Le café, nouvelle victime collatérale de la géopolitique : les prix s’envolent, le Maroc s’inquiète
L’onde de choc du conflit au Moyen-Orient, loin de se cantonner aux sphères énergétiques, résonne désormais jusqu’à la tasse de café matinale. Les cours mondiaux de l’or brun atteignent des sommets inédits, et cette tension palpable sur les marchés internationaux menace de se répercuter directement sur les prix pratiqués dans les cafés marocains. Une situation qui alarme déjà les consommateurs et les professionnels de la filière.
Une flambée géopolitique inattendue
En ce mois d’avril 2026, le marché du café est en ébullition. Le cours de l’arabica, variété prisée pour ses arômes délicats, flirte avec les 3.528 dollars la tonne, soit environ 35.000 DH. Ce niveau, le plus élevé depuis le début du mois, confirme une pression haussière persistante. Les spécialistes de la filière observent une progression de 4,6% sur le dernier mois, signalant que, malgré quelques ajustements ponctuels, le seuil des 3 dollars la livre est désormais solidement franchi, un prix jugé particulièrement élevé.
Il est bon de rappeler que le café avait déjà connu un pic historique à 4,40 dollars la livre en 2025. Si les niveaux actuels sont légèrement en deçà de ce record absolu, ils demeurent significativement supérieurs aux moyennes constatées lors des années précédentes, marquant une nouvelle ère de cherté pour cette denrée planétaire.
Les multiples facettes d’une hausse : de l’énergie aux intrants
Cette résilience des prix n’est pas le fruit du hasard. Elle s’explique en grande partie par les répercussions indirectes de la guerre qui sévit au Moyen-Orient. L’escalade des tensions régionales a propulsé les prix de l’énergie à des niveaux stratosphériques, entraînant dans leur sillage une augmentation substantielle des coûts de transport et de production. Les routes maritimes stratégiques, vitales pour l’acheminement des grains de café, sont devenues des points névralgiques, rendant le marché particulièrement vulnérable à la moindre perturbation logistique.
À cette équation complexe s’ajoute le coût des intrants agricoles. Certains engrais, notamment azotés, ont vu leurs prix s’envoler de plus de 60% depuis le début du conflit, grevant davantage les dépenses des producteurs et, in fine, le prix final du café.
Le Maroc face à l’amertume des prix
Sur le sol marocain, la situation est d’autant plus délicate que le marché local était déjà sous tension. La hausse continue des cours mondiaux s’est progressivement répercutée sur les prix de vente au détail. Après une période d’hésitation, les restaurateurs et propriétaires de cafés ont dû s’aligner sur la tendance internationale, provoquant l’ire de nombreux consommateurs, particulièrement durant l’été dernier et la Coupe d’Afrique des Nations.
Malgré nos tentatives, il n’a pas été possible de joindre les professionnels de la filière pour anticiper d’éventuelles nouvelles hausses. Cependant, il est à noter que le gouvernement avait déjà dû intervenir l’année dernière en réduisant les tarifs douaniers sur les fèves de café vert pour amortir le choc. Mohamed Astaib, président de l’Association marocaine des industriels du thé et du café (AMITC), avait alors salué cette mesure, soulignant qu’elle avait permis de «contenir l’impact de la hausse mondiale tout en dynamisant le tissu industriel national».
Cette stratégie a porté ses fruits, avec une augmentation des importations de café vert de 44.140 tonnes en 2023 à 54.508 tonnes en 2024, tandis que les volumes de café torréfié prêt à consommer n’ont que modestement progressé (de 2.790 à 3.426 tonnes). Une preuve, selon l’AMITC, du «renforcement des capacités locales de transformation, confortant le choix de miser sur la valeur ajoutée industrielle».
Une lueur d’espoir à l’horizon ?
Le Maroc, qui importe principalement du robusta (85%) et de l’arabica (15%), diversifie ses sources d’approvisionnement, notamment en café vert de divers pays producteurs et en café torréfié d’Europe. Cependant, la persistance de la sécheresse dans plusieurs régions productrices mondiales continue d’exercer une pression haussière sur les prix en raison d’une production en baisse.
Toutefois, un nouvel élément pourrait tempérer cette spirale inflationniste : les anticipations de récoltes record au Brésil pour 2026. Avec des prévisions dépassant les 75 millions de sacs, cette perspective pourrait, à court terme, exercer une pression baissière sur les cours mondiaux, offrant une potentielle bouffée d’oxygène aux consommateurs et aux importateurs.
L’avenir du prix du café reste donc suspendu aux aléas géopolitiques, climatiques et économiques, transformant chaque tasse en un baromètre des tensions mondiales.
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