Maroc : Les Impératifs Économiques du Nouveau Gouvernement – Voix du Terrain (3/3)
À l’aube d’une nouvelle ère politique, le Maroc s’apprête à accueillir son prochain gouvernement. Sur le terrain, les acteurs économiques, véritables piliers de la prospérité nationale, articulent déjà leurs aspirations, dessinant une feuille de route claire pour l’Exécutif à venir. Au-delà des spécificités sectorielles, un consensus émerge : la nécessité d’une action gouvernementale plus agile, plus efficace et résolument tournée vers des résultats concrets. Simplification administrative, accès au financement, adéquation des compétences et visibilité économique sont les maîtres-mots qui résonnent dans les couloirs du monde des affaires.
Mezouar Farid, Directeur exécutif de FL Markets : La Bourse, levier de financement et de croissance
Pour Mezouar Farid, figure emblématique du marché boursier, l’intégration de la Bourse au rang des priorités gouvernementales est une urgence. ‘Elle peut permettre de lever des capitaux importants pour financer les 1.000 milliards de dirhams d’investissement prévus’, souligne-t-il. Cette ambition concerne tant les géants publics comme l’ONCF, l’ONDA ou l’ONEE, via des projets structurants et des partenariats public-privé, que les petits porteurs.
M. Mezouar appelle à des ‘gestes concrets’ pour dynamiser le marché, notamment par la reconduction, voire l’augmentation, des incitations fiscales pour les émetteurs, et l’introduction de nouvelles mesures pour les investisseurs. Il évoque un ‘PEA fortement amélioré’ ou une ‘réduction de l’impôt sur les plus-values’ comme pistes concrètes pour ‘placer la Bourse parmi les priorités du gouvernement’.
Abordant la pérennité des programmes sociaux, il met en garde contre une dépendance excessive à la hausse des recettes fiscales. ‘Trop d’impôts tuent l’impôt’, rappelle-t-il, suggérant d’explorer des ‘économies budgétaires sur le train de vie de l’État ou sur des investissements non rentables, ou plutôt non productifs’ pour assurer la viabilité de ces initiatives sans asphyxier l’activité économique. Enfin, le déficit commercial, bien que complexe, est perçu comme une conséquence des choix d’investissement, renforçant l’idée d’une approche globale et stratégique.
Abdelamajid Belaiche, Analyste des marchés pharmaceutiques et expert en économie du médicament : Souveraineté Sanitaire et Accès aux Soins
La voix d’Abdelamajid Belaiche résonne avec un appel vibrant à la préservation de la souveraineté sanitaire du pays. Sa première priorité est claire : ‘le renforcement de la fabrication locale des médicaments, en particulier des génériques’. Il insiste sur l’extension de cet effort aux dispositifs médicaux, dont la forte dépendance à l’importation représente un coût considérable. L’expert exhorte également à une accélération dans les biotechnologies, citant les anticorps monoclonaux pour la cancérologie et les maladies rares, comme des domaines où le Maroc doit forger ses propres capacités.
Le deuxième chantier majeur qu’il identifie est l’accès aux soins. M. Belaiche déplore des taux de remboursement ‘insuffisants’ et un ‘reste à charge élevé pour les patients’. Il plaide pour une ‘revalorisation du Tarif national de référence’, inchangé depuis 2006, afin de soulager les patients qui ‘supportent une grande partie de l’écart’. La généralisation du tiers payant est également une mesure qu’il juge indispensable, citant les données du CESE révélant qu’une part significative des Marocains renonce aux soins faute de pouvoir avancer les frais.
Ces réformes, selon lui, exigent une ‘volonté politique forte’. Si la souveraineté sanitaire est un objectif affiché, elle doit désormais se traduire par des ‘choix industriels concrets’, favorisant la production locale face à la ‘solution de facilité’ de l’importation. Produire au Maroc, conclut-il, c’est ‘créer des capacités industrielles, développer des compétences et générer des emplois’, tout en réalisant des économies de devises précieuses.
Oussama Ouassini, Spécialiste en intelligence économique : Indépendance Financière et Réduction du Déficit Commercial
Oussama Ouassini met en lumière l’urgence de réduire la dépendance du Maroc à l’endettement et de s’attaquer aux racines du déficit commercial. Pour y parvenir, il préconise une stratégie à plusieurs volets : ‘développer une production capable de remplacer certaines importations’, orienter ‘l’effort budgétaire vers les investissements productifs à fort effet d’entraînement’ et ‘geler les dépenses de fonctionnement improductives’.
La commande publique est désignée comme un levier essentiel, devant ‘privilégier la production nationale et l’intégration locale pour conserver davantage de valeur ajoutée sur le territoire’. Cette approche, selon M. Ouassini, est également cruciale pour ‘préserver nos réserves de change’, dont il suggère la diversification ‘vers l’or physique et les obligations souveraines des puissances émergentes’.
Enfin, la gestion du change doit être ‘flexible et rigoureuse’ pour contrer la spéculation et protéger le pouvoir d’achat face à l’inflation importée. L’énergie, dont la disponibilité et le prix sont des facteurs déterminants, est également un enjeu majeur pour le développement industriel du pays.
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