Tunisie : L’envers du décor des « retours volontaires » de migrants
Alors que la Tunisie est plus que jamais au cœur des débats sur la migration vers l’Europe, le pays met en place des programmes de « retours volontaires » pour les ressortissants subsahariens. Si les chiffres annoncés – plus de 4 000 départs depuis juillet 2025 – pourraient suggérer une solution humaine, la réalité sur le terrain est bien plus complexe et soulève de sérieuses interrogations quant à la nature véritable de ces départs.
Le témoignage poignant de Souleymane*
Le 16 juin 2026, l’aéroport international de Tunis-Carthage est le théâtre d’une scène devenue habituelle : des migrants sans papiers, le visage marqué par l’incertitude, attendent leur rapatriement. Parmi eux, Souleymane*, un jeune homme originaire de Guinée, dont le parcours est emblématique de nombreux destins brisés.
« Mon objectif était de rejoindre l’Europe, mais ça n’a pas été facile. J’ai essayé à plusieurs reprises et ça n’a pas marché, j’ai vu qu’il n’y avait pas de route possible. En plus de ça, il y avait beaucoup de souffrances, et chaque jour elles augmentaient. C’est ainsi que j’ai pris la décision de repartir dans mon pays, la Guinée, » confie-t-il, la voix empreinte d’une amère résignation après deux ans et demi passés en Tunisie.
Un programme opaque et expéditif
Les « retours volontaires » sont présentés comme une option offerte aux migrants en situation irrégulière. Cependant, des organisations de défense des droits humains et des observateurs sur place dénoncent un processus souvent opaque et expéditif. La notion de « volontariat » est mise en question face à des conditions de vie de plus en plus précaires et à la pression croissante exercée sur les communautés migrantes. Les choix seraient-ils réellement libres lorsque l’alternative est la détention, la précarité ou l’expulsion forcée ?
Le manque de transparence autour des modalités d’information, des conditions d’accompagnement et du suivi post-retour alimente les craintes. Il est impératif de garantir que ces retours se fassent dans la dignité et le respect des droits fondamentaux, loin de toute forme de contrainte.
Par Ambre Abou Daher
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