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Maroc : Démocratie en Quête de Réalité – Quand la Constitution Défie la Pratique Électorale

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Maroc : Démocratie en Quête de Réalité – Quand la Constitution Défie la Pratique Électorale

Par M. Amine, le 21 septembre 2026

L’année 2011 fut un jalon politique majeur pour le Maroc, marquée par l’adoption d’une nouvelle Constitution promettant l’avènement progressif d’un système démocratique. Cependant, sitôt promulguée, la mise en œuvre de cette loi fondamentale a malheureusement pris une tournure inattendue, évoluant vers une « régression » dans un climat politique peu propice. Les élections de 2021, souvent décriées pour avoir engendré une « majorité numérique et mécanique sans légitimité démocratique », n’ont fait qu’accentuer cette trajectoire. Un fossé béant, et ne cessant de s’élargir, s’est ainsi creusé entre les aspirations du texte constitutionnel et les dures réalités de la pratique politique, notamment électorale. Face à ce constat, l’impératif d’un changement démocratique profond dans le mode de gouvernance s’impose aujourd’hui avec une urgence et une évidence incontestables, comme un préalable indispensable à l’émergence d’un développement durable et équitable, tant sur le plan social que territorial.

1. L’Élan Démocratique de 2011 : Une Promesse Constitutionnelle

L’année 2011 ne saurait être isolée de la décennie précédente, riche en décisions royales hautement symboliques. Ces initiatives exprimaient une volonté affirmée de rompre avec un passé parfois douloureux, tout en capitalisant sur les sacrifices consentis et l’espoir fécond qu’ils avaient généré. De vastes projets infrastructurels avaient alors été lancés, transformant le paysage du Royaume : l’extension du réseau routier et autoroutier, le désenclavement de la région du Rif, l’émergence de pôles industriels au nord, et bientôt à l’Oriental et à Dakhla dans le Sud, l’inauguration du train à grande vitesse Tanger-Casablanca, le renforcement des infrastructures portuaires et aéroportuaires, la réorganisation stratégique du géant mondial des phosphates (OCP), et le développement audacieux des nouvelles énergies, pour n’en citer que quelques-uns. Sur le front politique et des droits humains, l’expérience de l’Instance Équité et Réconciliation (IER) a marqué les esprits, symbolisant une quête de justice mémorielle. Ainsi, au début de cette deuxième décennie du 21ème siècle, le terrain semblait idéalement préparé pour de nouvelles avancées économiques, sociales, culturelles et politiques. Les dispositions de la Constitution de 2011 s’inscrivaient pleinement dans cette dynamique prometteuse.

Dès son article 2, la loi fondamentale proclame avec force que « la souveraineté appartient à la Nation qui l’exerce directement par voie de référendum et indirectement par l’intermédiaire de ses représentants. La Nation choisit ses représentants au sein des institutions élues par voie de suffrages libres, sincères et réguliers ». Une déclaration fondatrice, posant les bases d’une démocratie participative et représentative.

2. Le Décalage Grandissant : Réalités Politiques et Électorales

Pourtant, la force d’un texte constitutionnel, aussi progressiste soit-il, ne suffit pas à elle seule à transformer une réalité. Les vestiges de l’ancien mode de gouvernance persistent, entravant l’émergence d’une nouvelle élite politique. De nombreuses restrictions aux libertés publiques – droit d’association, liberté de la presse et d’expression, libertés syndicales – continuent de jalonner le chemin vers une pleine démocratisation.

Partis Politiques : Entre Mission et Opportunisme

L’article 7 de la Constitution est pourtant explicite quant au rôle cardinal des partis politiques dans le processus démocratique : « Les partis politiques œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques. Ils concourent à l’expression de la volonté des électeurs et participent à l’exercice du pouvoir, sur la base du pluralisme et de l’alternance par les moyens démocratiques, dans le cadre des institutions constitutionnelles. Leur constitution et l’exercice de leurs activités sont libres, dans le respect de la Constitution et de la loi. Il ne peut y avoir de parti unique (…). L’organisation et le fonctionnement des partis politiques doivent être conformes aux principes démocratiques (…) ».

Ce contenu ambitieux appelait à une refonte du paysage politique, à l’élimination des obstacles à la création de nouvelles formations et à la pleine expression des partis historiques. Or, la réalité a déçu ces attentes. L’émergence du Parti Authenticité et Modernité (PAM) en 2008, et la persistance du Rassemblement National des Indépendants (RNI), créé en 1978, rappellent étrangement l’expérience du Front de la Défense des Institutions Constitutionnelles (FDIC) de 1963, s’inscrivant dans une vision que certains qualifient de néo-makhzénienne. L’opportunisme politique n’a pas été chassé ; au contraire, ces formations cohabitent, jouant un rôle prépondérant, malgré des « combats de coqs » de façade en période électorale. En dehors de ces moments, leur présence est quasi-nulle, se concentrant sur leurs « bonnes affaires », loin de l’encadrement et de la formation citoyenne prévus par l’article 7.

Intégrité des Scrutins : Un Principe Bafoué

Les élections de 2021 ont été le théâtre de pratiques de corruption électorale nombreuses, voire massives, documentées par de nombreuses ONG observatrices, et ce, malgré les multiples sanctions prévues par la loi électorale. Une situation d’autant plus préoccupante que l’article 11 de la Constitution est sans équivoque : « Les élections libres, sincères et transparentes constituent le fondement de la légitimité de la représentation démocratique. Les pouvoirs publics sont tenus d’observer la stricte neutralité vis-à-vis des candidats et la non-discrimination entre eux (…) ».

La réalité s’éloigne de cet idéal, aggravée par l’impossibilité pour les millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE) d’exercer directement leur droit de vote, les contraignant à recourir à des procurations. Pourtant, le Royaume dispose d’un vaste réseau diplomatique et consulaire qui pourrait offrir des conditions optimales pour l’exercice de ce droit fondamental. L’article 17 de la Constitution est pourtant clair : « Les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales (…) ».

Le fossé entre le texte constitutionnel et la pratique politique au Maroc est aujourd’hui une réalité palpable. Pour que le développement durable devienne une réalité équitablement partagée, une réforme démocratique profonde et urgente du mode de gouvernance est non seulement souhaitable, mais indispensable. Il est temps de concrétiser les promesses de 2011 et de donner vie à l’esprit de la Constitution.


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