Madih Ouadi : La confiance, clé de voûte du paiement digital
Le paysage du paiement digital au Maroc est en pleine mutation, mais son plein potentiel reste entravé par des défis majeurs. Madih Ouadi, président de la FNAC, offre une analyse percutante, soulignant la nécessité de bâtir une confiance solide et de démasquer une concurrence bancaire qu’il juge « maquillée ».
Bâtir la Confiance, un Impératif Quotidien
Pour Madih Ouadi, l’adoption massive du paiement digital repose avant tout sur la confiance des utilisateurs. Cette confiance, loin d’être innée, se forge dans la gestion des interactions quotidiennes et la résolution des problèmes.
Répondre aux Attentes et aux Craintes
« On gagne la confiance des utilisateurs en répondant à leurs besoins, en répondant aussi à leurs réclamations », affirme M. Ouadi. Il insiste sur la capacité des acteurs à « trouver des solutions aux problèmes que le consommateur rencontre », notamment face à la cybercriminalité et aux arnaques. Une protection efficace des utilisateurs est donc la pierre angulaire de l’adhésion.
Le Rôle Crucial des Professionnels et de la Réglementation
Le président de la FNAC rappelle les « obligations très importantes du professionnel envers le consommateur » et l’impératif d’une « réglementation » non seulement existante, mais « réellement appliquée sur le terrain ». Il incombe aux professionnels d’innover dans leur « approche » et de « mettre en place des éléments qui vont devoir établir cette confiance entre les parties », garantissant ainsi la « fidélisation de la clientèle ».
L’Ombre d’une Concurrence Maquillée
Au-delà des enjeux de confiance, Madih Ouadi met en lumière un obstacle systémique : le manque de véritable émulation concurrentielle dans le secteur bancaire.
Un Marché Bancaire Verrouillé ?
« Le tour de table est défini », déplore M. Ouadi, regrettant l’absence d’une « liberté de concurrence ». Cette situation débouche, selon lui, sur « une concurrence qui est maquillée », où les acteurs majeurs opèrent sans réelle pression pour innover ou différencier leurs offres.
L’Impact sur les Tarifs
Les conséquences de cette concurrence limitée se manifestent notamment par des « pratiques tarifaires très homogènes », particulièrement visibles dans le domaine des prêts. Sans une dynamique concurrentielle saine, les consommateurs se retrouvent avec peu d’alternatives et des conditions standardisées.
Les Piliers de l’Accessibilité : Infrastructure et Éducation
L’accessibilité au paiement digital est un autre chantier majeur, nécessitant une approche à deux niveaux, selon Madih Ouadi.
Le Défi de l’Infrastructure Télécom
La première étape est indéniablement « l’infrastructure de télécommunication ». Sans une couverture réseau robuste et étendue, il est illusoire d’espérer toucher « des régions qui sont lointaines », excluant de facto une partie significative de la population du bénéfice de ces innovations.
Éduquer le Consommateur : Une Priorité Nationale
Le second pilier concerne « le problème du consommateur lui-même », c’est-à-dire son niveau d’éducation et sa familiarité avec les outils numériques. M. Ouadi identifie « un grand déficit dans la culture d’utilisation » et exhorte les professionnels à « apporter le soutien, l’information, le conseil » et à « assister ce genre de consommateurs à y adhérer, en passant par la sensibilisation et l’accompagnement ».
Réorienter les Usages du Numérique
Enfin, l’éducation financière joue un rôle prépondérant. Bien que la fondation de la culture financière existe au Maroc, M. Ouadi estime qu’elle doit « encore mettre en place certains éléments pour pouvoir aider ces gens-là à avoir l’information, à pouvoir l’utiliser, à s’approprier les outils de communication, les études technologiques ». Il souligne l’urgence de transformer l’usage de « pas mal de postes de GSM » qui sont « utilisés juste pour les réseaux sociaux » vers des applications plus pratiques et utiles au quotidien, y compris les solutions de paiement digital.
La vision de Madih Ouadi pour le paiement digital au Maroc est claire : une transformation réussie passe par une confiance inébranlable, une concurrence saine et une éducation numérique et financière généralisée. Seule cette synergie permettra au Maroc de pleinement embrasser l’ère du paiement sans contact et d’en faire un levier d’inclusion économique.
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