L’Odyssée Rythmique de Khalid Kouhen : Une Fusion Culturelle Inédite
Khalid Kouhen n’est pas qu’un percussionniste ; il est un tisserand de sons, un explorateur infatigable des rythmes du monde. De l’effervescence des traditions marocaines à la sophistication du tabla indien, en passant par les pulsations brésiliennes et les harmonies du jazz, son parcours est une symphonie de rencontres et d’échanges. À la veille de sa prestation très attendue à Jazz à Rabat, où il partagera la scène avec l’Amara Quartet, revisitant le fado avec une audace nouvelle, le maestro nous ouvre les portes de son univers.
L’Éveil aux Sources : Fès, Berceau des Vibrations
C’est dans l’ancienne médina de Fès que les premières graines musicales de Khalid Kouhen furent semées. Une enfance imprégnée de rituels et de mélodies ancestrales, où la musique n’était pas un simple divertissement, mais le cœur battant de la vie familiale et communautaire. Les « mejmaa », ces rassemblements soufis annuels, voyaient défiler dans la maison familiale les confréries Jilala, Aïssaoua, Hmadcha, offrant un kaléidoscope sonore inoubliable. Sa grand-mère, aux origines soudanaises mystérieuses, veillait sur ces cérémonies, insufflant une âme profonde à chaque note.
Deux Anecdotes Fondatrices
Khalid Kouhen se remémore avec émotion deux moments clés qui ont sculpté sa perception du rythme. À l’âge de huit ans, une partie de jeu innocente avec sa cousine se transforma en une expérience quasi mystique. Alors que les adultes vibraient en transe au rez-de-chaussée, l’enfant fut témoin de la transformation de sa cousine, saisie par la puissance des percussions. « La musique peut agir à ce point sur le corps », se dit-il, une révélation qui le marqua à jamais.
Plus tard, en CM1, une « punition » inattendue lors d’une fête d’école devint une bénédiction déguisée. Ayant cassé son bâton de théâtre, le jeune Khalid fut invité, presque contraint, à jouer des tablas marocaines. Ce qui débuta comme une relégation se mua en une prise de conscience : la percussion n’était pas un rôle secondaire, mais l’essence même, le pouls vital de la performance. « C’était moi qui ponctuais la cérémonie », réalise-t-il, soulignant l’importance intrinsèque du rythme.
L’Exil Créatif : La France, Terre de Fusions
L’année 1978 marque un tournant. Khalid Kouhen s’envole pour la France, non sans emporter ses précieuses tablas. Si ses études de pharmacie l’attendent, c’est un autre appel, plus puissant, qui le guidera. Les rencontres avec les communautés africaines et antillaises furent un catalyseur. Des « jams » improvisés aux collaborations spontanées, il découvre la musique comme un langage universel, un pont entre les cultures. « C’est beaucoup plus facile de rencontrer les gens avec la musique », affirme-t-il. Cette période est marquée par une phrase devenue credo : « Ce sont les autres qui nous révèlent à nous-mêmes. » Une philosophie qui le mènera à partager la scène avec des légendes comme Manu Dibango et Jacques Higelin, scellant ainsi son destin musical et l’éloignant des bancs de la faculté.
L’Immersion Indienne : La Maîtrise du Tabla
L’attirance pour le tabla indien fut, selon ses propres mots, « irrésistible, presque sensuelle ». Un rêve qu’il concrétisa grâce à une rencontre fortuite. Après une « batucada » mémorable où la puissance des percussions brésiliennes affola les chevaux d’un hippodrome, une jam session impromptue le mit en contact avec un musicien indien. Cette connexion profonde le conduisit à inviter Pandit Shankar Ghosh, un maître du tabla, à Rennes en 1996. Ensemble, ils fondèrent la première classe de tabla en France, partageant leur savoir et leurs rythmes lors de masterclasses inoubliables. L’apprentissage de la musique indienne, avec sa complexité et sa richesse, a profondément transformé son approche du rythme, lui offrant de nouvelles dimensions expressives.
Un Langage Universel : L’Art de la Fusion
Fort de ces expériences plurielles – des percussions marocaines aux tablas indiens, en passant par la samba brésilienne et l’exploration du jazz et des musiques du monde – Khalid Kouhen a su forger un langage musical qui lui est propre. Un langage où les frontières s’estompent, où chaque tradition dialogue avec l’autre, créant une tapisserie sonore riche et innovante. Sa musique est une invitation au voyage, un témoignage vibrant de la puissance unificatrice des rythmes, révélant comment la diversité des rencontres peut enrichir et définir l’identité artistique.
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