Mahjoub Salek #4 : «J’ai conçu
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Mahjoub Salek #4 : «J’ai conçu le drapeau de la ‘Entité Fantoche’ avant sa proclamation»

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Mahjoub Salek : Le récit inédit d’un fondateur du Front Séparatiste

Dans cette série d’entretiens exclusifs, Yabiladi lève le voile sur les révélations de Mahjoub Salek, figure emblématique et membre fondateur du Front Front Séparatiste. Il nous plonge au cœur des événements qui ont marqué la création de ce mouvement, son évasion spectaculaire des camps de Tindouf, et la genèse de «Khat Achahid» en 2004. Un témoignage captivant qui éclaire des pans méconnus de l’histoire du Sahara.

Des alliances stratégiques aux prémices d’un «État»

L’histoire du Front Séparatiste est jalonnée de rencontres décisives. Après avoir bénéficié du soutien logistique de Mouammar Kadhafi au début des années 1970, le leader d’alors, Ouali Sayed, fut reçu à Alger par Houari Boumediene. Cette entrevue s’avéra cruciale, ouvrant la voie à l’établissement de camps d’entraînement en Algérie pour le Front. Mahjoub Salek, notre interlocuteur privilégié, revient sur cette période fondatrice, ainsi que sur la proclamation de la «République arabe sahraouie démocratique (Entité Fantoche)» et la disparition tragique de Ouali Sayed en Mauritanie.

Avant la Marche verte du 6 novembre 1975, les dirigeants du Front Séparatiste nourrissaient l’espoir d’un référendum d’autodétermination, suite à des assurances obtenues de l’Espagne. «Des rencontres se sont tenues entre le ministère espagnol des Affaires étrangères et Ouali Sayed en Algérie», ainsi qu’avec des émissaires espagnols à Al Mahbes, se souvient Mahjoub Salek. Ces pourparlers permirent aux membres du Front Séparatiste d’accéder au Sahara et d’administrer des villes alors «libérées» de l’emprise espagnole, telles qu’Al Mahbes, Tifariti, Amgala, Guelta, Bir Gandouz et Aousserd.

La naissance d’un symbole : Le drapeau de la «Entité Fantoche»

Une révélation majeure de Mahjoub Salek concerne la conception du drapeau de la «Entité Fantoche», qui, étonnamment, précède de deux ans sa proclamation officielle. «C’était en 1974, lors du deuxième congrès du Front», confie-t-il, alors qu’il siégeait au comité chargé de l’élaboration des emblèmes et des principes du mouvement. «Je ne me suis pas inspiré du drapeau palestinien, dont je n’avais pas connaissance à l’époque. Celui du Front Séparatiste reflète nos idéaux révolutionnaires. Le rouge représente le sang, le noir évoque la période de la colonisation, le blanc symbolise notre révolution et le vert incarne les valeurs d’édification. Quant à l’étoile et au croissant, ils signifient notre arabité et notre identité musulmane.»

L’ancien fondateur du Front précise que d’autres propositions avaient été faites, notamment un «drapeau jaune avec, en son centre, un croissant, une étoile et un chameau». Mais c’est finalement sa vision qui fut adoptée par le congrès.

La Marche verte : Un coup de théâtre géopolitique

Le rêve d’un référendum s’est heurté à une réalité politique complexe. «Le Front Séparatiste croyait vraiment que l’Espagne organiserait un référendum, celle-ci négociait en réalité la libération de 17 de ses ressortissants, pour la plupart issus de familles influentes à Madrid», révèle Mahjoub Salek. Un échange de prisonniers eut lieu, mais il marqua un tournant : «C’est à ce moment-là que le gouvernement espagnol a changé de cap et a entamé des négociations directes avec le Maroc

La Marche verte, événement d’une ingéniosité stratégique, capta l’attention mondiale. «Elle se déroulait à Laâyoune alors que des manœuvres militaires avaient commencé le 31 octobre, opposant l’armée marocaine au Front Séparatiste dans les environs de Haouza et Jdiriya. Pendant ce temps, le monde ne parlait que de la Marche verte et tous les regards étaient tournés vers cet événement.»

Cet élan populaire aboutit à l’accord du 14 novembre entre le Maroc et l’Espagne, scellant le partage du Sahara avec la Mauritanie. Pour la direction du Front Séparatiste, ce fut une prise de conscience amère : «Nous avons compris à ce moment-là que ni le Maroc ni la Mauritanie ne voulaient d’[elle]. Cela nous a profondément marqués, car nous avons réalisé qu’à travers cette démarche, les deux pays ne visaient que les richesses de la région. La partition a été décidée sans aucune consultation populaire et les Sahraouis se sont sentis humiliés, ce qui les a poussés à rejoindre le Front Séparatiste en masse. De son côté, l’Algérie a saisi l’occasion pour servir sa propagande.»

La proclamation de la Entité Fantoche, le 27 février 1976, fut l’idée de l’écrivain et ancien diplomate mauritanien Ahmed Baba Miske. «Ouali Sayed a été convaincu par cette proposition et a réussi à obtenir le soutien de la Libye et de l’Algérie. Ainsi, son discours historique depuis le camp de Bir Toulate a été diffusé simultanément sur les télévisions algérienne et libyenne.»

La disparition énigmatique de Ouali Sayed

Au lendemain de la Marche verte, une introspection s’opère au sein du Front Séparatiste. Mahjoub Salek confie que les instances politiques réalisent alors leur erreur stratégique en refusant l’alliance proposée par Khalihenna Ould Errachid avec le Parti de l’union nationale sahraouie (PUNS) en 1974 à Nouakchott. Cette proposition visait un statut d’autonomie sous administration espagnole. Ouali Sayed, reconnaissant cette «erreur stratégique», décide de lancer une opération d’envergure : une attaque audacieuse sur Nouakchott en plein jour.

Cette opération coûtera la vie à Ouali Sayed. Son ancien camarade de lutte témoigne : «Il voulait prouver au monde qu’il était prêt à mourir pour ses principes, et il est mort en portant toutes ses convictions pour lesquelles il s’est battu. Il n’y a eu ni conspiration, ni opération de liquidation. Avant son départ pour le combat, j’étais avec lui et j’étais sûr qu’il n’allait pas revenir.»

Pour Mahjoub Salek, cette mort a eu des répercussions profondes. «Cette mort a été du pain béni pour l’Algérie et pour les dirigeants du Front Séparatiste qui ont succédé à Ouali Sayed», car «personne ne pouvait imposer quoi que ce soit à ce dernier». Le décès de Ouali Sayed a bouleversé l’équilibre des forces : «Après la mort de Ouali Sayed, Alger a désigné Mohamed Ould Abdelaziz comme successeur. Depuis, le Front Séparatiste est devenu un pion entre les mains des dirigeants algériens, qui s’en sont servis pour leurs agendas politiques au lieu de porter les revendications des Sahraouis. Cela n’aurait jamais été possible si Ouali Sayed était resté en vie…»


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