Le Parc National de Khnifiss : Quand le Sahara Révèle son Oasis Secrète
Au cœur de l’immensité aride du Sahara marocain, là où l’horizon semble s’étirer à l’infini, se cache un trésor naturel d’une beauté saisissante : le Parc National de Khnifiss. Loin d’être un mirage, cette oasis luxuriante est un véritable sanctuaire de vie, un havre vital pour des milliers d’oiseaux migrateurs et une biodiversité insoupçonnée. Notre immersion au sein de ce joyau écologique révèle un potentiel écotouristique exceptionnel, que les acteurs locaux s’efforcent de valoriser et de préserver.
Une apparition inattendue au milieu du désert
Après des kilomètres et des kilomètres de paysages désertiques, la découverte du Parc National de Khnifiss est une véritable révélation. Le silence du désert cède la place à la cacophonie joyeuse des oiseaux, tandis qu’une lagune d’un bleu infini se dessine, bordée par un arrière-pays désertique où la faune sauvage surprend par sa présence. On pourrait se croire transporté dans un autre monde, pourtant, nous sommes bien au Maroc, à seulement 180 km au nord-ouest de Laâyoune, entre Tarfaya et Tan-Tan, face aux îles Canaries. Une position géographique stratégique qui en fait une escale incontournable.
Une palette de couleurs et une reconnaissance mondiale
La nature, ici, se montre d’une générosité chromatique étonnante. À marée basse, Khnifiss se pare d’un vert éclatant, contrastant avec le bleu profond de l’océan et de la lagune, et le jaune doré du désert. Cette baie, d’une importance écologique capitale, fut l’un des premiers sites marocains (dès 1980) à être inscrit à la prestigieuse Convention de Ramsar, un traité international dédié à la conservation et à l’utilisation durable des zones humides. En 1998, la lagune de Khnifiss, également connue sous le nom de lagune de Naïla, a été ajoutée à la liste indicative de l’UNESCO, soulignant son patrimoine exceptionnel.
Salek Aouissa, président du réseau associatif de Khnifiss, explique à Yabiladi : «Le parc de Khnifiss est le prolongement d’une zone humide. La réserve est un site d’intérêt biologique et écologique (SIBE). Le parc est érigé en trois écosystèmes : une partie océanique, lagunaire et désertique.» Son organisation œuvre depuis 2000 à structurer le tourisme, à minimiser son impact sur l’écosystème lagunaire et à promouvoir l’écotourisme. En 2006, Khnifiss a officiellement accédé au statut de parc national, devenant l’un des plus vastes du royaume, renforçant ainsi sa désignation en tant que SIBE.
Une biodiversité époustouflante : des ailes aux pattes
Ce patrimoine, aussi riche que fragile, s’étend sur près de 185 000 hectares, offrant une diversité de paysages à couper le souffle. La zone, farouchement sauvage, est protégée par une interdiction stricte de construire, garantissant la préservation de son écosystème et de sa biodiversité. Des études approfondies menées depuis 1985 révèlent une richesse biologique impressionnante :
- Richesse ornithologique : Près de 20 000 oiseaux, appartenant à 212 espèces différentes, font escale ou hivernent dans le parc. Parmi eux, une multitude d’oiseaux migrateurs côtoient les espèces désertiques, incluant de nombreux faucons et des aigles royaux. Sidi Imad Cherkaoui, ornithologue et professeur à l’université Moulay Ismail, souligne l’importance de cette zone sur l’axe Est-Atlantique (East Atlantic Flyway), essentiel pour les oiseaux traversant le Sahara. Khnifiss leur offre une «oasis en plein milieu du désert» pour se reposer et accumuler les réserves de graisse nécessaires à leur long périple. On y observe des flamants roses, des spatules blanches, des barges à queue noire ou rousse, des bécasseaux maubèche, des huîtriers pie, ainsi que diverses espèces de limicoles et de laridés (mouettes, goélands). Des espèces rares comme la tadorne casarca et la sarcelle marbrée y sont également présentes.
- Faune terrestre et marine : La partie désertique abrite une faune incroyable, avec des fennecs, des porcs-épics, des renards et des renards roux. Le parc est également un refuge pour la gazelle de Cuvier, que l’on peut observer à l’état sauvage. Le Haut-commissariat aux Eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLD) a d’ailleurs mis en place une réserve pour réintroduire et protéger cette espèce emblématique. La faune marine, quant à elle, est tout aussi diversifiée.
Salek Aouissa insiste sur la portée régionale de Khnifiss : «Si la réserve Khnifiss n’existait pas, et qu’il n’y avait pas d’escale des oiseaux migrateurs, il n’y aurait pas eu de richesse à Dakhla, ni dans les zones humides au Sénégal. C’est une continuité de la biodiversité d’Afrique du nord vers l’Afrique de l’Ouest. C’est une surface protégée qui représente une richesse africaine.»
Un avenir écotouristique à préserver
La multitude d’habitats du site, des zones arides peu profondes aux sables vierges, témoigne de son importance environnementale. La lagune est une zone de frayère cruciale pour les poissons, attirant ainsi de nombreux prédateurs. Les vasières, découvertes à marée basse, sont un festin pour les limicoles, qui y plongent leur bec pour se nourrir.
Depuis la pacification du Sahara, le Parc National de Khnifiss attire une clientèle variée : ornithologues passionnés, chercheurs en faune, touristes en caravane faisant escale vers Dakhla, et amateurs de pêche. Tous viennent découvrir ce joyau du désert.
Le réseau associatif de Khnifiss poursuit inlassablement ses efforts pour garantir la pérennité de cet espace fragile. L’objectif est clair : développer un écotourisme respectueux, qui permette aux visiteurs de s’émerveiller devant cette nature généreuse tout en assurant sa protection pour les générations futures. Khnifiss n’est pas seulement une oasis, c’est un symbole de la résilience de la vie face à l’adversité, un appel à la contemplation et à la conservation.
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