Portrait illustratif du peintre néerlandais Justus Cornelisz Stuyling, figure centrale d'une énigme historique au Maroc du XVIIe siècle.
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Justus Stuyling : Le Maître Hollandais Évanoui dans les Fastes du Maroc Saadien

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Justus Stuyling : Le Maître Hollandais Évanoui dans les Fastes du Maroc Saadien

En 1620, le jeune et prometteur peintre néerlandais Justus Cornelisz Stuyling entreprenait un voyage qui allait sceller son destin dans les annales de l’histoire, non pas par ses œuvres, mais par sa mystérieuse disparition. Parti pour la cour du sultan Moulay Zidane au Maroc, l’artiste s’est volatilisé, laissant derrière lui une énigme que l’écrivain Jeroen Stolk, un descendant de la famille Stuyling, s’est efforcé de reconstituer.

Un Talent Précoce dans le Siècle d’Or Néerlandais

Né vers 1595, Justus Cornelisz Stuyling grandit à Oude Delft, un foyer artistique bouillonnant, aux côtés de figures illustres telles que Leonard Bramer, le célèbre dessinateur. Fils d’un orfèvre, il côtoie également Willem Willemsz Luijt, un peintre renommé de son époque. Entouré de talents, y compris son cousin présumé Abraham Lambrechts Stuling et son beau-frère Hendrick Arentsz Vapor, Stuyling développe rapidement une maîtrise artistique. À seulement 25 ans, il est déjà un peintre confirmé, malgré quelques démêlés judiciaires qui témoignent d’un tempérament bien trempé, comme le révèle Jeroen Stolk.

L’Appel de Marrakech : Peintre Officiel du Sultan

L’été 1620 marque un tournant décisif. Jacques Fabre, émissaire du sultan saadien Moulay Zidane, neuvième souverain de sa dynastie et fils du grand Ahmed Al Mansour Ed-Dahbi, frappe à la porte de Justus. Moulay Zidane, poète et grand amateur d’art, propose à Stuyling une mission prestigieuse : devenir le peintre de sa cour à Marrakech. Le 8 juillet 1620, Justus Stuyling embarque pour le Maroc, son contrat stipulant qu’il servirait le sultan, notamment en réalisant des fresques pour l’opulent Palais Al Badi, alors joyau architectural de la capitale saadienne.

Cette collaboration inattendue est corroborée par des documents historiques, dont «Les sources inédites de l’histoire du Maroc», qui mentionnent une requête aux États-généraux des Pays-Bas concernant un «Justus Stuyling, peintre de Rotterdam, retenu au Maroc depuis plus de quatre ans». L’Institut néerlandais d’histoire de l’art confirme également son séjour.

De la Gloire à la Mésaventure : Un Artiste en Captivité

Le talent de Stuyling semble avoir conquis le sultan, transformant un contrat de six mois en plusieurs années de service. Cependant, l’éclat de cette aventure marocaine s’assombrit rapidement. En 1623, le peintre rencontre son ami Albert Cornelis van Ruyl, un important marchand néerlandais. C’est à lui que Justus confie son désarroi : après deux ans au service du sultan, il n’a pas perçu un sou et vit dans une extrême pauvreté. Plus grave encore, il est retenu contre sa volonté.

Justus implore alors son ami de plaider sa cause auprès des États généraux des Pays-Bas. Jeroen Stolk et les sources historiques confirment les tentatives de plusieurs Néerlandais pour obtenir la libération du peintre. Toutes les requêtes sont rejetées, et Albert van Ruyl se voit même formellement interdit d’embarquer Justus à bord de son navire s’il quitte le Maroc le 1er juin 1624.

La Disparition : Entre Mystère et Spéculations

De retour aux Pays-Bas, Van Ruyl alerte les États généraux sur la situation précaire de Stuyling. Le 21 novembre 1624, une décision est prise : l’affaire sera portée devant l’ambassadeur du Maroc en Hollande, Youssef Biscaino, avant son départ pour le Maroc en janvier 1625. C’est à ce moment précis que le fil de l’histoire de Justus Stuyling se brise. Aucun document ultérieur ne mentionne le dénouement de l’affaire ni le sort de l’artiste, ouvrant la voie aux spéculations.

Les Pistes de l’Oubli : Destruction ou Exil ?

Jeroen Stolk explore plusieurs hypothèses. La première est liée à un certain Pieter Maertensz Coy, envoyé au Maroc par les États-Généraux pour retrouver un peintre néerlandais, sans que son nom ne soit explicitement cité. Une autre explication réside dans le contexte politique tumultueux du Maroc de l’époque, qui faillit se fragmenter en royaumes des Taifas avant l’avènement des Alaouites. La coutume des nouveaux sultans de détruire le patrimoine de leurs prédécesseurs pourrait expliquer la disparition des œuvres de Stuyling, le Palais Al Badi ayant été dépouillé de ses richesses par Moulay Ismail en 1696 pour bâtir Meknès.

Une piste plus exotique mène au Brésil. En 1639, Cornelis Lambrechts Stuling, un cousin présumé de Justus, se rend au Maroc comme secrétaire de l’envoyé Isaac Pallache, un proche du diplomate juif Samuel Pallache. Jeroen Stolk souligne que Justus avait également des contacts avec la famille Pallache. Isaac Pallache quitte le Maroc pour Recife, au Brésil hollandais, à l’automne 1639, accompagné de Cornelis. L’écrivain n’exclut pas que Justus Stuyling, libéré de sa captivité après la mort de Moulay Zidane en 1627, ait pu les accompagner. Le Brésil hollandais, alors terre d’opportunités pour les peintres, aurait pu être son refuge. «Comme on n’a jamais entendu parler de lui dans son pays, il est probable qu’il soit mort ou parti au Brésil», conclut Stolk, laissant le mystère entier sur le destin final de Justus Stuyling, le peintre hollandais dont le talent fut captif des sables marocains.


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