Amine Amanatoullah, Secrétaire général de la FIFEL, s'exprimant avec gravité sur les défis climatiques et hydriques qui menacent l'agriculture marocaine, notamment les cultures maraîchères du Souss-Massa, avec des serres en arrière-plan sous un ciel potentiellement nuageux ou ensoleillé.
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Amine Amanatoullah : “Il faut sécuriser la ressource en eau et adapter les calendriers de production”

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Alors que la campagne agricole 2025-2026 s’annonçait prometteuse, avec des rendements encourageants et une ressource hydrique plus généreuse dans les zones irriguées, l’intensification et la persistance des vagues de chaleur viennent bouleverser l’équilibre. Les cultures pluviales subissent déjà de plein fouet les affres du climat, tandis que les filières maraîchères de la région du Souss-Massa, pilier de l’export agricole marocain, se retrouvent confrontées à des menaces sérieuses sur leurs rendements, la qualité de leurs produits et la régularité de leurs calendriers de production. Amine Amanatoullah, Secrétaire général de la FIFEL, nous éclaire sur cette situation critique et les stratégies d’adaptation indispensables.

Les filières maraîchères sous le joug des températures extrêmes

« Nous sommes confrontés à un véritable défi climatique, » affirme Amine Amanatoullah. Les cultures maraîchères, avec en première ligne la tomate, le poivron et le concombre, se révèlent d’une vulnérabilité accrue face aux températures extrêmes. Ces dernières entravent directement les processus essentiels de floraison, de nouaison et de développement des fruits, menaçant ainsi les rendements et la qualité intrinsèque des produits.

La région du Souss-Massa, épicentre de la production marocaine de tomates destinées à l’exportation – représentant près de 98% des volumes selon les statistiques sectorielles – est particulièrement touchée. Si cette concentration géographique a longtemps été un atout majeur pour notre compétitivité internationale, elle expose désormais l’ensemble de la filière aux répercussions dévastatrices d’un événement climatique localisé.

Sur le terrain, les agriculteurs doivent composer avec une conjonction de facteurs adverses : une instabilité climatique croissante, la prolifération de maladies virales telles que le ToBRFV, la dégradation progressive des infrastructures de serres, et une flambée persistante du coût des intrants. Le chergui, ce vent aride et brûlant venu du Sahara, représente une menace directe pour les cultures sous abri, pouvant entraîner une déshydratation foliaire sévère et une coulure florale préjudiciable à la tomate. Pour contrer ces effets, les exploitations sont contraintes d’investir dans des filets brise-vent et des systèmes de refroidissement évaporatif.

Au-delà des dommages visibles, la chaleur exacerbe la pression sur les ressources hydriques, fait grimper les coûts de production et complexifie le maintien des standards de qualité exigés par les marchés internationaux. Pour les producteurs-exportateurs du Souss-Massa, chaque épisode caniculaire se mue en un risque agronomique, économique et commercial de première ampleur.

Des répercussions en cascade : rendements, qualité et calendriers de production bouleversés

« L’impact des fortes températures dépasse largement les dégâts superficiels, » explique M. Amanatoullah. Il se manifeste par une diminution significative des rendements, une altération de la qualité et une désorganisation profonde des calendriers de production.

Défis agronomiques et qualitatifs

Sur le plan agronomique, le stress thermique perturbe les phases cruciales de floraison et de nouaison. Il peut soit accélérer certains cycles de développement, soit, à l’inverse, freiner la croissance des plantes. Il en résulte souvent des fruits de calibre réduit, une production irrégulière et une baisse générale du potentiel de rendement.

La qualité est un pilier essentiel pour nos filières exportatrices. Les chaleurs intenses peuvent engendrer des défauts de coloration, une perte de fermeté, des problèmes de calibre ou des brûlures solaires. Il est impératif de comprendre qu’un produit, bien que parfaitement consommable, peut ne plus satisfaire les exigences commerciales rigoureuses des marchés européens et britanniques. Cette situation conduit à une augmentation des déclassements, une dévalorisation à l’export et, in fine, des pertes économiques substantielles pour les agriculteurs.

Perturbation des calendriers de production

La chaleur est également un facteur de dérèglement des calendriers de production. Certaines cultures connaissent des ralentissements ou, au contraire, une maturation précoce et accélérée. Ces phénomènes créent des décalages imprévus dans les volumes disponibles, rendant la planification des récoltes et des expéditions particulièrement ardue.

« Pour la nouvelle campagne, nous constatons déjà un démarrage sous haute tension, » révèle le Secrétaire général, « notamment en raison des difficultés d’accès à des plants résistants, conséquence directe des épisodes climatiques extrêmes de l’été. » C’est cette capacité de renouvellement et d’adaptation variétale de nos exploitations qui est aujourd’hui mise à rude épreuve.

Il est crucial de noter que les conséquences ne sont pas uniformes. Les tomates rondes, plus vulnérables aux aléas de production et aux pressions de valorisation, sont souvent plus exposées que les segments différenciés. Cette observation renforce l’impératif de diversification de l’offre et de montée en gamme pour consolider la résilience économique de nos producteurs.

« Notre défi majeur, » conclut Amine Amanatoullah, « est de maintenir une régularité d’approvisionnement et une qualité irréprochable pour nos clients, tant locaux qu’internationaux, dans un environnement climatique de plus en plus imprévisible. »

Anticipation des marchés et stratégies d’adaptation : L’impératif de la résilience

« Il est plausible d’anticiper un impact sur l’offre et, par conséquent, sur les prix agricoles dans les mois à venir, » concède Amine Amanatoullah. Cependant, il met en garde contre toute corrélation automatique entre la chaleur et une hausse des prix, soulignant la complexité multifactorielle de la situation.

Facteurs influençant l’offre et les prix

Actuellement, le Souss-Massa traverse une période de transition entre différents cycles de production. La fin de certaines campagnes engendre naturellement une contraction des volumes disponibles. Les températures élevées viennent exacerber cette tension, soit en ralentissant les nouvelles plantations, soit en augmentant drastiquement leurs besoins en eau.

Les produits sous surveillance particulière sont la tomate, le poivron et la pomme de terre, des denrées essentielles à l’approvisionnement du marché et intrinsèquement sensibles aux fluctuations de l’offre. Néanmoins, il est prématuré de prédire une flambée généralisée et durable des prix. L’évolution dépendra de la persistance des vagues de chaleur, de l’accès à l’eau, de la capacité de reprise des bassins de production et des volumes qui parviendront sur les marchés. « Une diminution temporaire de l’offre ne se traduit pas systématiquement par une inflation durable, » précise M. Amanatoullah, insistant sur la nécessité de distinguer les impacts climatiques des autres dynamiques structurelles des prix agricoles et alimentaires.

Priorités pour la résilience agricole

Pour les producteurs, la question fondamentale demeure la suivante : comment assurer une offre constante et une qualité irréprochable dans un environnement climatique de plus en plus hostile ? Cette interrogation appelle des réponses immédiates et structurantes :

  • **Sécurisation de la ressource en eau :** Une gestion optimisée et des investissements dans des solutions durables sont indispensables.
  • **Adaptation des calendriers de production :** Repenser les cycles culturaux pour minimiser l’exposition aux périodes de stress thermique.
  • **Accès accéléré à des variétés résilientes :** Favoriser la recherche et le développement de semences adaptées aux nouvelles conditions climatiques.
  • **Renforcement de l’accompagnement :** Apporter un soutien technique et financier accru aux exploitations pour faciliter leur transition et leur adaptation.

« À la FIFEL, nous sommes convaincus que l’adaptation au changement climatique n’est plus une vision à long terme, » conclut Amine Amanatoullah avec fermeté. « C’est une impérieuse nécessité pour garantir la pérennité de nos exploitations, la compétitivité de nos filières et, au-delà, la sécurité alimentaire de notre nation. »


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