L’Industrie Textile Marocaine en Quête de Justice Commerciale
Le secteur marocain de la couverture est en ébullition. Deux de ses fleurons, Mazafil et Cosyfil, ont officiellement saisi le ministère de l’Industrie et du Commerce pour dénoncer des pratiques de dumping qu’ils attribuent aux importations d’étoffes à longs poils en provenance de Chine et d’Égypte. Une enquête antidumping a été ouverte, marquant une étape cruciale dans la défense de la production nationale face à une concurrence jugée déloyale.
Des Marges de Dumping Écrasantes Révélées
Au cœur de cette démarche, des chiffres alarmants. Selon les estimations des deux entreprises marocaines, les marges de dumping atteindraient un niveau sidérant de 55% pour les produits chinois et 47% pour les marchandises égyptiennes. Ces pourcentages, bien que préliminaires et soumis à la validation ministérielle, soulignent l’ampleur du déséquilibre concurrentiel. L’objectif, affirment Mazafil et Cosyfil, n’est pas d’ériger des barrières infranchissables aux importations, mais de restaurer une équité des prix sur le marché marocain, permettant ainsi une compétition saine et loyale.
Une Spirale Déflationniste Intenable pour les Producteurs Locaux
Face à cette pression, les fabricants nationaux ont tenté de s’adapter. Entre 2022 et 2025, Mazafil et Cosyfil ont procédé à une réduction de près de 20% de leurs prix de vente. Une stratégie agressive qui, malheureusement, n’a pas suffi à endiguer la vague d’importations à des tarifs jugés « anormalement bas ». Cette course vers le bas a eu des conséquences désastreuses : une érosion des ventes en valeur, une rentabilité en chute libre et des marges commerciales sous pression. Le différentiel de prix, qui était d’environ 22% en 2022, s’est certes légèrement réduit à 14% en 2025, mais reste insoutenable pour l’économie locale.
La Santé Financière de Mazafil sous Tension
Les données financières de Mazafil, consultées par Médias24, illustrent parfaitement cette fragilité. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a connu un déclin significatif, passant de 144,6 MDH en 2007 à 81,4 MDH en 2021. Plus préoccupant encore, les résultats nets ont plongé dans le rouge entre 2018 et 2020, avec une perte abyssale de -123,3 MDH pour la seule année 2019, marquée par le choc de la pandémie de Covid-19. Bien qu’une légère reprise ait été observée en 2021, la situation demeure précaire, soulignant l’urgence d’une intervention.
Protéger l’Investissement National et Rétablir l’Équité
La question de la compétitivité à long terme de la production marocaine est légitime. Pour les industriels, l’instauration de droits antidumping est une mesure corrective essentielle. Elle vise à aligner les prix des exportateurs étrangers sur ceux pratiqués dans leurs marchés domestiques, créant ainsi un terrain de jeu équitable. Cette démarche est d’autant plus cruciale que le secteur a consenti des investissements massifs entre 2022 et 2024, notamment à Nador, pour moderniser ses unités et augmenter ses capacités de production. Ces efforts, qui témoignent d’une volonté de croissance et d’intégration industrielle, méritent d’être protégés contre des pratiques commerciales déloyales.
Un Débat sur les Orientations Stratégiques du Secteur
Cependant, tous les acteurs ne partagent pas la même analyse. Un professionnel du secteur, dont l’identité n’est pas révélée, suggère que les difficultés actuelles pourraient également découler de choix industriels spécifiques, comme le virage vers le 100% polyester. Il plaide plutôt pour une facilitation de l’accès des transformateurs marocains aux tissus et intrants textiles, estimant que cela pourrait renforcer la compétitivité globale de l’industrie. Ce point de vue ouvre le débat sur la nécessité d’une approche multidimensionnelle pour soutenir le secteur, combinant protectionnisme ciblé et stratégies d’approvisionnement optimisées.
L’Enquête Ministérielle en Cours
L’enquête antidumping, diligentée par le ministère de l’Industrie et du Commerce, portera sur les étoffes de bonneterie à longs poils, en fibres textiles synthétiques, utilisées pour la fabrication de couvertures, qu’elles soient lourdes ou en flanelle légère. L’absence de la Turquie dans cette requête s’explique par des volumes d’exportation jugés négligeables (environ 30 tonnes par an). Les conclusions de cette enquête seront déterminantes pour l’avenir de l’industrie marocaine de la couverture, qui espère retrouver un souffle et une juste place sur son propre marché.
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