Rachida Saadi, productrice et réalisatrice marocaine, s'exprimant avec passion sur l'évolution du cinéma d'auteur et l'importance du mentorat pour les jeunes talents.
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Rachida Saadi : “Ce qui m’intéresse, c’est d’accompagner les personnes qui débutent dans le métier”

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Rachida Saadi : L’âme du cinéma d’auteur marocain entre passion, défis et renouveau féminin

Figure emblématique du septième art marocain, Rachida Saadi nous ouvre les portes de son univers, riche de près de vingt ans d’expérience au sein de sa société de production Janaprod. Avec une franchise désarmante, elle partage son analyse de l’évolution du cinéma d’auteur, ses défis actuels en salle, son retour remarqué derrière la caméra avec « Quitte ou double », et son engagement indéfectible auprès de la nouvelle génération de cinéastes. Une conversation captivante sur un parcours jalonné de doutes, de contraintes, mais aussi de la place grandissante des femmes dans ce secteur en pleine mutation.

L’Écosystème Cinématographique Marocain : Un Regard Rétrospectif

Fondatrice de Janaprod en 2007, Rachida Saadi a toujours mis un point d’honneur à produire des films d’auteur. Vingt ans après ses débuts, elle dresse un bilan nuancé de l’industrie : « À mes débuts, les conditions de travail étaient bien plus ardues. Nous filmions encore sur bobines, ce qui ajoutait une complexité certaine. Mais, et c’est là le paradoxe, les équipes travaillaient avec une passion dévorante, avant tout par amour du film. »

Aujourd’hui, si les avancées technologiques ont considérablement simplifié la réalisation – permettant un visionnage immédiat des rushes et une communication fluide – l’esprit semble avoir changé. « J’ai le sentiment que l’on travaille davantage pour le gain financier, et cela se perçoit à l’écran », confie-t-elle. Un autre changement majeur concerne la réception du cinéma d’auteur : « Avant, ces films étaient projetés et pouvaient générer des recettes inattendues. Désormais, ils peinent à rester une ou deux semaines à l’affiche. Le public plébiscite les films comiques, c’est la tendance actuelle. »

L’Impulsion Créative : Quand un Scénario Devient une Évidence

Qu’est-ce qui pousse une productrice aguerrie à s’investir corps et âme dans un projet, comme ce fut le cas pour « Grand-petit frère » ? « Tout part du scénario », explique Rachida Saadi. « Je le lis, et si l’histoire me captive, si elle éveille en moi une résonance profonde, alors je me lance. »

Pour « Grand-petit frère », l’approche fut singulière. Initialement « un peu réticente » à la lecture du scénario de Karima, la rencontre avec la réalisatrice fut déterminante. « Elle m’a révélé que le film racontait l’histoire de son propre frère. Cette confession a donné une dimension toute autre au projet, une authenticité palpable. » Un court-métrage préexistant, sorte de « pilote », a également joué un rôle clé, confirmant la vision artistique et la pertinence du casting, conservant ainsi les talentueux Ismaël Elfallahi et Nisrine Adam.

L’Émergence Féminine : Un Vent Nouveau sur le Cinéma Marocain

En tant que pionnière de la production et de la réalisation au Maroc, Rachida Saadi observe avec enthousiasme l’arrivée massive des femmes dans l’industrie. « Depuis quelques années, l’intérêt des femmes pour le cinéma est exponentiel. De nombreuses jeunes filles s’orientent vers les écoles de cinéma dès l’obtention de leur baccalauréat. C’était impensable auparavant, où ces filières étaient majoritairement masculines. »

Elle illustre ce phénomène par son expérience personnelle : « Ma propre fille, après m’avoir souvent accompagnée sur les tournages, m’a dit un jour : ‘Maman, je veux faire du cinéma.’ Je l’ai bien sûr encouragée et inscrite. C’est le signe d’une véritable évolution. »

« Quitte ou double » : Le Retour Triomphal à la Réalisation

Après une pause de près de vingt ans depuis son court-métrage « La mer-e », Rachida Saadi a signé un retour remarqué avec le long-métrage « Quitte ou double », salué par de multiples prix en festival. Pourquoi ce projet en particulier ?

« Mon désir initial était de réaliser », confie-t-elle. « J’ai commencé par des cours par correspondance, puis j’ai gravi les échelons dans diverses productions marocaines, occupant plusieurs postes pour maîtriser chaque aspect du processus. » Son premier court-métrage, sélectionné au FESPACO et présenté dans de nombreux festivals, fut une première étape. Mais la réalisatrice, d’une grande auto-critique, ne voyait alors que les imperfections. « À l’époque, je doutais énormément de mes capacités. La peur de réaliser un second film était bien présente. »

Pourtant, le cinéma ne l’a jamais quittée. « Tout le monde me voyait en productrice, car j’avais cette faculté à résoudre les problèmes. Mais mon intérêt pour la réalisation me poussait à m’impliquer dans les scénarios, la mise en scène, le casting. Je ne me contentais pas de produire. » Le scénario de « Quitte ou double », écrit une décennie plus tôt, attendait son heure. « Un jour, sans explication rationnelle, j’ai eu un déclic : ‘Je vais faire ce film.’ J’ai décidé de l’autoproduire, me disant que si je commettais des erreurs, au moins, je n’aurais pas dilapidé l’argent de l’État. Je me suis lancée, advienne que pourra. »

L’Addiction au Jeu : Un Sujet de Société au Cœur de la Fiction

Dans « Quitte ou double », Rachida Saadi aborde avec audace la thématique de l’addiction et du jeu. Une nécessité pour elle de traiter ce sujet de société, loin des stéréotypes. « L’idée est née d’une coïncidence », raconte-t-elle. « Lors d’une discussion entre amies, l’une d’elles m’a décrit une partie de poker exclusivement féminine dans une villa. Elle m’a dit : ‘C’est un monde que tu ne peux même pas imaginer.’ »

Cette anecdote fut l’étincelle. « J’ai alors imaginé un personnage féminin qui plonge dans cet univers, et qui, inévitablement, sombre dans la dépendance au jeu. La fiction s’est construite autour de cette exploration. »

Productrice-Réalisatrice : L’Art de Transformer les Contraintes en Créativité

L’expérience de productrice est-elle un atout ou un frein pour la réalisatrice ? « Cela peut certes restreindre les moyens techniques », admet Rachida Saadi, « mais cela stimule aussi la créativité et la recherche de solutions ingénieuses. »

Elle prend l’exemple de « Quitte ou double », autoproduit avec un budget modeste. « J’avais beaucoup d’idées, mais la réalité du tournage a imposé des limites. J’ai dû faire des concessions, trouver des alternatives, voire supprimer des scènes. » Un souvenir marquant : « Pour une scène de poker, je voulais une caméra en plongée au-dessus de la table pour filmer les cartes et les jetons. Le chef opérateur m’a expliqué l’impossibilité technique sans matériel additionnel. Finalement, il a ingénieusement mis au point un système pour réaliser ce plan. C’est dans ces moments que l’on comprend l’importance de la débrouillardise et de l’ingéniosité sur un plateau. »

Son intérêt principal demeure l’accompagnement des nouveaux talents : « Ce qui m’intéresse, c’est d’accompagner les personnes qui débutent dans le métier. » Une philosophie qui témoigne de son engagement profond pour l’avenir du cinéma marocain.


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