Affaire Abderrahim Fakir : L’ombre du doute plane sur l’enquête, l’avocat s’insurge
Bologne, Italie – La mort tragique d’Abderrahim Fakir lors d’une interpellation à Bologne continue de secouer l’Italie, fracturant l’opinion publique entre les bancs du Parlement et les rues où la colère gronde. Alors que les gaz lacrymogènes et les canons à eau tentent de contenir la ferveur des manifestants, Me Fabio Anselmo, avocat de renom et désormais conseil de la famille Fakir, tire la sonnette d’alarme. Il redoute que la procédure judiciaire en cours ne soit qu’un « bouclier pénal » destiné à étouffer la vérité.
Un « bouclier pénal » qui entrave la justice ?
Le parquet de Bologne a ouvert une procédure pour homicide involontaire, inscrivant deux policiers et quatre professionnels de santé au registre préliminaire dit « modello 45-bis ». Cette classification, loin d’être anodine, est au cœur des préoccupations de Me Anselmo. Ce dispositif, issu de la récente loi sur la sécurité, est perçu par ses détracteurs comme un mécanisme d’auto-protection de l’État. « Un mot qui parle de lui-même », assène l’avocat, soulignant avec gravité que « l’État italien n’aime pas se juger lui-même ».
Pour le pénaliste, cette voie procédurale est un dangereux raccourci vers un classement sans suite. En présupposant d’emblée une cause de justification, la justice s’engage dans une enquête dont les investigations sont drastiquement limitées à 120 jours, avec une décision attendue dans les 30 jours suivants. Un calendrier qui, selon Me Anselmo, compromet irrémédiablement la manifestation pleine et entière de la vérité.
Les fantômes du passé : Aldrovandi, Magherini, Cucchi
Me Fabio Anselmo n’est pas un novice dans ces combats. Sa carrière est jalonnée d’affaires emblématiques qui ont mis en lumière les défaillances du système judiciaire italien face aux violences étatiques. Il établit un parallèle poignant avec des tragédies passées, affirmant que, sous l’égide des lois actuelles, la vérité n’aurait jamais pu éclater.
Federico Aldrovandi (2005) : L’overdose démentie
Il rappelle le cas de Federico Aldrovandi, mort en 2005 lors d’une interpellation. « Si ce bouclier pénal avait existé, Federico serait passé à la postérité comme un homme mort d’une overdose de drogue, alors que la drogue n’y était pour rien. Sa mort était le produit d’une violente altercation et d’une contention au sol prolongée », explique l’avocat, dont l’intervention fut cruciale pour rétablir la vérité.
Riccardo Magherini (2014) : Une résonance troublante
Le cas de Riccardo Magherini, décédé à Florence en 2014, présente des similitudes « dramatiquement troublantes » avec celui d’Abderrahim Fakir. Me Anselmo se remémore les obstacles rencontrés : un corps conservé six mois en chambre froide, des délais d’enquête bien supérieurs aux 120 jours actuels, et une première autopsie concluant à une mort par cocaïne. Il a fallu une exhumation et une contre-autopsie pour prouver que la contention en position ventrale avait été un facteur déterminant du décès.
Stefano Cucchi (2009) : Le long chemin vers la justice
L’affaire Stefano Cucchi, mort en 2009, illustre également cette lutte acharnée. La justice avait erré pendant six ans sur de fausses pistes avant que le procès des carabiniers n’aboutisse. Une quête de vérité qui, aujourd’hui, serait gravement compromise par le nouveau cadre légal.
La force des images et le précédent de la CEDH
L’autopsie d’Abderrahim Fakir est attendue comme une étape cruciale, mais déjà, les vidéos amateurs de l’interpellation circulent, jetant une lumière crue sur les événements. Pour Me Anselmo, « ce que l’on voit sur ces images est humainement, mais aussi juridiquement, inacceptable ».
Il souligne l’importance du précédent de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui, en janvier 2026, a condamné l’Italie dans l’affaire Riccardo Magherini. La CEDH avait alors constaté une double violation de l’article 2 de la Convention (droit à la vie) : sur le fond, la contention en position ventrale, maintenue inutilement, avait contribué au décès ; et sur le plan procédural, le manque d’indépendance de certains actes d’enquête avait été pointé du doigt.
Alors que les jours à venir seront déterminants, la famille d’Abderrahim Fakir, forte du soutien de la diplomatie marocaine, se prépare à un long et ardu combat juridique. Face à ce qu’il perçoit comme une tentative de l’appareil d’État de s’auto-protéger, Me Fabio Anselmo réaffirme son engagement indéfectible à faire résonner la voix de la justice, dans la lignée de ses décennies de lutte pour les droits humains en Italie.
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