Graphique ou photo illustrant les statistiques de l'emploi et du chômage au Maroc, avec des personnes en recherche d'emploi ou en activité.
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Marché de l’emploi marocain : le HCP lève le voile sur une sous-utilisation alarmante de la main-d’œuvre

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Le Maroc face à la réalité de son marché du travail : le HCP dévoile un diagnostic élargi et interpellant

Le marché du travail marocain se lit désormais autrement. Avec la publication des résultats de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO 2026), le Haut-Commissariat au Plan (HCP) introduit un indicateur inédit qui dépasse le cadre traditionnel du chômage. Derrière un taux de chômage strict de 10,8%, c’est en réalité un besoin non satisfait de travail beaucoup plus large qui apparaît, touchant plus d’un actif sur cinq. Cette nouvelle lecture met en lumière une pression diffuse mais bien réelle sur l’emploi, souvent invisible dans les approches classiques.

Une pression sur l’emploi bien au-delà du seul chômage

Le principal apport de cette nouvelle enquête réside dans le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui atteint 22,5% au premier trimestre 2026. Cet indicateur regroupe trois réalités : les personnes au chômage strict, celles en situation de sous-emploi (travaillant moins que souhaité) et une main-d’œuvre potentielle en marge du marché du travail.

Les conditions pour que le Maroc crée 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 (Banque mondiale)

Selon un Rapport de la Banque mondiale, le Maroc dispose de bases macroéconomiques solides, mais sa croissance reste insuffisamment créatrice d’emplois. Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé beaucoup plus vite que l’emploi, révélant des contraintes structurelles persistantes. L’institution estime qu’un programme coordonné de réformes pourrait générer jusqu’à 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et porter le PIB réel à un niveau nettement supérieur à la trajectoire actuelle.

Ce chiffre change profondément la perception du marché de l’emploi. Là où le chômage semblait relativement contenu, une part importante de la population active élargie apparaît en réalité insuffisamment mobilisée ou exclue de l’activité économique. Le marché du travail ne souffre donc pas uniquement d’un manque d’emplois, mais aussi d’un déficit d’intensité et d’accès à l’emploi.

Une nouvelle lecture issue de la refonte méthodologique du HCP

Ce changement de diagnostic s’explique par une refonte en profondeur du dispositif statistique. L’EMO 2026 introduit une définition plus stricte du chômage, limitée aux personnes sans emploi, disponibles et en recherche active, rompant avec les approches antérieures. Parallèlement, l’emploi est désormais restreint aux activités exercées contre rémunération ou en vue d’un profit, excluant certaines formes d’activités informelles ou d’autoconsommation. Surtout, l’approche devient multidimensionnelle, intégrant le sous-emploi et la main-d’œuvre potentielle pour mieux mesurer les tensions réelles. Cette évolution aligne le Maroc sur les standards internationaux et permet une lecture plus fine et plus exigeante du marché du travail, même si elle introduit une rupture avec les séries statistiques précédentes.

Une participation au marché du travail toujours limitée

Au-delà des indicateurs, le rapport met en évidence une faiblesse persistante : le taux de participation à la main-d’œuvre reste limité à 41,8%. Autrement dit, une large part de la population en âge de travailler demeure en dehors du marché du travail. Ce déficit d’inclusion est particulièrement marqué chez les femmes, dont le taux de participation plafonne à 17,5%, contre 66,4% pour les hommes. Ce déséquilibre structurel pèse directement sur la capacité de l’économie à mobiliser pleinement son capital humain.

Une structure de l’emploi marquée par des déséquilibres persistants

L’analyse sectorielle confirme une économie dominée par les services, qui concentrent près de la moitié des emplois (49,1%). L’agriculture reste néanmoins un pilier en milieu rural, où elle absorbe plus de la moitié des actifs occupés. Cette répartition traduit une dualité économique persistante. D’un côté, un tissu urbain tertiarisé, de l’autre, un monde rural dépendant d’activités souvent précaires et vulnérables aux aléas. Cette structuration pose la question de la qualité et de la stabilité des emplois créés.

Jeunes et femmes : les principales victimes des tensions du marché

Les données confirment que certaines catégories supportent davantage les déséquilibres du marché du travail. Les jeunes de 15 à 24 ans affichent un taux de chômage de 29,2%, tandis que leur taux de sous-utilisation atteint 45,3%. Leur insertion professionnelle reste ainsi l’un des défis majeurs. Les femmes, quant à elles, cumulent les difficultés : faible participation, chômage plus élevé (16,1%) et exposition accrue à la sous-utilisation. Ces écarts traduisent des obstacles structurels persistants, liés à l’accès à l’emploi, aux conditions de travail et aux contraintes sociales.

Des disparités régionales qui confirment un marché du travail à plusieurs vitesses

Le marché du travail marocain reste fortement marqué par des disparités territoriales. Certaines régions, comme Dakhla-Oued Ed-Dahab ou Tanger-Tétouan-Al Hoceima, affichent des niveaux de participation et d’emploi plus élevés, tandis que d’autres, comme l’Oriental ou Guelmim-Oued Noun, cumulent des taux de chômage importants. Cette hétérogénéité souligne l’existence d’un marché du travail à plusieurs vitesses, où les opportunités restent inégalement réparties selon les territoires.

Vers une lecture plus exigeante du marché du travail

En introduisant un indicateur élargi de la sous-utilisation de la main-d’œuvre, le HCP ne se contente pas d’affiner ses outils statistiques : il transforme la manière d’appréhender l’emploi au Maroc. Le véritable enjeu ne réside plus uniquement dans la réduction du chômage, mais dans la capacité à mobiliser pleinement la main-d’œuvre, améliorer la qualité des emplois et réduire les inégalités d’accès au travail.

Cette nouvelle lecture pose les bases d’un débat plus exigeant sur les politiques de l’emploi. Elle invite à repenser les priorités, en mettant l’accent sur l’inclusion économique, l’insertion des jeunes, la participation des femmes et le développement territorial équilibré.

LE MATIN | 04 Mai 2026 À 19:48


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