Derrière l’ambition affichée de faire du Maroc un hub africain de l’industrie du jeu vidéo, l’État a déployé un arsenal d’outils pour bâtir un secteur encore en pleine émergence. Une stratégie proactive et multidimensionnelle qui vise à transformer le Royaume en un acteur incontournable du divertissement numérique sur le continent.
1er levier : L’incubation, terreau de l’innovation
Le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication orchestre plusieurs programmes d’envergure. En tête de pont, le programme « Video Game Incubator », dont la deuxième édition, lancée en 2026 en partenariat avec l’Ambassade de France au Maroc, accompagne douze porteurs de projets marocains. Ces derniers bénéficient d’un encadrement sur mesure et de l’appui d’experts internationaux, essentiels pour transformer leurs idées en produits viables.
À cette initiative s’ajoute le « Gamification Lab », une collaboration stratégique entre le ministère, la Caisse de Dépôts et de Gestion (CDG) et CDG Invest. Ce laboratoire a pour vocation de créer une plateforme nationale dédiée à la production de solutions de gamification, non seulement pour répondre aux défis des politiques publiques, mais aussi pour soutenir l’émergence et la consolidation de studios de développement locaux.
Parallèlement, des programmes sectoriels spécifiques, tels que l’incubation de 100 projets de jeux de loisirs, menée en partenariat avec la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT), illustrent une volonté claire de monter en puissance et d’alimenter divers segments du marché du divertissement numérique.
2e levier : La formation, pilier des compétences
Le Maroc s’est fixé un objectif ambitieux : former 10 000 professionnels talentueux d’ici 2030. Ce vivier de compétences comprendra 6 000 diplômés de l’enseignement supérieur et 4 000 profils issus de programmes de formation professionnelle qualifiante. Une vision qui témoigne de l’importance accordée à la ressource humaine dans le développement de cette industrie.
Dès la rentrée universitaire 2025-2026, plus de quinze programmes spécialisés ont été accrédités, marquant un tournant dans l’offre éducative du Royaume. Le programme certifiant « Créateur de jeux vidéo », en partenariat avec l’Ambassade de France au Maroc, est un exemple éloquent de cette stratégie. Il propose des cursus élaborés par la prestigieuse école française ISART Digital, combinant harmonieusement game design, programmation, gestion de projet et stages en entreprise.
En étroite collaboration avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et l’OFPPT, le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication œuvre à aligner les compétences acquises avec les besoins réels du marché, assurant ainsi une adéquation parfaite entre formation et emploi.
3e levier : Un cadre fiscal et réglementaire incitatif
Pour attirer les investissements nationaux et étrangers, le Royaume a mis en place « l’Offre Maroc », un dispositif complet visant à dynamiser l’écosystème de l’industrie du jeu vidéo. Ce cadre se veut particulièrement avantageux pour les entreprises souhaitant s’implanter ou se développer sur le territoire.
Des avantages fiscaux et douaniers significatifs :
- Des exonérations de TVA et de droits de douane sont accordées pour une durée de 36 mois sur les équipements importés, allégeant considérablement les coûts initiaux.
- Une subvention à l’investissement peut atteindre jusqu’à 30 % du montant engagé, offrant un soutien financier direct aux projets.
- Une exonération de l’impôt sur les sociétés (IS) est prévue pour une période de cinq ans, suivie d’une prise en charge publique de 56 % du taux d’imposition pour certaines activités spécifiques.
Des mécanismes d’incitation à l’emploi et à la formation :
- Un bonus à l’emploi pouvant aller jusqu’à 17 % du salaire brut annuel est octroyé, encourageant la création de postes.
- Une contribution publique à la formation peut couvrir jusqu’à 3,5 % des coûts salariaux, favorisant le développement continu des compétences.
Le cadre réglementaire prévoit également un impôt sur le revenu (IR) réduit, plafonné à 20 % à Rabat et Casablanca et à 10 % dans les autres régions, une mesure stratégique pour encourager la décentralisation des projets et stimuler le développement économique sur l’ensemble du territoire.
4e levier : Les partenariats, catalyseurs de croissance
La stratégie marocaine s’appuie également sur un réseau dense et diversifié de partenariats, essentiels pour son rayonnement international et le renforcement de son écosystème interne.
Le rapprochement avec la France, concrétisé par la collaboration avec son ambassade et l’Institut français dans le cadre des programmes d’incubation et de formation, en est une illustration parfaite. Ces synergies internationales sont complétées par des partenariats avec des géants technologiques et des acteurs clés du secteur, tels que Huawei, Level Link Partners et Game X Company (GXC).
Le monde académique n’est pas en reste, avec des collaborations établies avec des universités de renom comme ISART Digital et l’UIR, garantissant une passerelle entre la formation et les besoins de l’industrie. Sur le plan national, une mobilisation interministérielle est à l’œuvre, impliquant les ministères de l’Investissement, de l’Industrie, de l’Enseignement Supérieur et de la Transition Numérique, ainsi que des institutions publiques majeures telles que l’AMDIE, la CDG, la SMIT, l’OFPPT et Tamwilcom.
Enfin, des événements structurants comme le Morocco Gaming Expo, organisé chaque année à Rabat depuis 2024, jouent un rôle crucial. Ces rendez-vous permettent de connecter développeurs, investisseurs et éditeurs, créant ainsi un espace dynamique d’échanges, de networking et d’opportunités pour l’ensemble de l’écosystème du jeu vidéo au Maroc.
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