Vue aérienne du port de Casablanca avec de nombreux navires en attente en rade, symbolisant la congestion portuaire et son impact économique.
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Le Port de Casablanca en Crise : Une Congestion Coûteuse Menace l’Économie Marocaine

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Le Port de Casablanca sous l’Étouffoir : Une Crise Logistique aux Répercussions Économiques Majeures

Avec un volume de près de 100 000 EVP (Équivalents Vingt Pieds) traités chaque mois, le port de Casablanca, poumon économique du Royaume, est aujourd’hui le théâtre d’une congestion alarmante. Cette situation, loin d’être un simple désagrément, se mue en un véritable choc économique, alourdissant considérablement la facture pour l’ensemble de l’économie marocaine. Les surcharges imposées par les compagnies maritimes atteignent désormais 150 dollars par conteneur, tandis que les navires immobilisés en rade coûtent jusqu’à 10 000 dollars par jour. Sur une période de quatorze jours seulement, le Maroc se voit ainsi confronté à une dépense estimée à 7 millions de dollars, un fardeau qui pèse lourdement sur ses importations et ses exportations.

Rochdi Mokhliss | 01 Février 2026 à 16:50

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Un Scénario de Congestion Alarmant

Le spectacle est devenu monnaie courante le long des côtes casablancaises : une dizaine, voire davantage, de navires mouillent en rade, patientant indéfiniment avant de pouvoir accoster pour décharger ou charger leurs précieuses cargaisons. Si les conditions météorologiques défavorables des dernières semaines, marquées par une houle persistante, ont indéniablement exacerbé les contraintes opérationnelles, elles ne sauraient expliquer à elles seules l’ampleur de cette congestion. Sur le terrain, les acteurs du secteur dénoncent une situation devenue structurelle et critique, où les coûts logistiques ont été multipliés par cinq par rapport aux niveaux habituels, même en période de forte activité.

Marsa Maroc à la Manœuvre : Des Extensions Stratégiques en Vue

Face à cette urgence, Marsa Maroc, l’opérateur portuaire national, ne reste pas inactif. L’entreprise envisage une montée en puissance de ses terminaux à conteneurs TCE et TC3 au port de Casablanca. Un programme ambitieux d’extension et d’approfondissement de ces infrastructures est à l’étude. L’objectif est clair : renforcer la compétitivité de la principale plateforme portuaire du Royaume, optimiser la performance opérationnelle des terminaux et se positionner durablement sur les flux maritimes de grande capacité, un impératif dans un contexte de recomposition des chaînes logistiques mondiales et d’exigences environnementales croissantes.

L’Alarme des Professionnels : Une Situation « Très Critique »

Contacté par notre rédaction, Rachid Tahri, président de l’Association des freight forwarders du Maroc (AFFM) et secrétaire général de la Fédération du Transport et de la Logistique – CGEM, confirme sans ambages la gravité de la situation, qu’il juge « très critique ». Pour M. Tahri, la congestion est désormais quasi structurelle : « Depuis le mois de décembre, nous vivons une situation de congestion qui ne cesse de s’aggraver, notamment sous l’effet des mauvaises conditions météorologiques. »

La Flambée des Coûts et le Spectre du Contournement Portuaire

Cette paralysie portuaire engendre une flambée des coûts à tous les niveaux de la chaîne logistique. Les frais de surestaries (pénalités pour immobilisation des conteneurs), de magasinage et de manutention connaissent une hausse vertigineuse. Plus préoccupant encore, les compagnies maritimes ont commencé à instaurer des taxes de congestion spécifiques au port de Casablanca. « Ces surcharges varient entre 150 et 200 dollars, voire 200 euros par conteneur », précise Rachid Tahri. Le risque est désormais palpable : si la congestion persiste, certaines compagnies pourraient purement et simplement décider d’éviter le port de Casablanca, ce qui entraînerait des coûts supplémentaires exorbitants et des difficultés majeures pour les importateurs et les exportateurs marocains. « Nous parlons du principal port de commerce du Royaume. Si la situation se prolonge, l’impact pourrait être très grave. Nous ne souhaitons pas revivre les scénarios de congestion extrême observés au début des années 2000 », alerte-t-il.

Des Solutions Urgentes pour Alléger le Fardeau Économique

Pour M. Tahri, la sortie de crise passe impérativement par une concertation urgente et approfondie entre l’Agence nationale des ports (ANP), le ministère de l’Équipement et les armateurs, représentés par leurs agences locales. L’objectif serait d’introduire une plus grande souplesse dans la facturation des surestaries, notamment par l’octroi de franchises supplémentaires. Les opérateurs de manutention, Somaport et Marsa Maroc, sont également appelés à prendre des mesures similaires pour alléger la pression financière sur les entreprises. « À défaut, ces surcoûts se répercuteront inévitablement sur le consommateur final », souligne-t-il avec insistance.

L’Hémorragie de Devises : Un Enjeu Macroéconomique

Au-delà de l’impact direct sur les prix, Rachid Tahri alerte sur les conséquences macroéconomiques de cette situation. « Les surestaries et les surcharges payées aux armateurs représentent des sorties importantes de devises vers l’étranger, avec des montants qui se chiffrent en millions, voire en centaines de millions de dirhams. C’est un enjeu réel pour les réserves en devises du pays », ajoute-t-il. Malgré nos sollicitations, l’ANP et Marsa Maroc n’ont pas souhaité commenter la situation.

La Spirale des Surcharges : L’Exemple Maersk

La récente aggravation de la congestion a provoqué une réaction immédiate des géants du transport maritime. Selon des sources proches du transit portuaire à Casablanca, plusieurs compagnies ont déjà commencé à appliquer des surcharges spécifiques. Le cas le plus frappant est celui de l’armateur danois Maersk, qui a annoncé l’instauration, à compter du 1er février 2026, d’une « Congestion Fee Surcharge » de 150 dollars par conteneur sur l’ensemble de ses services réguliers à destination de Casablanca. Ce montant, sans précédent, contraste fortement avec les pratiques antérieures où ces frais additionnels oscillaient entre 20 et 40 dollars, et constitue un signal clair que les compagnies anticipent une congestion durable.

Un Coût Exorbitant pour l’Économie Marocaine

L’effet mécanique de cette décision est colossal. Le port de Casablanca, avec ses 100 000 EVP mensuels, verra la surcharge de Maersk représenter une facture additionnelle de plusieurs millions de dollars chaque mois pour l’économie marocaine. Et, de l’avis des opérateurs, il est fort probable que cet armateur ne reste pas isolé, entraînant une généralisation de ces coûts supplémentaires tout au long de la chaîne logistique.

Outre ces surcharges, la congestion génère un autre poste de dépense tout aussi lourd : les surestaries des navires en attente. Les navires mouillant en rade de Casablanca affichent en moyenne des taux d’affrètement de l’ordre de 10 000 dollars par jour. Lorsque des dizaines de navires restent bloqués pendant des périodes prolongées, la facture s’envole. Sur une durée de quatorze jours, le coût de la congestion pour le Maroc est estimé à près de 7 millions de dollars, et ce compteur continue de tourner inexorablement.

La situation a atteint un pic particulièrement préoccupant le lundi 16 janvier, lorsque les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar ont comptabilisé jusqu’à 110 navires en rade. À Casablanca, la congestion s’est ancrée dans la durée, avec près d’une cinquantaine de navires immobilisés, dont plus de treize porte-conteneurs. Pour les importateurs et exportateurs, ces retards se traduisent par des délais allongés, des coûts logistiques imprévus et, in fine, une perte de compétitivité sur les marchés internationaux.

Vers une Refonte de l’Organisation et de la Gouvernance Portuaires

Sur le terrain, plusieurs dysfonctionnements structurels sont pointés du doigt. Certains opérateurs de manutention continuent de ne pas assurer le troisième shift, notamment les dimanches, ce qui limite considérablement la capacité de déchargement et d’embarquement. Une refonte profonde de l’organisation et de la gouvernance des opérations portuaires semble indispensable pour éviter que cette crise ne devienne une constante pénalisante pour le développement économique du Maroc.


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