L’ombre de Kigali s’étend : l’opposant rwandais Robert Kabera retrouvé décapité en Ouganda
L’ancien sergent rwandais Robert Kabera, devenu une figure critique du régime de Paul Kagame depuis son exil en Ouganda, a été retrouvé mort, décapité, aux abords de Kampala. Ce drame macabre relance avec acuité les interrogations sur la traque implacable des opposants rwandais, dont les ramifications semblent dépasser les frontières nationales.
Un critique vocal réduit au silence
Robert Kabera, ex-militaire ayant fui le Rwanda en novembre 2020 pour s’établir en Ouganda en tant que réfugié, avait progressivement transformé sa plateforme en un puissant vecteur de dénonciation des atteintes aux droits humains perpétrées par le pouvoir de Kigali. Sa chaîne YouTube, « Major Robert TV », forte de 144 000 abonnés, témoignait de son engagement, notamment à travers une chanson dédiée à Victoire Ingabire, figure emblématique de l’opposition rwandaise, elle-même ayant connu la prison et de nouvelles arrestations.
Kigali n’a, pour l’heure, émis aucun commentaire officiel concernant la disparition tragique de Robert Kabera.
Une enquête pour meurtre et des antécédents troublants
La police ougandaise a ouvert une enquête pour « le meurtre d’un homme adulte, âgé d’environ 50 ans, dont la tête a été tranchée et qui, jusqu’à présent, n’a pas encore été retrouvée », a précisé son porte-parole Kituuma Rusoke le 19 octobre. Les proches de la victime, qui l’ont identifié formellement, affirment que Robert Kabera n’avait pas d’ennemis personnels. Cependant, son frère, Victor Agaba, a révélé des tentatives antérieures contre sa vie, dont une agression par trois hommes à Kampala en octobre 2023.
L’opposant avait lui-même alerté les autorités ougandaises en mai 2026, sollicitant un déplacement pour cause d' »insécurité continue ». Il avait fait état de deux tentatives d’enlèvement et de la disparition inexpliquée de sa seconde épouse en novembre 2022.
Selon son frère, « Notre problème vient de chez nous, au Rwanda. L’armée a monté un dossier criminel contre lui. C’était une chasse aux sorcières et il le savait avant de fuir en Ouganda. » Peu après son exil, l’armée rwandaise l’avait en effet déclaré « fugitif », l’accusant de détournement de mineure, des allégations que Kabera a toujours niées.
Un sombre tableau de l’opposition en exil
Le cas de Robert Kabera s’inscrit dans une série alarmante d’assassinats et de tentatives visant des opposants rwandais à l’étranger. En 2021, Revocant Karemangingo, ancien lieutenant de l’armée, était abattu au Mozambique. La même année, Seif Bamporiki, un responsable de parti d’opposition, trouvait la mort en Afrique du Sud, pays où Patrick Karegeya, ex-chef des renseignements rwandais et fervent critique de Paul Kagame, avait été étranglé en 2014. L’ancien général Faustin Kayumba Nyamwasa, cofondateur du Congrès national rwandais (RNC) avec Karegeya, a quant à lui échappé à plusieurs tentatives d’assassinat.
Ces événements soulignent la vulnérabilité des voix dissidentes rwandaises, même au-delà de leurs frontières. L’attitude du chef de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba, qui affiche régulièrement son soutien à Paul Kagame sur les réseaux sociaux, ajoute une couche de complexité à cette situation déjà tendue. (Avec AFP)
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