Nous pensions le football, ce langage universel, capable de suspendre les tumultes du monde, le temps d’une compétition planétaire. Pourtant, les premières images qui nous parviennent des États-Unis, hôtes de cette Coupe du Monde 2026, racontent une tout autre histoire, celle d’une réalité géopolitique crue qui s’invite dès les portes d’entrée.
L’Accueil Glacial : Quand le Sport Rencontre la Frontière
Avant même le coup d’envoi inaugural, ce sont des scènes d’aéroport qui ont fait le tour de la planète, semant l’indignation et l’incompréhension. La délégation sénégalaise, contrainte à un contrôle poussé à même la piste, chaussures retirées et bagages fouillés, a offert un spectacle déroutant. Les Ouzbeks ont été accueillis par des chiens renifleurs, tandis qu’un adjoint irakien se voyait retenu sept heures à Chicago, son téléphone confisqué. Le cas le plus emblématique reste peut-être celui de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, pourtant désigné par la FIFA et salué comme le meilleur sifflet du continent, refoulé sans ménagement à Miami. L’Iran, quant à lui, a dû relocaliser son camp de base à Tijuana, au-delà de la frontière mexicaine, faute d’obtention de visas pour son encadrement.
Au-delà du Zèle : Une Doctrine Affichée
L’indignation fut immédiate et légitime. On a crié à l’humiliation, dénoncé le « deux poids deux mesures », et pointé du doigt un soupçon généralisé fondé sur la seule nationalité. Mais à y regarder de plus près, rien dans cette série d’incidents ne relève de l’accident. Ces scènes ne sont pas le fruit d’un excès de zèle douanier isolé. Elles épousent, au contraire, la doctrine d’une administration américaine qui a sciemment placé sous interdiction ou sous surveillance renforcée une partie des nations qualifiées. De Haïti à l’Iran, en passant par la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, frappés de restrictions, ou l’Égypte, le Ghana, la Jordanie et l’Ouzbékistan, soumis à un examen plus serré, la liste est longue. En réalité, le pays hôte n’a pas suspendu sa politique étrangère pour accueillir le monde ; il l’a simplement déployée, avec une froide détermination, sur le tarmac de ses aéroports. Comme l’écrivait George Orwell, ‘le sport sérieux, c’est la guerre sans les coups de feu’. L’Amérique de Trump a choisi de rappeler, dès le hall des arrivées, qui détient le pouvoir.
Soft Power Contre Hard Power : Le Duel des Influences
Le football est sans doute l’instrument de
soft power par excellence, avec cette capacité unique à séduire sans contraindre, à rassembler au-delà des clivages. Mais en fouillant ses invités, l’Oncle Sam envoie un message glaçant : la magie du ballon rond ne pèse rien face à la puissance souveraine qui contrôle les frontières. Le tapis rouge est ostensiblement réservé à ceux dont la signature est appréciée au bas des accords diplomatiques et commerciaux ; les autres, eux, devront se soumettre à la fouille. C’est brutal, c’est calculé, et force est de constater que cela fonctionne, puisque nous en parlons, et que le message est passé.
L’Exception Marocaine : Un Pont Historique
Nos Lions de l’Atlas, eux, ont eu droit à un tout autre accueil, témoignage de relations bilatérales d’exception. À leur descente d’avion à Newark, c’est l’ambassadeur du Royaume à Washington, Youssef Amrani, figure aguerrie de notre diplomatie, qui les attendait, entouré du corps consulaire et d’une diaspora en liesse. Installés dans leur camp de base du New Jersey, les coéquipiers d’Achraf Hakimi préparent leur entrée en lice dans des conditions idoines, à la hauteur d’une relation qui célèbre cette année ses deux cent cinquante ans. Faut-il le rappeler, le Maroc fut le premier pays à reconnaître l’indépendance américaine, un lien historique indéfectible.
Une Fête Planétaire à Géométrie Variable
Pourtant, tout n’est pas idyllique. Si l’équipe nationale a été choyée, nombre de nos fervents supporters ont fait l’amère expérience du refus de visa. Un rappel cinglant que le Mondial, bien que géographiquement ouvert, peut rester politiquement inaccessible. On a vendu au monde l’image d’une fête planétaire, mais on en a, dans le même mouvement, soigneusement trié les invités. Et le Royaume, malgré l’excellence de ses relations avec Washington, n’a pas été totalement épargné par cette logique politique de quotas et de filtrage.
Le Terrain, Ultime Arbitre
Au fond, rien de tout cela n’est véritablement inédit. Chaque Coupe du Monde charrie inévitablement sa part de politique : le Qatar et ses polémiques, la Russie et son théâtre de puissance… Chaque édition a rappelé, avec une constance implacable, que le sport et la diplomatie partagent la même pelouse. La frontière entre les deux n’a jamais été qu’une ligne tracée à la craie, qu’un simple coup de talon suffit à effacer. Prétendre le contraire relève soit de la naïveté, soit d’une hypocrisie bien commode.
L’Espoir du Jeu
Reste que dans quelques heures, le ballon roulera. Et c’est lui, enfin, qui aura le dernier mot. Les humiliations de tarmac, les visas refusés, les rancœurs continentales devront bien finir par se régler là où elles n’auraient jamais dû s’inviter : sur le terrain. C’est la seule justice que le football promet vraiment, et il la tient presque toujours. Alors, force et chance à nos Lions, qui s’avancent sous les projecteurs du monde entier, portant dans leur dos le soutien indéfectible de tout un peuple, ici et là-bas. Que le jeu commence, et que la passion l’emporte sur les calculs politiques.
Zouhair Yata
Pour plus de détails, visitez notre site.
Source: Lien externe








Laisser un commentaire