privilégié d’accéder au cash, autant qu’un instrument de paiement direct.

Bank Al-Maghrib identifie plusieurs facteurs expliquant cette préférence : le niveau de l’activité économique, le poids prépondérant du secteur informel, les contraintes fiscales, les enjeux d’inclusion financière et, bien sûr, les habitudes culturelles profondément enracinées. La thésaurisation, bien que difficile à quantifier précisément, contribue également à maintenir un volume élevé de monnaie en circulation.

Le coût et les défis de la gestion du numéraire

La persistance du cash a un coût non négligeable. Au-delà de la simple impression des billets, Bank Al-Maghrib estimait déjà en 2023 que le coût global du numéraire, incluant ses propres activités, celles des banques et des centres de tri privés, représentait environ 0,3 % du Produit Intérieur Brut (PIB). À cela s’ajoutent les risques inhérents à la manipulation des espèces, tels que la perte ou l’insécurité.

La question cruciale demeure celle de l’acceptation. Pourquoi un consommateur opterait-il pour le paiement numérique si de nombreux commerçants ne l’acceptent pas, ou si les coûts et les avantages perçus ne sont pas suffisamment attractifs ? La Banque centrale a d’ailleurs clairement indiqué que l’extension des points de vente compatibles et la révision de la tarification des services numériques sont des priorités absolues pour faciliter cette transition.

Vers une transition numérique inclusive et choisie

Le Maroc a déjà posé les jalons d’une transformation numérique ambitieuse. Depuis 2017, le secteur des paiements s’est ouvert à de nouveaux acteurs, et l’offre s’est enrichie avec le paiement mobile, la stratégie nationale d’inclusion financière et le lancement du virement instantané en 2023. L’État, de son côté, poursuit la dématérialisation de ses propres opérations d’encaissement et de décaissement, tout en explorant la faisabilité d’une monnaie digitale de banque centrale (CBDC).

Cependant, les pics de demande de cash, comme celui observé lors de l’Aïd Al-Adha (27,2 milliards de dirhams de retraits nets entre le 13 et le 27 mai 2026, contre 21,4 milliards en 2024 et 19,3 milliards en 2023), rappellent que la transition ne peut être imposée. Elle doit s’opérer en douceur, en proposant des solutions non seulement accessibles et acceptées, mais aussi suffisamment utiles et avantageuses pour que le consommateur les adopte de son plein gré. Le défi est de taille, mais la voie est tracée vers un écosystème de paiement plus diversifié et résilient.


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