Le Maroc face au défi de l’emploi : un potentiel humain inexploité
Le marché du travail marocain se trouve à un carrefour, confronté à un paradoxe persistant : une population en âge de travailler abondante, mais une mobilisation de cette force vive qui demeure étonnamment faible. Au-delà des statistiques classiques du chômage, une analyse plus approfondie révèle une pression latente et significative sur l’emploi, alimentée par le sous-emploi, la main-d’œuvre potentielle et des inégalités criantes en matière de participation, notamment entre les genres.
Un réservoir démographique sous-utilisé
Le Royaume chérifien jouit d’un atout démographique indéniable, avec pas moins de 27,8 millions de personnes âgées de 15 ans et plus, constituant la population potentiellement active. Pourtant, la réalité du marché de l’emploi est plus nuancée. La main-d’œuvre active, englobant les individus ayant un emploi rémunéré et les chômeurs au sens strict, ne représente que 41,8% de ce vaste ensemble, soit 11,6 millions de personnes. Ce faible taux de participation est le reflet d’une dynamique socio-économique complexe.
Plus de 16,1 millions d’individus, soit 58,2% de la population en âge de travailler, se situent en dehors de la main-d’œuvre. Parmi eux, une frange non négligeable reste à la lisière du marché de l’emploi : la « main-d’œuvre potentielle », qui s’élève à 884 000 personnes, soit 5,5% de cette population inactive.
Les femmes, grandes absentes du marché du travail
L’une des facettes les plus frappantes de ce paradoxe est la sous-représentation chronique des femmes. Elles ne constituent que 21% de la main-d’œuvre, alors qu’elles représentent 71,2% de la population hors main-d’œuvre. Le taux de participation féminin stagne à un modeste 17,5%, contrastant fortement avec les 66,4% enregistrés chez les hommes. Ces chiffres soulignent un immense potentiel inexploité et un défi majeur en termes d’inclusion économique.
Dynamiques par âge et par secteur
L’analyse par tranche d’âge révèle également des disparités. Les 25-34 ans et les 35-44 ans affichent les taux de participation les plus robustes, avoisinant les 56%. En revanche, les jeunes de 15 à 24 ans peinent à s’intégrer, avec un taux de participation de seulement 23,4%, traduisant des difficultés d’accès au premier emploi ou des parcours éducatifs prolongés.
Concernant la répartition sectorielle des 10,36 millions d’emplois rémunérés, le secteur des services se positionne comme le principal pourvoyeur, absorbant 5,08 millions d’emplois, soit près de la moitié du total. L’agriculture, la sylviculture et la pêche suivent avec 2,54 millions d’emplois, devançant l’industrie (1,41 million) et le BTP (1,31 million). Cette structure met en lumière une dualité régionale prononcée : les services dominent largement en milieu urbain (près des deux tiers des emplois), tandis que l’agriculture reste le pilier de l’activité en milieu rural (plus de la moitié des emplois).
Au-delà du chômage strict : une pression élargie sur l’emploi
Le taux de chômage strict, bien que significatif à 10,8% au premier trimestre 2026, ne capture qu’une partie de la réalité. Il est particulièrement élevé en milieu urbain (13,5%) et chez les femmes (16,1% contre 9,4% pour les hommes). Les jeunes de 15 à 24 ans demeurent la catégorie la plus touchée, avec un taux alarmant de 29,2%.
L’approche novatrice du Haut-commissariat au plan (HCP) propose une lecture plus exhaustive de la sous-utilisation de la main-d’œuvre. En intégrant le sous-emploi lié à la durée du travail (671 000 personnes) et la main-d’œuvre potentielle, une image plus complète des tensions sur le marché se dessine.
- Le taux combiné du chômage strict et du sous-emploi atteint 16,6% au niveau national. Ce chiffre grimpe à 18,3% en milieu urbain et s’envole à 19,8% chez les femmes, soulignant la précarité de certains emplois.
- Un autre indicateur, fusionnant le chômage strict et la main-d’œuvre potentielle, porte la pression actuelle et latente sur le marché du travail à 17,1%. L’écart de genre est ici encore plus saisissant, atteignant 27,9% chez les femmes, contre 13,9% chez les hommes.
Une mosaïque régionale d’inégalités
La cartographie régionale du marché du travail révèle des disparités marquées. Six régions affichent des taux de participation supérieurs à la moyenne nationale, avec Dakhla-Oued Ed-Dahab en tête (63,9%), suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Casablanca-Settat, Laâyoune-Sakia El Hamra, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi. À l’opposé, Drâa-Tafilalet, l’Oriental et Guelmim-Oued Noun enregistrent les taux les plus faibles.
Quant au chômage, Laâyoune-Sakia El Hamra se distingue par le taux le plus élevé (20,3%), précédant l’Oriental, Guelmim-Oued Noun et Fès-Meknès. Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra dépassent également la moyenne nationale, mais dans des proportions plus contenues.
Un défi national : transformer le potentiel en productivité
Au-delà des chiffres bruts, l’enquête du HCP met en lumière un enjeu stratégique pour le Maroc : sa capacité à convertir son formidable potentiel démographique en une véritable force productive. Le défi ne se limite plus à la simple résorption du chômage visible. La nouvelle grille d’analyse proposée par le HCP est précieuse, car elle déplace le regard vers une compréhension plus holistique des dynamiques de l’emploi. Elle révèle une économie qui, malgré ses avancées, n’exploite encore qu’imparfaitement l’intégralité de sa main-d’œuvre disponible. Une mobilisation plus efficace de ce capital humain, en particulier des femmes et des jeunes, est essentielle pour une croissance inclusive et durable du Royaume.
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