En décembre 2019, devant l’assemblée du prix Nobel, Abiy Ahmed, auréolé de la prestigieuse distinction de la paix, décrivait la guerre comme « l’incarnation de l’enfer ». Quatre ans plus tard, le Premier ministre éthiopien, autrefois célébré pour son rapprochement historique avec l’Érythrée, semble s’être engouffré dans une spirale de conflits, soulevant des questions troublantes sur son héritage et sa vision pour l’Éthiopie.
Du lauréat de la paix au chef de guerre
Opérateur radio durant la sanglante guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée, Abiy Ahmed avait affirmé avoir été « témoin de sa cruauté », déclarant que « la guerre rend les hommes amers. Des hommes sans cœur et sauvages ». Ces mots résonnent aujourd’hui avec une ironie amère alors que son pays est de nouveau déchiré par des affrontements. Le prix Nobel lui avait été décerné pour ses efforts de paix, notamment la normalisation des relations avec l’Érythrée, mettant fin à deux décennies d’hostilité.
La logique implacable du maintien au pouvoir
Cependant, la lune de miel fut de courte durée. Depuis le conflit du Tigré en 2020, l’Éthiopie est prise dans un engrenage de violences. Les tensions avec l’Érythrée, loin d’être apaisées durablement, refont surface, tandis que des rébellions internes menacent la stabilité du pays. Abiy Ahmed, qui avait promis une ère de réformes et d’unité, semble désormais s’appuyer sur une stratégie militaire pour consolider son autorité. Cette logique de « guerre permanente » interroge la capacité du Premier ministre à gouverner un pays aussi complexe et diversifié sans recourir à la force, et met en péril la paix fragile qu’il s’était engagé à bâtir.
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