Filière avicole marocaine : entre sursaut des prix et urgence d’une réforme structurelle
Après une période de turbulences sans précédent, marquée par un effondrement spectaculaire des prix du poulet et des œufs, le secteur avicole marocain observe un timide redressement. Sous l’effet combiné de la chaleur estivale et d’une offre naturellement réduite, les cours affichent une légère hausse. Si la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) y voit un simple réajustement conjoncturel, les éleveurs, eux, dénoncent une crise bien plus profonde, dont le coût est estimé à près de 4 milliards de dirhams, et qui met en lumière les défaillances structurelles d’une filière en quête de stabilité.
Le Marché Reprend des Couleurs, mais la Prudence Reste de Mise
Depuis quelques jours, les consommateurs marocains constatent une légère augmentation des prix du poulet et des œufs. Cette éclaircie, bien que modeste, est un signe encourageant après des semaines de déflation qui ont étranglé les producteurs. Mohamed Aaboud, président de l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair au Maroc (ANPC), confirme cette tendance : « Nous observons une reprise, certes timide, mais réelle. La hausse des températures a entraîné une baisse de la production, et par conséquent, une diminution de l’offre sur le marché, ce qui a mécaniquement fait remonter les prix. »
Ce répit estival, souvent caractérisé par une demande fluctuante et une offre plus contrainte, offre une bouffée d’oxygène aux éleveurs. Cependant, il ne suffit pas à compenser les pertes colossales accumulées durant les mois précédents, ni à apaiser les craintes quant à la pérennité de leurs exploitations.
Au Cœur de la Crise : Un Déséquilibre Profond et Coûteux
Si la FISA privilégie l’explication d’un déséquilibre conjoncturel entre l’offre et la demande, les professionnels du terrain, eux, pointent du doigt des problèmes systémiques. La crise actuelle, qui aurait déjà coûté aux éleveurs jusqu’à 4 milliards de dirhams, est perçue comme la conséquence directe d’une organisation sectorielle fragile et d’une absence de mécanismes de régulation efficaces.
Les Éleveurs Face à des Coûts de Production Exorbitants
Les éleveurs marocains sont confrontés à une augmentation constante des charges, notamment le prix des intrants (aliments pour animaux, énergie, médicaments) qui pèse lourdement sur leur rentabilité. Sans un prix de vente garanti ou des mécanismes de soutien adéquats, ils se retrouvent à la merci des fluctuations du marché, souvent contraints de vendre à perte. « La situation est intenable pour beaucoup d’entre nous », alerte un éleveur de la région de Meknès. « Nous investissons énormément, mais nous n’avons aucune visibilité sur les revenus, et le système actuel ne nous protège pas. »
Le Rôle du Conseil de la Concurrence et les Promesses du Plan Maroc-Vert
Cette crise met également en lumière les limites de l’encadrement de la filière, malgré les ambitions du Plan Maroc-Vert. Des questions se posent quant à la transparence des prix, aux pratiques commerciales et à l’impact des importations sur le marché local. Le Conseil de la Concurrence, sous la houlette de Diaa Al Awadi, pourrait être amené à se pencher sur d’éventuelles distorsions ou ententes qui nuiraient à la libre concurrence et, in fine, aux éleveurs.
Les professionnels appellent à une révision en profondeur des stratégies, afin d’assurer une meilleure valorisation des produits, une contractualisation plus juste entre les différents maillons de la chaîne et un soutien accru aux petites et moyennes exploitations.
Un Avenir Incertain Sans Réformes Audacieuses
La légère reprise actuelle ne doit pas masquer l’urgence d’agir. La filière avicole, pilier de la sécurité alimentaire et pourvoyeuse de milliers d’emplois au Maroc, nécessite une refonte structurelle pour garantir sa résilience face aux chocs futurs. Un dialogue franc et constructif entre les éleveurs, la FISA, les industriels, les distributeurs et les autorités publiques est impératif pour élaborer des solutions durables. Il en va de la survie d’un secteur vital pour l’économie et la table des Marocains.
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