Un étal de boucher présentant diverses coupes de viande rouge, avec des prix affichés, symbolisant la hausse des coûts.
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Viandes rouges au Maroc : l’envolée des prix, une nouvelle norme durable ?

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Viandes rouges : L’envolée des prix, une réalité qui s’ancre dans le quotidien des Marocains

Après une période de fortes tensions, notamment autour de l’Aïd al-Adha, le marché des viandes rouges au Maroc ne semble pas retrouver son calme. Un mois après la fête du sacrifice, les prix demeurent obstinément orientés à la hausse, transformant ce qui était perçu comme des pics exceptionnels en une nouvelle norme. Mais quelles sont les raisons profondes de cette flambée qui s’annonce durable ?

Des records tarifaires qui redéfinissent le marché

Le 22 juin 2026, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La viande ovine, en particulier, est au cœur de cette pression inflationniste. Son prix de gros a bondi de 58 DH/kg en avril 2020 à 140 DH/kg en juin 2026, marquant une augmentation stupéfiante de plus de 140%. Même l’appel royal à s’abstenir du sacrifice de l’Aïd al-Adha en 2025, censé alléger la demande, n’a provoqué qu’une détente temporaire sur le marché de gros, les prix reprenant rapidement leur ascension.

En juin 2025, la viande ovine s’échangeait déjà à 135 DH/kg au marché de gros de Casablanca, contre 110 DH/kg pour la viande bovine. Un an plus tard, le 17 juin 2026, ces cours atteignent respectivement 140 DH/kg et 105 DH/kg. Cette progression par paliers successifs, où chaque légère correction est suivie d’une nouvelle envolée, suggère une acceptation progressive de ces tarifs élevés par le marché.

L’inversion des habitudes de consommation : le mouton en première ligne

Selon l’Association Nationale Ovine et Caprine (ANOC), la clé de compréhension de cette dynamique réside dans une transformation structurelle des habitudes de consommation. Il y a à peine trois ans, la consommation nationale de viande rouge était dominée par le bovin (60%), l’ovin représentant 40% des quelque 500 000 tonnes consommées annuellement. Aujourd’hui, cet équilibre est inversé.

La production bovine ne parvient plus à satisfaire la demande habituelle, avec un marché fonctionnant désormais avec seulement 150 000 à 200 000 tonnes de viande bovine. Le cheptel ovin se retrouve contraint de compenser ce déficit, fournissant près de 350 000 tonnes. Cette demande supplémentaire, estimée à près de 150 000 tonnes, équivaut à l’injection de près de 8 millions de têtes d’ovins sur le marché, accentuant considérablement la pression sur cette filière.

Une offre nationale insuffisante et des importations sous contrainte

Le secrétaire général des commerçants de viande rouge au marché de gros de Casablanca exprime une vive inquiétude face à cette situation. Malgré un récent recensement officiel faisant état d’un cheptel de 32,8 millions de têtes, dont 23,2 millions d’ovins, l’offre nationale reste jugée insuffisante pour répondre à une demande qui ne fléchit pas. Les prix de gros actuels, entre 105 et 110 DH/kg pour le bovin et 130 à 140 DH/kg pour l’ovin (carcasses), sont considérés comme « excessifs ».

Les importations, bien que nécessaires, ne parviennent pas à combler le fossé. Le Maroc importe principalement du Brésil, mais ces cargaisons sont rapidement écoulées. La suspension des importations de bovins vivants d’Espagne depuis l’automne dernier, suite à des foyers de dermatose nodulaire contagieuse, a encore restreint les sources d’approvisionnement. Les professionnels appellent à la réouverture des marchés européens pour diversifier et sécuriser l’approvisionnement.

Le poids des intermédiaires et des coûts de production

Les éleveurs, souvent pointés du doigt, affirment ne pas être les principaux bénéficiaires de cette hausse. Ils dénoncent le poids écrasant des intermédiaires, qui captent une part significative de la valeur. À cela s’ajoutent l’augmentation constante des coûts d’alimentation du bétail, les dépenses vétérinaires et les difficultés croissantes à trouver de la main-d’œuvre qualifiée. Tous ces facteurs se répercutent inévitablement sur le prix final payé par le consommateur.

En l’absence de mesures structurelles fortes pour rééquilibrer l’offre et la demande, et pour réguler la chaîne de valeur, la persistance de prix élevés pour les viandes rouges semble être une tendance inéluctable, impactant durablement le pouvoir d’achat des ménages marocains.


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