Le général Franco et Adolf Hitler, symboles des alliances et ambitions de la Seconde Guerre mondiale.
Politique

L’Ambition Oubliée de Franco : Le Maroc Français dans le Viseur de l’Espagne en 1940

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Juin 1940 : L’Europe en plein bouleversement

En ce mois de juin 1940, l’Europe est à la croisée des chemins. Les troupes allemandes défilent triomphalement sur les Champs-Élysées, et la France, vaincue, se voit imposer un gouvernement fantoche dirigé par le maréchal Pétain, sous l’égide d’Hitler. La carte géopolitique du continent, façonnée par le Congrès de Paris de 1919, est en lambeaux. Dans ce chaos, le Maroc, alors sous protectorat français, se retrouve au cœur d’une intrigue méconnue, révélée en septembre 2013 par l’édition électronique du

Guardian : les visées expansionnistes de l’Espagne franquiste.

Un document historique refait surface

Le quotidien britannique The Guardian a exhumé et republié un article fascinant de William Horsfall Carter (1900-1976), un éminent journaliste britannique ayant œuvré au Foreign Office de 1943 à 1951. La réactualisation de ce texte, vieux de 73 ans, n’était pas fortuite ; elle s’inscrivait dans un contexte de vives tensions politiques entre Londres et Madrid concernant le statut de Gibraltar. Ce document met en lumière les pressions exercées par la jeunesse phalangiste sur le dictateur Franco, l’incitant à exploiter la débâcle française pour s’emparer de l’intégralité du Maroc.

Les racines de l’ambition espagnole au Maroc

Cet objectif paraissait d’autant plus réalisable que l’armée de Franco possédait une connaissance approfondie du terrain marocain. Une grande partie de ses troupes avait en effet combattu dans le nord du royaume, et le généralissime lui-même avait servi pendant des années dans le Rif, où il avait gagné ses galons de général en 1926 grâce à ses nombreuses batailles contre les forces d’Abdelkrim El Khattabi. Le journaliste britannique souligne également qu’au cours de la Première Guerre mondiale, le Maroc sous occupation espagnole avait déjà « servi de base arrière pour la propagande contre le protectorat français, et plus tard, des agents allemands s’étaient arrangés pour fournir aux Rifains de l’argent, des armes et des munitions ».

Gibraltar dans la ligne de mire de l’Axe

L’article de William Horsfall Carter révèle par ailleurs l’implication allemande dans la région. « Pendant la guerre espagnole (1936-1939), les Allemands ont installé, à Ceuta, des grands canons, suffisamment puissants pour perturber le trafic maritime dans le port de Gibraltar », affirme le journaliste. L’ambition ne s’arrêtait pas là : les stratèges d’Hitler avaient également établi une « base aérienne » à Melilla, en prévision d’une attaque potentielle sur le Rocher. Toutefois, le zèle manifeste des nazis n’était pas entièrement partagé par les Espagnols. Selon l’auteur, Madrid était consciente de l’impossibilité d’une victoire totale des pays de l’Axe (Allemagne et Italie, le Japon n’ayant pas encore rejoint le conflit en 1940) sur la Grande-Bretagne. Leur véritable aspiration était une occupation complète du Maroc, perçu comme un « espace vital » indispensable à la résurrection de l’empire espagnol, une vision qui faisait écho aux convictions de la reine Isabelle (1833-1868) pour qui l’invasion du Maroc était cruciale pour protéger son pays des attaques musulmanes.

Le dilemme de Franco et la fin d’un rêve impérial

En juillet 1940, le dictateur Franco se trouvait face à un dilemme cornélien : choisir entre son ambition personnelle de coloniser l’intégralité du Maroc et les exigences de son alliance avec l’Allemagne, dont le soutien lui avait été précieux pour remporter la guerre civile contre les Républicains. Les nouveaux maîtres de la France, sous le régime de Vichy, n’auraient jamais toléré que leur protectorat marocain leur soit arraché. Le journaliste William Horsfall Carter suggère que Franco aurait pu tenter une dernière manœuvre : se rapprocher des Britanniques dans l’espoir qu’ils lui cèdent Gibraltar. Une maigre consolation pour la perte d’un Maroc qui, finalement, ne tombera jamais entièrement sous pavillon espagnol. L’histoire en a décidé autrement, et cette ambition impériale est restée à jamais une page oubliée des annales de la Seconde Guerre mondiale.


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