Le Maroc, Pont Énergétique Vert entre Continents : L’Ambition Électrique Prend Son Envol
Au carrefour de l’Afrique et de l’Europe, le Maroc s’affirme avec audace comme un acteur incontournable de la transition énergétique. Loin de se contenter de répondre à ses propres besoins croissants, le Royaume déploie une stratégie visionnaire, tissant un réseau d’interconnexions électriques qui le positionne en véritable pont énergétique vert, tant vers le Nord que vers le Sud. Des études approfondies sont en cours pour renforcer les liaisons avec la péninsule Ibérique, tandis que l’extension de ses infrastructures vers la Mauritanie au sud témoigne d’une ambition continentale affirmée. Une dynamique qui s’inscrit parfaitement dans le nouveau cadre européen T-MED, promettant une ère de collaboration énergétique sans précédent.
L’Europe en quête de liens, le Maroc en architecte
Le Portugal brise son isolement énergétique
Le Portugal, se sentant tel une « île énergétique » au sein du continent, explore activement la faisabilité d’une interconnexion électrique directe avec le Maroc. Cette initiative, dont l’idée avait germé dès 2025, prend une nouvelle dimension suite à la panne majeure qui a frappé le réseau espagnol le 28 avril 2025. Maria da Graça Carvalho, ministre portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, a réitéré cette volonté lors d’une réunion européenne à Paris le 6 juillet 2026, soulignant la nécessité de diversifier les sources et les routes d’approvisionnement pour garantir la stabilité du réseau ibérique.
La troisième interconnexion Maroc-Espagne : un projet stratégique mais coûteux
Initialement prévue pour 2026, la mise en service d’une troisième interconnexion électrique entre le Maroc et l’Espagne est désormais reportée à l’horizon 2030, voire 2033-2034. Ce retard est principalement dû à un quasi-doublement des coûts d’investissement, le CAPEX ayant grimpé de 234,7 à 434,6 millions d’euros. La CNMC, l’autorité espagnole de régulation et de la concurrence, bien que reconnaissant l’intérêt stratégique et les retombées sociales positives du projet, a exigé une réévaluation rigoureuse des bénéfices pour les consommateurs espagnols et la recherche de financements extérieurs. La complexité technique des interconnexions sous-marines et leur sensibilité aux fluctuations du marché sont également des facteurs de prudence soulignés par l’autorité. Parallèlement, les deux câbles sous-marins existants, d’une capacité de 700 MW chacun et reliant Tarifa à Fardioua, feront l’objet d’une inspection visuelle approfondie, un appel d’offres étant déjà lancé à cet effet.
Le rôle crucial du Maroc lors du « black-out » ibérique de 2025
La résilience du réseau électrique marocain a été mise en lumière de manière spectaculaire lors de la panne d’envergure inédite qui a paralysé la péninsule Ibérique le 28 avril 2025 à 12h33. Malgré une capacité d’interconnexion modeste (deux câbles de 400 kV), le Maroc a joué un rôle pivot dans la restauration du système espagnol. En accord avec l’ONEE, le Royaume a fourni un soutien vital allant jusqu’à 100 MW via l’un des câbles traversant l’Andalousie. Le rapport d’investigation européen confirme que cette injection de tension, reçue dès 13h04, a permis d’amorcer la réalimentation de la zone sud de l’Espagne depuis le poste 400 kV de Tarifa et de relancer les groupes thermiques régionaux. Après une brève interruption, le soutien marocain a été rétabli à 14h34 et s’est maintenu jusqu’à 19h18, contribuant significativement à la reconnexion de l’ensemble du système péninsulaire espagnol au réseau synchrone européen.
(Voir image : Situation du réseau espagnol après le black-out : en rose, les zones restaurées grâce à la fréquence en provenance du Maroc ; en vert, celles reconnectées à la fréquence européenne ; en bleu, les îlots de black-start (démarrage autonome)).
Vision d’avenir : le Maroc, hub énergétique sud-méditerranéen
L’initiative T-MED : un catalyseur européen
L’avenir des interconnexions s’annonce prometteur avec l’adoption du nouveau cadre européen T-MED, lancé en juin 2026 par la Commission européenne. Cette initiative vise à renforcer l’acceptabilité politique et financière des projets d’interconnexion « verte » avec le sud de la Méditerranée, en les intégrant aux réseaux transeuropéens d’énergie (RTE-E). Le Maroc, avec son potentiel solaire et éolien colossal, est idéalement positionné pour tirer parti de ce dispositif.
Exportations d’énergie verte : l’ambition marocaine grandit
La stratégie énergétique marocaine ne se limite pas à la sécurisation de ses frontières. À long terme, le Royaume ambitionne de devenir un exportateur majeur d’énergie verte vers l’Europe du Nord. Des projets d’envergure sont déjà dans les cartons, ciblant notamment l’Allemagne (via le projet Sila Atlantik) et la France (avec Qantara Med). Ces initiatives illustrent la volonté du Maroc de jouer un rôle central dans la décarbonation du continent européen, tout en consolidant sa position de leader régional en matière d’énergies renouvelables.
Le Maroc, par sa position géographique stratégique et son engagement résolu en faveur des énergies renouvelables, est en passe de redéfinir la carte énergétique régionale. En renforçant ses liens avec l’Europe et en explorant de nouvelles voies vers le Sud, le Royaume ne se contente pas d’assurer sa propre sécurité énergétique, il se positionne comme un pilier essentiel pour la stabilité et la durabilité énergétique de toute une région.
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