À l’heure où les économies établies marquent le pas et où le dynamisme des pays émergents s’essouffle sur la scène internationale, le Maroc trace son propre chemin, celui de l’accélération. Une analyse récente du Policy Center for the New South, parue le 1er juillet dans les colonnes du prestigieux « Le Grand Continent », vient confirmer une intuition partagée par de nombreux observateurs : le Royaume n’est plus un simple témoin des bouleversements géoéconomiques mondiaux. Il s’est mué, avec une clairvoyance stratégique remarquable, en un acteur bénéficiaire de cette nouvelle donne.
Une trajectoire économique résiliente et audacieuse
La trajectoire économique du Maroc depuis 2022 est particulièrement éloquente. Alors que le monde se fragmente en blocs économiques et que les grandes puissances s’engagent dans une course effrénée pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, le Royaume, loin de subir ces recompositions, les a décryptées et habilement transformées en opportunités. « Le Maroc offre un exemple éclairant parmi les pays à revenu intermédiaire », affirment d’emblée les auteurs de l’étude, soulignant une « robustesse » qui le distingue.
Des indicateurs macroéconomiques solides
Face à la Chambre des conseillers, Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, a récemment mis en lumière la solidité des fondamentaux macroéconomiques du pays. Avec des réserves de change atteignant 469,8 milliards de dirhams, une hausse significative des recettes fiscales de 10,4 milliards, une inflation maîtrisée sous la barre des 1% et une croissance projetée au-delà de 5,3%, le Maroc affiche une résilience notable. L’activité non agricole, moteur essentiel, progresse à un rythme moyen de 4,4%, surpassant de 1,3 point sa tendance historique, et même de 4,8% depuis 2024. Une telle dynamique n’avait pas été observée depuis le milieu des années 2000. Loin d’être le fruit du hasard, cette performance est le résultat de choix stratégiques délibérés.
Une étude de référence pour comprendre le phénomène marocain
Cette analyse approfondie est l’œuvre de cinq économistes éminents du Policy Center for the New South : Abdelaaziz Aït Ali, Mahmoud Arbouch, Fahd Azaroual, Adnane Lahzaoui et Karim El Aynaoui, président exécutif de l’institution. Publiée dans « Le Grand Continent », une revue française saluée par plusieurs médias internationaux comme « la revue européenne de référence pour penser un monde en plein basculement », elle offre un éclairage précieux sur la stratégie marocaine.
La confiance des investisseurs : un socle bâti sur la stabilité
Attirer un investisseur chinois à injecter 6,5 milliards de dollars dans une gigafactory de batteries électriques à Kénitra ne relève pas de la simple coïncidence géographique. C’est le fruit d’une confiance patiemment construite, d’une stabilité politique avérée, d’une crédibilité macroéconomique inébranlable et d’années de gestion rigoureuse des équilibres budgétaires et du régime de change. L’étude du PCNS le confirme : « Le Maroc tire parti de la recomposition des chaînes de valeur mondiales, qui renforce son attractivité pour de nouveaux investissements directs étrangers, notamment chinois », ajoutant que « le Maroc figure parmi les pays les mieux placés pour en bénéficier ».
Des investissements directs étrangers en forte hausse
Les flux nets d’investissements directs étrangers (IDE) ont plus que doublé entre 2023 et 2025, propulsés par des projets d’envergure tels que ceux de Gotion à Kénitra ou de CNGR à Jorf Lasfar. Ces initiatives s’inscrivent dans des secteurs d’avenir comme les batteries, la mobilité électrique et l’hydrogène vert, esquissant déjà le paysage industriel de demain. La part de l’industrie manufacturière dans ces investissements est passée de 21,4% en 2020 à 44,7% en 2024. L’automobile et les équipements électriques, autrefois cantonnés à l’assemblage, sont désormais des filières où le Maroc affirme son poids. Cette confiance se reflète également dans la perception du risque souverain marocain sur les marchés internationaux, qui connaît une baisse résolue depuis plusieurs années. Les auteurs de l’étude soulignent que cette évolution « traduit également une perception positive du pays comme destination capable d’offrir stabilité macroéconomique, accès préférentiel aux marchés et base manufacturière compétitive ». Un tel niveau de confiance n’est jamais le fruit de l’improvisation.
Diversification stratégique : tourisme et technologies en plein essor
Avec vingt millions de touristes accueillis en 2025, le Maroc confirme son statut de destination de choix. La contribution du tourisme au PIB atteint 7,3%, en progression constante, et dépasse, selon les chercheurs du PCNS, « celle observée au Moyen-Orient » ainsi qu’en Afrique du Nord. Ce succès n’est pas fortuit : il est le résultat d’un pari audacieux sur la destination, soutenu par des investissements massifs dans les infrastructures, une connectivité aérienne renforcée et une image internationale soigneusement cultivée. Parallèlement, le secteur des technologies de l’information suit une trajectoire similaire, sa contribution à la valeur ajoutée des exportations dépassant déjà la moyenne des pays de l’OCDE. Le Royaume dispose ainsi de deux nouveaux relais de croissance qui viennent enrichir, sans les supplanter, ses filières manufacturières historiques. Cette diversification est la conséquence directe de choix stratégiques assumés depuis une décennie, que l’étude invite à « intégrer comme des relais productifs à part entière ».
Un investissement massif pour des ambitions grandioses
Rien de cette dynamique ne serait envisageable sans un effort d’investissement colossal, qui représente près de 30% du PIB, un des taux les plus élevés parmi les économies à revenu intermédiaire. Les grands établissements publics, tels que Royal Air Maroc, l’ONCF et les Autoroutes du Maroc, jouent un rôle prépondérant dans cette impulsion, œuvrant à la modernisation des infrastructures pour préparer le pays aux défis futurs, notamment la Coupe du monde 2030. Les auteurs de l’étude appellent, à juste titre, à transformer cette dynamique publique en un levier pour l’investissement privé et l’amélioration de la productivité, un « chantier » plutôt qu’une faiblesse. Le Maroc dispose des atouts nécessaires pour relever ce défi : un secteur privé en pleine structuration, des filières exportatrices de plus en plus compétitives, et une jeunesse formée et connectée. L’ambition n’a jamais fait défaut au Maroc ; il lui reste, comme souvent, à concrétiser pleinement son potentiel.
Le Maroc : un connecteur mondial reconnu
L’étude établit une comparaison flatteuse, plaçant le Royaume aux côtés d’économies aussi respectées que le Mexique, la Pologne ou le Vietnam. Ces nations sont décrites comme des « pays jouant un rôle de connecteurs entre différents espaces économiques » et capables de « tirer parti des recompositions en cours ». Le Maroc, idéalement situé à l’interface de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, y trouve naturellement sa place. Tandis que de nombreux pays à revenu intermédiaire perçoivent la fragmentation mondiale comme une menace, le Maroc, lui, l’a transformée en un puissant levier de développement. Ce succès n’est pas le fruit du hasard, mais la résultante d’une politique de stabilité, d’ouverture et de crédibilité bâtie avec constance au cours des deux dernières décennies. Une politique dont l’écho résonne aujourd’hui jusque dans les colonnes de l’une des revues européennes les plus influentes. Cette position stratégique, à quelques mois d’échéances électorales décisives, n’apparaît pas comme une simple conjoncture, mais bien comme le couronnement d’une vision à long terme.
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