Le Maroc, carrefour automobile, mais sans boussole environnementale
Malgré une industrie automobile florissante et des engagements climatiques ambitieux, le Maroc se trouve à la croisée des chemins. Un rapport récent de la Société allemande pour la coopération internationale (GIZ), publié en septembre, met en lumière une lacune significative : l’absence de normes obligatoires en matière de consommation de carburant et d’étiquetage énergétique pour les véhicules sur le marché national. Plus frappant encore, aucun quota de véhicules à zéro émission n’est imposé aux constructeurs, un contraste saisissant avec les objectifs affichés du Royaume.
Les engagements climatiques en attente d’application
Pourtant, le Maroc n’est pas sans vision. Le système de bonus-malus et l’introduction progressive de seuils de CO₂ pour les voitures particulières et les utilitaires légers figurent noir sur blanc dans les engagements climatiques nationaux. Ces mesures, essentielles pour une transition écologique du secteur, tardent cependant à se concrétiser sur le terrain.
Le transport : un poids lourd de la consommation énergétique
Le secteur des transports est un acteur majeur de la consommation énergétique marocaine, absorbant 35,5% de l’énergie finale en 2023. Cette dépendance se traduit directement par son impact environnemental, représentant plus de 28% des émissions nationales de CO₂. La trajectoire est préoccupante : entre 2010 et 2022, les émissions du transport ont grimpé de 14,2 à 17,9 millions de tonnes équivalent CO₂.
Des données fragmentées, un tableau incomplet
Le rapport de la GIZ souligne également une difficulté majeure : la comparaison des données. Entre les valeurs basées sur l’ancien cycle NEDC et celles du nouveau protocole WLTP, la lisibilité est compromise. De plus, la mention de la norme Euro 6 manque souvent de précision quant à sa phase exacte (6b, 6c ou 6d), rendant ardue l’évaluation des émissions moyennes du parc automobile.
La norme Euro 6b : une application à deux vitesses
Si la norme Euro 6b est désormais une réalité pour les voitures particulières neuves depuis janvier 2023 (homologation) et janvier 2024 (immatriculation), son déploiement est plus lent pour d’autres catégories. Pour les véhicules M2, M3 et N1 à N3, l’application a été reportée à janvier 2027 pour l’homologation et à 2028 pour l’immatriculation. Par ailleurs, les informations concernant des segments spécifiques comme les taxis, les véhicules administratifs et les cyclomoteurs de moins de 50 cm³ sont dispersées dans diverses bases de données, dont l’interopérabilité reste un défi.
Des incitations fiscales pour l’électrique et l’hybride
En dépit de ces retards réglementaires, le Maroc a déjà mis en place des avantages fiscaux pour encourager l’adoption de véhicules plus propres. Les voitures électriques et hybrides bénéficient d’un droit d’importation réduit à 2,5%, un avantage notable face aux 17,5% appliqués aux véhicules thermiques. Ces motorisations sont également exemptées de la taxe annuelle sur les véhicules et du droit de timbre proportionnel, habituellement imposé aux voitures de valeur élevée.
La GIZ appelle à un système national de mesure robuste
Face à ce constat, la GIZ formule des recommandations claires. La priorité est donnée à l’établissement d’un système national de mesure, de notification et de vérification. Ce dispositif devrait englober l’ensemble du parc en circulation, la consommation de carburant, les importations de véhicules neufs et d’occasion, ainsi que les nouvelles immatriculations.
Des seuils de CO₂ et un étiquetage énergétique pour l’avenir
Le rapport suggère également l’élaboration de scénarios prospectifs, la mise en place d’un étiquetage de l’efficacité énergétique et l’instauration de seuils de CO₂ pour les voitures particulières et les utilitaires légers neufs. La GIZ anticipe toutefois que l’introduction de ces nouvelles contraintes pourrait inciter les constructeurs et importateurs à revoir leurs gammes ou à consentir des investissements supplémentaires.
Une industrie exportatrice en quête d’équilibre
Cette situation paradoxale, où l’absence de normes contraignantes sur le marché intérieur côtoie une industrie automobile fortement orientée vers l’exportation, interpelle. Le secteur a enregistré des exportations de 148,20 milliards de dirhams en 2023, avec des chiffres prévisionnels de 157,59 milliards en 2024 et 154,49 milliards en 2025. Ces chiffres témoignent de la vitalité du secteur à l’international.
Un objectif climatique ambitieux pour 2035
La contribution déterminée au niveau national (CDN) actualisée en 2025 réaffirme l’engagement du Maroc à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 53% d’ici 2035 par rapport au scénario de référence. Une part significative de cet effort, soit 21,6%, est inconditionnelle, indépendante de toute aide internationale. Le secteur des transports est appelé à jouer un rôle crucial dans cette démarche, avec un potentiel de réduction estimé à 7,48 millions de tonnes équivalent CO₂. La mise en œuvre de normes claires et d’un étiquetage énergétique semble être une étape indispensable pour atteindre ces objectifs.
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